Cité par Zeller, le Connétable de Luynes, p
en une heure d'imprudence juvénile lorsque voulant, en mai 1617, faire épouser à Luynes sa sœur de Vendôme, qui ne voulait pas de ce mariage, il déclara qu'il élèverait Luynes, en ferait un grand personnage, le créerait connétable '. Le bruit se répandit de bonne heure. En 1619, Contarini prévoyait comme prochaine cette élévation; il la jugeait scandaleuse, faite « pour accroître encore, avec cette nouvelle dignité, l'autorité de cette immense et monstrueuse grandeur - » ! Mais s'il avait suggéré l'idée, Louis XIII, ensuite, n'y tint plus. Il fallut peser sur lui; il résista3. Luynes fit agir le prince de Condé, le duc de Guise, d'autres grands, au moyen de marchés et de promesses4. Les ministres, très opposés, répétaient que seul, en France, le vieux Lesdiguières méritait la connétablie. Malheureusement Lesdiguières était protestant. Une comédie fut imaginée : on offrirait l'épée de connétable à Lesdiguières : celui-ci la refuserait et conseillerait au roi de la donner à son favori. Lesdiguières qui, invité à se faire catholique, ne tenait pas à la connétablie, se prêta à ce qu'on voulut5. Louis XIII,
1. D'après une dépêche de l'envoyé florentin Matteo Bartolini du G mai 1617 (citée par Zeller, op. cit., p. 43).
2. Dépêche de Contarini des 17 septembre et 29 octobre 1619, Bibl. nat., ms. ital 1773, p. 248 et 273.
3. Richelieu, dans Avenel, Lettres, t. II, p. 652; C. Bernard, Hist. de Louis XIII, t. I, p. 202; l'Ombre de Monsieur le connétable apparue à Messieurs ses frères, 1622, in-12, p. 7. Des libelles attaquèrent l'idée de rétablir la connétablie (Avis au roi sur le rétablissement de l'office de connestable par un bon François, 1620, in-12).
4. Mercure françois, 1621 , p. 277 ; Arnauld d'Andilly, Mém., éd. Michaud, p. 434; Brienne, Mém., éd. Petitot, t. I, p. 349; Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 15; dépèche de l'ambassadeur vénitien du 18 février 1621 (Bibl. nat., ms. ital. 1773, p. 412),
5. Sur cet incident, voir les dépêches de l'ambassadeur d'Espagne Mirabel à Philippe III, des 1" janvier et 2 février 1621 (Arch. nat., K 1478, nos 19 et 29 a); de Contarini du 18 février 1621 (Bibl. nat., ms.
la main forcée, céda; le 31 mars 1621, il déclarait Luynes connétable et, le 2 avril, lui remettait solennellement l'épée, une belle épée de 30 000 écus, à la garde d'or ouvragée, garnie de diamants, le fourreau en velours brodé d'or et d'argent, orné de pierreries1. La cour et les ambassadeurs congratulèrent le nouvel élu. Personne n'était surpris; on s'y attendait2. Lorsque, suivant l'usage, cependant, le roi porta la nouvelle à la connaissance des officiers du royaume par une circulaire, les accusés de réception témoignèrent d'une certaine froideur3. Des pamphlets parurent qui attaquaient cette nomination : le moins qu'on reprocha à Luynes était de n'avoir jamais été soldat, ce qui était vrai. De grands seigneurs outrés quittèrent la cour. Il y eut un frémissement partout.
Mais, connétable, grand officier de la couronne inamovible, commandant en chef les armées du roi, placé audessus des grands, princes et seigneurs, M. de Luynes était maintenant au faite de sa fortune. Sa connétablie
ital. 1773, p. 413); du nonce (Bentivoglio, Lettcre, t. IV, p. 518, 523); le Mercure françois, 1621, p. 276; Richelieu, Mém., t. 1, p. 238: consulter enfin C. Dufayard, le Connétable de Lesdiguières, p. 449.
1. Héroard, Bibl. nat., ms. fr. 4026. fol. 426 r°; Arnauld d'Andilly, Journal de 1621, éd. Halphen, 1891, p. 19. Le brevet est du 2 avril (Bibl. nat.. ms. Dupuy 487, fol. 32 r° et suiv. ; Bibl. de l'Arsenal, ms. 5424, p. 209). Les lettres patentes furent enregistrées au Parlement le 26 avril (Arch. nat., Xla 8649, fol. 404 r°), non sans de nombreuses lettres pressantes du roi aux magistrats (Bibl. nat., ms. fr. 3722, fol. 121 r° à 122 v°). Nous avons le détail de la cérémonie : Bibl. nat., ms. Dupuy 487, fol. 36 r°; Bibl. de l'Arsenal, ms. 5424, p. 214; les Cérémonies royales faites en baillant, par les mains du roi, l'épée de connétable à Monseigneur le duc de Luynes, le 2 avril 1621, Paris, 1621, in-12. Louis XIII porta de cent à deux cents hommes la compagnie d'ordonnance du nouveau connétable (Arch. nat., E 78s fol. 416 r°).
2. Lettres à Pontchartrain, Bibl. nat., ms. Clairambault 377, fol. 615 r° et suiv.