Pontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p
qu'il avait pu pour être bien avec M. de Luynes. M. de Luynes chercha à exciter le prince contre lui. L'autre exigea des explications et s'en tira1. Mais il fut envoyé en ambassade à Madrid. Le troisième fut moins heureux, M. de Montpouillan, le fils du duc de la Force. Il était très doux; « Le roi l'aimoit mieux que tout autre, excepté M. de Luynes » 2. En faveur depuis longtemps, c'était Montpouillan, répétait-on, qui avait la première place dans l'affection du roi après Luynes 3. M. de Luynes fit valoir que Montpouillan était protestant, que son père, M. de la Force, était un rebelle conduisant la résistance dans le Béarn; il assiégea Louis XIII, qui d'abord résista. Le P. Arnoux intervint. Là-dessus, les affaires du Béarn s'aggravant, Louis XIII dut céder devant les intérêts de l'État qu'on mettait en cause. Il pleura en disant adieu à son ami4.
M. de Luynes fut même jaloux de Marie de Médicis. Lorsque celle-ci. réconciliée avec son fils, le retrouva à Tours en 4619, on remarqua les manèges auxquels se livrait le favori afin de ne pas laisser le roi seul avec sa mère5. Le roi ne disait rien. Il subissait cette con-
1. Voir son Journal, éd. Chantérac, t. II, p. 223 et suivant, et ses lettres à son beau-frère le comte de Tillières, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 3 538, fol. 1 r°.
2. Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p. 123; duc de la Force, Mém., éd. de La Grange, t. II, p. 107; J.-B. Matthieu, Hist. de Louis XIII, dans P. Matthieu, Hist. de Henri IV, 1631, t. II, p. 56.
3. « Doppo Luines, nel Tamore del re, ténia il primo luogo >• (dépêche de Contarini du 12 août 1618, Bibl. nat., ms. ital. 1772, p. 162).
4. Duc de la Force, op. et loc. cit.; Richelieu, Mém., éd. Michaud, t. I, p. 237; Montpouillan. Mém., dans Mém., du duc de la Force, t. IV, p. 42-47; Castelnaut, Mém., ibid., p. 95; Brienne, Mém., éd. Petitot, t. I, p. 346; lettre de Malherbe à M. du Bouillon du 2 août, 1618, dans Œuvres, éd. Lalanne, t. IV, p. 45.
5. Dépêche de Contarini du 17 septembre 1619 (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 249).
t rainte, tellement son affection était prenante, aveugle, devenue une habitude : elle le rendait faible avec le favori. Cette faiblesse permit à celui-ci de se faire donner tout ce qu'il voulut.
Au dire de Richelieu, le P. de Bérulle conseillant à Luynes de s'occuper un peu du bien du royaume et non pas de son seul intérêt personnel, le favori lui « auroit répondu avec larmes qu'il savoit bien que c'étoit un conseil de sagesse, mais qu'il n'étoit pas en sa puissance de le faire ' ». En entassant les titres sur sa tète, Luynes suivait une pente au milieu de laquelle il ne se sentait pas capable de s'arrêter.
On lui en a fait un crime. Si on le compare à tous les personnages du siècle qui ont été en mesure d'agir de même, il n'a pas été un des plus insatiables. Sully, Richelieu, Mazarin, Golbert ont amassé bien d'autres fortunes que la sienne2. Seulement, Luynes y a mis trop de hâte ; ses services, par surcroît, ne justifiaient pas sa faveur. Il crut que rien n'était au-dessus de lui; il caressa des rêves insensés. Richelieu l'a dit : « Il étoii d'un esprit médiocre et timide, trop foible pour demeurer ferme à l'assaut d'une si grande fortune en laquelle il se perdit incontinent, s'y laissant emporter comme en un torrent, sans aucune retenue, ne pouvant prescrire de bornes à son ambition, incapable de s'arrêter et ne se reconnoissant plus lui-même, comme un