‹ Le rio Louis XIII à vingt ansChapitre 297 sur 349 · Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p · texte numérisé non relu

Fontenay-Mareuil, Mém., éd. Michaud, p

3. Ces raisons sont développées dans la Voix publique au roi, 1624.

4. Dépêche du résident florentin du 10 mai 1624, dans Zeller, op. cil, p. 317.

temps où, évoque de Luçon, il avait été quelque temps secrétaire d'État. Informé de la façon, à son sens insuffisante, dont on voulait l'admettre dans le Conseil, Richelieu fit dire qu'il n'accepterait pas. Louis XIII, au reste, avait répondu de lui-même à la Vieuville « qu'il ne falloit pas faire entrer le cardinal dans le conseil si l'on ne vouloit point se fier en lui entièrement, parce qu'il étoit trop habile homme pour prendre le change '. » La question mûrissait ; la résolution devenait prochaine.

Richelieu assure dans ses Mémoires que la Vieuville sollicita son admission au Conseil parce qu'il prévoyait sa propre disgrâce et qu'il trouvait là « une invention pour se maintenir. » Cependant la Vieuville disait à Marie de Médicis qu'il savait très bien préparer sa chute en faisant appel à la collaboration du cardinal. Richelieu ajoute que lui-même refusa, non pas l'entrée au Conseil des dépêches, mais toute participation aux affaires publiques, « pour plusieurs considérations et par plusieurs raisons » qu'il énumère et qui sont des raisons telles que : « débilité de corps, faiblesse de complexion, fatigue de quantité de visites qui le tuoient; » et pourtant il allait fournir durant dix-neuf années un labeur énorme que l'état de sa santé ne paraît guère avoir contribué à modérer beaucoup. « Mais toutes ces raisons, continue-t-il, furent inutiles, car comme cet homme (la Vieuville) étoit violent en ses passions, il poussa cette affaire si vivement

1. Voir le récit de Brienne, Mém., éd. Petitot, t. I, p. 380; la note de Richelieu du 1 ou du 2 mai 1624, publiée par Avenel, Lettres de Richelieu, t. VII, p. 537; la dépêche de Gondi à Picchena du 10 mai 1624, citée par V. Siri, Memorie recondite, t. V, p. 597 (éd. de 1679, in-4°); les Mém. de Fontenay-Mareuil, éd. Michaud, p. 175; Mercure françois, 1624, t. X, p. 669.

qu'il n'y eut pas moyen de résister aux mouvements du roi et de la reine mère qu'il fit intervenir en cette occasion! » Richelieu répétait à l'ambassadeur vénitien le 9 mai : « le roi m'a obligé par force à subir ce poids1 ! » Ce fut le lundi 29 avril 1621, à Compiègne, que le roi se rendant le matin dans la chambre de Marie de Médicis, encore au lu, et causant seul avec elle, lui déclara enfin sa décision de laisser entrer Richelieu dans son Conseil. Ce qu'il en faisait, disait-il, était uniquement pour elle, « afin que le inonde sut que réellement et non d'apparence, il vouloit vivre avec elle sur le pied d'une entière confiance 2. » Le cardinal ne serait admis qu'à titre de conseiller du premier état, c'est-à-dire donnerait son avis dans les délibérations, mais en dehors ne s'occuperait d'aucune affaire, ne recevrait les visites de personne, ne s'entretiendrait de rien avec qui que ce fut : la restriction était désobligeante. Richelieu en fut très affecté. « Je considère comme une confirmation de cette restriction, écrivait le 10 mai l'envoyé Florentin, un discours que voulut bien me tenir le cardinal sur son nouvel emploi; sa façon de parler, ses gestes, montraient évidemment une grande contrariété intérieure. Il me représenta que cet honneur (d'être admis au Conseil) lui était arrivé sans qu'il l'eut recherché, ni désiré, mais

1. Richelieu, Mém., t. I, p. 286, 287; dépèche de l'ambassadeur vénitien du 9 mai 1624, Bibl. nat., ms. ital. 1782, p. 193. L'ambassadeur félicite Richelieu de son entrée au Conseil : « Mi disse (Richelieu), ajoute-t-il, che il re lo havea obligalo per forza a questo pezo. »

2. Marie de Médicis raconte elle-même les détails à Pesaro : Sua Mnesta (la reine mère) mi raconto che il re ando a rilrovarla al letto a dargli parle di quesla risolulione (l'entrée do Richelieu au conseil); che gli disse, etc., » (dépèche de Pesaro du 1er mai 1624, Bibl. nat., ms. ital. 1782, p. 182). Cf. la dépèche de Gondi à Picchena du 10 mai 1624, dans V. Siri, Mémorie recondite, t. V, p. 597.

du propre mouvement de Sa Majesté; » il disait être satisfait des limites fixées à ces attributions : « il aimait mieux une vie facile et tranquille que les travaux et dangers auxquels les jalousies et la malignité des hommes exposent ceux qui entrent dans les grandes affaires1. » Dans ses Mémoires, Richelieu va plus loin et prétend que c'est lui qui a demandé qu'on restreignit ses fonctions, à cause toujours, dit-il, de son état de santé. L'envoyé florentin n'était pas dupe : « Quiconque, concluait-il, sait que le cardinal n'est pas aussi mal portant et qu'il est d'un caractère profondément ambitieux, jugera que cette prétendue préférence pour un genre de vie tranquille est une nécessité qui provient d'autres causes2. ».

Le soir même du jour où il avait annoncé à Marie de Médicis sa décision, Louis XTII, à deux heures de l'après midi, ouvrait la séance du conseil, faisait appeler le cardinal de Richelieu et l'installait : c'était une date de l'histoire!3.

La place qui était dévolue au nouveau ministre était donc modeste. Il est inexact que Richelieu ait été nommé « premier ministre » en avril 1624. Il n'a jamais été

1. Même dépèche du résident florentin, Ibid., t. V, p. 597-8 et dans Zeller, Richelieu et les ministres, p. 317. Richelieu habitait à ce moment rue des Mauvaises paroles (procuration donnée par lui le 24 février 1624 à titre de comte de Limours, afin de rendre aveu en son nom à la comtesse de Soissons pour diverses seigneuries, Catalogue des livres, brochures, autographes de la librairie E. Dumont, 1908, n° 158, p. 71).

2. Dépèche de Gondi, loc. cit.; Richelieu, Mém., t. I, p. 283.

3. lléroard, « Journal », Bibl. nat., ms. fr. 4027, fol. 203 r°; « Journal » d'Arnauld d'Andilly de 1624, Bibl. de l'Arsenal, ms. 5181, fol. 70 v°. Ce fait se passe à Compiègne. Tous les témoignages varient sur la date du jour où Richelieu est admis au conseil : les uns disent le 24 avril, les autres le 26, les autres le 28 ou le 30. Mais tous sont d'accord pour affirmer que c'est un lundi. Or, d'après les lettres dominicales de 1624 (G. F.) le lundi est le 29. C'est le quantième que donne V. Siri.

nommé « premier ministre ». Des pièces officielles constateront seulement, quelques années plus tard, qu'il est, en fait, « le principal ministre du roi, » et c'est cette expression qui est devenue officielle pour le désigner1.

Mais, dès avril 1624, il n'était personne qui ne prévit son avenir : « C'est le personnage estimé le plus intelligent du royaume, écrivait l'ambassadeur vénitien le 1er mai; il est capable des plus grandes choses; ambitieux, il désirera être seul à commander; on peut croire que dans peu de temps il sera le seul timonier du vaisseau pour toutes les affaires. - » Le résident florentin écrivait de son côté le 10 mai : « il doit lui suffire d'avoir été porté là; avec le temps, on acquiert beaucoup, surtout quand on a son esprit. Sur ce sujet voici ce que l'on pronostique : ou le cardinal de Richelieu trouvera le joint de devenir le maître de tous les autres ministres; ou, resté exclu de toutes choses, il sera bientôt ruiné. Le plus grand nombre est du premier avis, que l'on fonde sur la bonne intelligence qui est établie maintenant entre le roi et sa mère, sur ce fait qu'il est cardinal et qu'ainsi

1. L'article 61 de l'ordonnance de janvier 1029 (dit code Michaud) avait prescrit que seraient révoqués les trop nombreux brevets de conseillers du roi existant et que les personnes maintenues dans le titre recevraient de nouvelles « lettres en commandement. » C'est ainsi que Richelieu recevra le 21 novembre 1629 des lettres patentes où il sera reconnu « conseiller en nos dits conseils et principal ministre de notre État. (Aubéry, Mém. pour l'histoire du cardinal de Richelieu, t. I, p. 309). En annonçant l'entrée de Richelieu au conseil le Mercure françois (1024. t. X, p. 009) porte, en marge, « le cardinal de Richelieu, chef du conseil. » Cela veut dire qu'en l'absence du cardinal de La Rochefoucauld, Richelieu prend cette attribution honorifique qui équivaut à celle de « doyen d'honneur du conseil » et qui doit revenir de droit a un cardinal s'il y en avait un présent.

2. Dépèche de l'ambassadeur vénitien du 1" mai 1624, Ribl. nat. ms. ital. 1782, p. 182.

la succession du cardinal de la Rochefoucauld lui est dévolue d'avance; mais, par dessus tout, sur la valeur de son esprit qui est jugée sans égale...1 » Un libelle, daté de Compiègne du 20 mai 1624, émanant, il est vrai, de l'entourage de Richelieu, disait : « Tout Paris a reçu avec applaudissements la nouvelle de l'élection judicieuse que le roi a faite de M. le cardinal de Richelieu. Il semble que la fortune eut été comme honteuse d'avoir laissé une vertu si éminente sans la faire monter sur le théâtre où nous la voyons en son lustre. Chacun jette donc maintenant les yeux sur ce grand cardinal comme sur un astre naissant 2 »

Marie de Médicis fut radieuse : c'était son triomphe, du moins elle le croyait : en bons termes avec le roi, et son confident étant au conseil, elle se considérait à nouveau comme maîtresse du royaume. Elle éprouvait, disait l'envoyé florentin, « un contentement indicible, non pour le cardinal, mais pour elle-même » 3. « Vivant dans l'esprit de Richelieu, ajoutait Pesaro, elle se réjouissait avec une incroyable allégresse de voir finalement toutes les affaires dans sa main. » « Mais, concluait l'ambassadeur vénitien, on dit que le cardinal servira le roi et qu'il ne s'occupera pas d'autre chose que de la grandeur du règne 4. » Il avait raison. Marie de Médicis s'en apercevra bientôt à ses dépens.

Mieux avisé, la Yieuville avait vu juste en prédisant que Richelieu au Conseil ne chercherait qu'à le ren-

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