Lettre de Cléophon à Polémandre, 1618, p
avec affluence sur son esprit, celle-ci paroit éminemment : il croit son conseil et ne se résout qu'avec lui. » ' Pour quelques uns, cette docilité est excessive : on reprochera au roi d'être « susceptible des mauvaises impressions qu'on lui donne », de se laisser trop influencer par ceux dans lesquels il a confiance, surtout en ce qui concerne les préventions à l'égard des gens. - En réalité, les membres du conseil n'exercent aucune pression sur lui. Quand ils veulent attirer particulièrement l'attention du prince sur une affaire, ils rédigent un mémoire en tête duquel ils mettent la formule prudente : « Ce qu'il semble que le roi peut faire pour le mieux. 3 » On reconnaît que le roi est « si appliqué à ce qu'il fait et ordonne, si judicieux à prendre ou à laisser les bons et mauvais avis, que les désirs de ses serviteurs ne savent accroître l'espérance que tout ce qui est conçoit de son courage. l » Louis XIII a ses idées et les exprime.
S'il parle peu, ce qu'il dit, de l'aveu de tous, est plein de jugement, sobre et digne. Il conclut en peu de mots. Il a des notions précises de gouvernement auxquelles il tient : celle de l'intérêt général par exemple, contre lequel il n'admet pas qu'on oppose les intérêts particuliers 5. Fort différent de son fils Louis XIV, il ne con-
1. « Je le dis, ajoute l'auteur, hors de tout soupçon de flatterie. » Advis à Messieurs de l'Assemblée, 1618, in-4°, p. 8. Cf. la dépèche du nonce du 27 octobre 1623, dans Zeller, le Connétable de Luynes, p. 286.
2. Lettre de M. de Bréval au duc de Lorraine du 29 juillet 1623, Bibl. nat., nouv. acq. fr. 3145, fol. 69 r°; Bassom pierre, Journal, t. III, p. 165.