‹ Le rituel du culte divin journalier en Egypte d'après les papyrus de Berlin et les textes du temple de Séti Ier à AbydosChapitre 111 sur 214 · Cf. Scliiaparelli, Libro dei fanerait, II, p · texte numérisé non relu

Cf. Scliiaparelli, Libro dei fanerait, II, p

3. « Hâ, qui ouvre Vàs/ied », semble devoir être comparé à Osiris, (( rUnique dans l’acacia », « celui dont l’ânie se pose sur Vàs/ied ». Au point de vue mythique, écrit M. Lefébure {L'arbre sacré d’Héliopolis, Sphinx, V), l'àshcd symbolisait la retraite nocturne du soleil, et par extension d’Osiris, ou même de tous les dieux et de tous les mânes considérés comme habitant l’autre monde» (p. 5). On trouve, en effet, des tableaux où le roi divinisé (Lepsius, Denkni., III, 169) et le mort osirien (Vii'ey, La Tombe des Viijnes, Recueil, t. XXII, p. 96) siègent dans l’arbre sacré, comme Ri ou Osiris.

RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE

diquement, celui qui se lève dans le ciel et qui éclaire les deux régions de ses deux yeux, le lion mystérieux à la tête du pays de Manou \ le divin qui crée les réjouissances. C’est toi, le dieu bon, maître des dieux, forme (ou chef) des habitants du ciel, qui fais que les mortels à leur matin (sont à) t’implorer chaque jour, sans qu'aucune face d’hommes ne se rassasie de ta vue. Enfant parfait qui sors du Noun, les deux régions s’éclairent quand tu les as formées. Le roi du Sud et du Nord, Toum, maître des deux régions, (grand) dans On, qui réalise la voix, chef des dieux, c’est cet oiseau (?) , chef du ciel, Amon, le chéri, Toum, le grand dans Thèbes. »

L’ofFrande de Mâït, faite au dieu par le roi-prêtre, est une scène d’une importance capitale dans les tableaux des temples égyptiens. De même que, dans notre texte, cette offrande couronne les rites de l’entrée au sanctuaire, de même, dans la décoration des temples, la présentation de Mâït occupe la place d’honneur, qui est la paroi du fond du sanctuaire ; c’est donc l’aboutissement du cul te \ Comme le dit à plu-

1. Manou, la « cime de inanou », est la montagne d’occident qui reçoit Rà au coucher du soleil. Cf. Todtenbuch, éd. Naville, I, pl. CCXII, L a.

2. Voici les présentations de Mâït qu’on trouve dans Lepsius, Denlan., III. 139, 174, 182, 183, 200, 201, 219, 220, 223, 257, 273, 274, 284; IV, 1,

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sieurs reprises le texte de notre rituel, le roi-prêtre « fait monter Mâït » J’ P’

(( entre avec Mâït » (chap. xxii, p. 81), ou « fait don de Màlt » (chap. XLii, p. 138) à la divinité. Au rituel funéraire, le même acte est défini, au même moment du culte, par les mêmes expressions.

Quelle signification doit-on attacher à la présentation de Mâït? On s’accorde à reconnaître une intention symbolique dans ce fait qu’on substitue aux offrandes matérielles,

■=^ mâïtou (Justa), l’oblation d’un symbole abstrait, la déesse Mâït. Mais l’interprétation de ce symbole a entraîné beaucoup d’égyptologues à des considérations métaphysiques. Un des sens du mot mâït est celui de « chose vraie, vérité )) ; on en a conclu qu’offrir Mâït aux dieux c’est leur présenter « le Vrai, le Bien, le Beau ». Le culte grossier des premiers âges, le repas matériel, se transformerait ainsi en une manifestation intellectuelle, en une offrande morale.

Sans nier que le mot mâït ne signifie souvent vérité, ni que la déesse Mâït ne puisse personnifier cette abstraction, je crois, cependant, que, dans les cultes divin et funéraire, l’offrande de Mâït n’avait pas, le plus souvent, cette signification symbolique. Les développements, pourtant prolixes, du chap. XLii, non plus que les légendes des tableaux dans les temples, ne mettent pas en évidence que Mâït soit « le Vrai, le Beau, le Bien » offerts par l’humanité à ses dieux comme seule nourriture agréable. A mon sens, Mâït symbolise non la force morale, mais la force matérielle : c’est la vie qu’elle donne au dieu, et non l’intelligence ou la raison.

La forme graphique du nom de Mâït peut nous aider à définir sa nature. « Mâït » s’écrit tantôt par la coudée mâ, mesure de longueur qui évoque l’idée de « justesse, conformité

8, 18, 19, 24, 34, 35, 44, 47, 68, 69, 72. Mariette a donné toutes les références des présentations de Mâït à Dendérah {Texte, p. 7, n. 2).

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à la mesure' », d’où « chose exacte, réelle, vraie, opposée à fausse ». « Mâït » est aussi la plume p md, dont le sens symbolique a été parfaitement défini par M. Grébauth « Lue mâ et shou, mots signifiant « lumière », la plume p, avec ses barbes, symbolisait les rayons (solaires). La déesse (Isis) fait de la lumière avec ses plumes'. Sur le front du dieu, la double plume [|| [shouti) semble le symbole de la double lumière. . . levé, (le soleil) irradie la lumière avec sa double plume®. . . On conçoit, dès lors, l’échange des yeux solaires et des deux vipères avec les deux plumes dans l’emploi de coiffures, et l’identification des deux plumes avec les deux yeux et les deux vipères, affirmée au chap. xvii du

1. M. Pierret, Études éptjptologiqucs, II, p. 94 sqq., a fort bien établi ce sens : « Qui dit vérité dit conformité de l’idée avec son objet, dont le contraire est l’erreur; conformité de ce qu’on dit avec ce qu’on pense, dont le contraire est le mensonge... La conformité se prouve parla comparaison, aussi le mot égyptien a-t-il pour déterminatif et pour idéogramme l’instrument type de la comparaison et de la mesure, la coudée ou règle / i . »

2. Voir les exemples cités par Pierret, loc. cit., p. 95: les oflrandes

vraies (

qui est vrai (

), le corps qui ne se décompose pas et

la traduction réel serait ici meilleure). Ajoutez , , — . . III

les exemples fréquents : pierres, vraies,

~ - ~ lïïïïïi

vrai.

ooo ^ liiim

lapis-lazuli

(Brugsch, Wôrt., Suppl., p. 530); fonctions ad-

rrrm

ministratives vraies, effectives, réelles

ffi

/vwvw

AWWS AAAAAA

5=^ , etc. D’où le copte Axei, aihi, vcri-

— —fl - — G AA/VWA

tas, verus, justus.

3. Des deux i/eux du disque solaire (Reeueil, 1, p. 116). Les notes données sont celles citées par M. Grébaut. Mes additions sont entre ( ).

4. Hymne à Osiris de la Bibliothèque Nationale, 1. 15 (Chabas,

Œuores, I, p. 108 :

5. M. Grébaut cite ici le texte du 22' tableau d’Abydos, qui est celui

de notre chap. ix (cf. p. 42) : « Tu as pris tes deux plumes (P

ta couronne blanche avec l’œil d'Horus, ton œil droit avec l’œil droit (plume); ton œil gauche avec l’œil gauche (plume). » — Voir les textes cités p. 47, n. 3, qui identifient les plumes avec les yeux d’Horus.

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Todtenbuch : « Ce sont les deux grandes vipères devant la face du père Toum, autrement dit, ses deux yeux, ses deux plumes sur sa tête'. » — J’ajouterai aux textes cités par M. Grébaut un bon exemple matériel d’une représentation symbolique du rayon solaire par la plume ^ : au tombeau de Meràb’ (IV« dynastie), parmi les apports d’objets funéraires, figure un petit obélisque, dont la pointe est caressée par la plume lumineuse, Concluons que p symbolise le rayon solaire : d’où les expressions telles que « Râ se lève avec Mâït, il point à l’iiorizon avec Mâït w, « Mâït, dans le ciel, illumine les deux terres de ses beautés (rayons)’ ».

Ainsi i\Iâït semble signifier « la réalité », d’une part, et « la lumière », d’autre part. Pour les Égyptiens, le rapport entre « réalité » et « lumière » s’établissait aisément. Les dieux avaient créé le monde par deux procédés : une émission lumineuse sortie de leurs yeux, une émission sonore sortie de leur bouche. Nous reviendrons plus loin sur la création par le son; la création par la lumière explique que Mâït, « lumière », signifie aussi « ce qui existe, ce qui est réel et vrai, la réalité ».

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