‹ Le Rire Dans la Démence PrécoceChapitre 6 sur 21 · LEA · texte numérisé non relu

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ciale de démence. C’est lui qui le premier distingua d'une façon nette, dans l’hébéphrénie, comme signe prodromique de la maladie, le rire morbide signalé par KaurBsaum dans la catatonie. L'intéressante observation où estconsignée ce symptôme date de 1877 : Nous la trouvons publiée par CLaus dans son rapport : Catalonie el stupeur, au Congrès des médecins-aliénistes et neurologistes de France et des pays de langue française (Bruxelles, 1903).

Il nous a paru très intéressant de publier, en partie du moins, cette observation qui est la première de ce genre que nous ayons.

« L.., pasteur, trente ans, interné le 15 février 187%. Pas d’hérédité, faiblesse corporelle, bien doué, caractère bon, actif, a toujours été un peu nerveux. Les dernières années sont marquées par quelques contrariétés qui ont affecté son corps et son esprit. Les derniers temps avant son internement, augmentation de l'état dépressif et de la nervosité. Un des premiers symptômes constatés fut un rire incoercible, convulsif, qui se présenta quelques années avant l'éclosion de sa maladie; au milieu de ses occupalions les plus sérieuses, pendant sa prière du matin, par exemple. Il avait conscience de cette anomalie et cela lui était très préjudiciable. Il tâchait d'y obvier de toutes ses forces et son humeur devenait de plus en noire. Le 6 février il fit encore un sermon, puis son humeur changea tout à coup, ildevint très gai. Il est à remarquer qu'avant il fut très doux, et que maintenant, il avait des tendances violentes. Sa dernière prédication dans laquelle il voulut montrer que les Allemands descendaient des

MIT, Re juifs et pendant laquelle il fut tres troublé, nécessita son internement, etc... »

Hrecxrr, de ce jour, posa le diagnostic de catatonie.

« Plus tard, dit l'observation, on note des attitudes bizarres : refus d'alimentation, occlusion prolongée des paupières qui tremblotaient, une façon onctueuse de parler. Le 1° mai, le malade descend prêcher en chemise.

« J’ajouterai, dit HEcKER, que six mois après le malade est rentré dans l’établissement présentant tous les symptômes de l’hébéphrénie, et quelques traits de la catatonie... »

Les nombreuses discussions que suscitèrent les théories de KanLzBauM et de HEcKER ne sauraient trouver place 1c1; d’ailleurs on ne fil guère, à cette époque, d'études cliniques de la maladie ; on tenta surtout de fondre ensemble les différentes formes décrites. En 1880, Fixcx insistait sur les ressemblances qui existent entre la catatonie de KanrBaum et l’hébéphrénie de HEcker, en raison de symptômes communs, tels que la verbigération et les stéréotypies, mais pour trouver une conception englobant toutes ces formes, 1l faut arriver à KRAEPELIN, Psychiâtrie, Leipsig, 1893, qui, rapprochant l’hébéphrénie de la catatonie, et y ajoutant la démence paranoïde, expose ses idées sur une maladie unique : la démence précoce.

Dans l'introduction à la psychiâtrie clinique (traduction française de Devaux et MerckLEN), KRAEPELIN consacre sa troisième leçon à l'examen d’un dément précoce. Au cours de l'observation, nous trouvons : «Par intervalles, ce malade rit sans motif et d’une façon

a à RE

mec particulière, les traits du visage restant immobiles. » Puis, plus loin, dans l'étude clinique de la maladie : « Outre la déchéance intellectuelle et la perte des réactions sensitives, le malade offre encore à notre observation quelques points importants : C'est tout d’abord le rire niais et vide, symptôme fréquent dans la démence précoce : ce rire ne répond à aucun sentiment de gaîté ; quelques malades même se plaignent d’être contraints de rire alors que leurs idées ne les y poussent pas le moins du monde. D'autres signes de grande valeur, ce sont les grimaces les contorsions, les fines trémulations de la face.»

En 1899, M. Cristian publie dans les À nnales médico-psychologiques, un article sur la démence précoce des jeunes gens : Nous y trouvons ces quelques lignes : « Le malade est étranger à tout ce qui se passe autour de lui, ilne prend aucun soin de sa personne, malpropre, gâteux, 1l déchire ses vêtements, se traîne par terre. Il paraît ne rien comprendre, sourit niaisement quand on lui parle, quelquefois rit aux éclats et sans motifs. »

Suivent plusieurs observations intéressantes ou le symptôme rire aux éclats est relevé chez des malades, entre autres, dont l'affection avait débuté par de la dépression et du délire mélancolique (obs. XXIX et XXX).

Dans un très intéressant travail sur le Rire et les Exhilarants, (Thèse de Paris 1899), M. Raurn fait une étude du rire chez les maniaques et les mélancoliques dans laquelle nous trouvons très bien décrit le rire des

déments précoces,

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Mais à cette époque les idées de KRAEPELIN sont encore peu connues en France : M. Sérieux se chargea de les y répandre dans les trois remarquables publications qu'il fitsur ce sujet. Nous y retrouvons le rire signalé dans les différentes formes de la maladie. Forme délirante (hébéphrénie) « l’obtusion, l'apathie, l'indifférence (au point de vue affectif) caractérisent l'humeur. Les rires non motivés, les impulsionssubites, les accès d'agitation sont fréquents ».

Forme catatonique. « On voit certains malades conserver une attitude prise volontairement (autocatatonie) ou une expression mimique (rire, bouche en museau). Souvent surviennent au cours d'accès de stupeur des impulsions subites, ou des éclats de rire ».

Depuis lors, plusieurs travaux intéressants ont été publiés sur la démence précoce. En 1903, MM. Dexy et Roy font paraître une monographie sur ce sujet où ils signalent également parmi les impulsions auxquelles sont sujets les malades, le rire explosif ; ils insistent sur le phénomène de la paramimie chez les hébéphréniques et sur les rictus stéréotypés.

M. MasseLox dans son livre sur /a Démence précoce, émet les mêmes idées.

Puis au Congrès de Bruxelles en 1903, M. CLaus exprime toute l'importance qu'il attache à ce symptôme : « J’ai personnellement rencontré, chez plus d'un de mes malades, des accès de rire ou de pleurs ou les deux se suivant.

« Les accès de rire que ces malades présentent relèvent sans aucun doute de la démence plutôt que de l’hystérie. Je ne puis m'empêcher d'appeler l'attention

RAT es sur la valeur qu'un symptôme de ce genre peut présenter au point de vue du diagnostic et du pronostic ».

Les traités récents de psychiâtrie de M. Roues de Fursac, de M. le professeur Réais, de M. le professeur (xILBERT BALLET, dans l’article consacré à la démence précoce, signalent le rire pathologique. M. le professeur RéGis considère ce symptôme comme très intéressant : ilavait annoncé la publication d’un travail sur ce sujet : ce travail n’a pas encore paru.

C’est peut-être à Mie Pascaz dans un article publié dans la Presse Médicale (janvier 1907) et intitulé « Pseudoneurasthénie prodromique de la démence précoce » que nous devons la description la plus nette du rire des déments précoces avec ses caractères, tantôt explosif, tantôt incoercible et se manifestant toujours sans le moindre élément émotionnel de la part du malade.

GHAPICRERNTI

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