‹ Le rituel du culte divin journalier en Egypte d'après les papyrus de Berlin et les textes du temple de Séti Ier à AbydosChapitre 113 sur 214 · Chabas, Papyrus mayique Harris, p. 53, pl. III · texte numérisé non relu

Chabas, Papyrus mayique Harris, p. 53, pl. III

4. On appelle fréquemment Mâït « l’œil d’Horus»; cf. Rckhmard, p. 152.

5. Tous les dieux, tour à tour démiurges, ont aussi ce pouvoir de création par l’œil : les textes mentionnent les créations de l’œil de Râ, des yeux de Shou et Tafnouït, et d’Isis. Cf. Lefébure, Le mythe osirien, p. 122-126; Maspero, Histoire, 1, p. 21, 156-158.

6. Cf. Maspero, Mémoires sur quelriucs papyrus du Loutre, p. 40-41,

) sont des rayons divins

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d’Horus ont ainsi donné la vie ou l’existence à tout ce qui est nécessaire aux hommes et aux dieux. Les aliments solides et liquides, les étoffes, les parfums canoniques, tout ce dont le culte divin ou funéraire prévoit l’usage « non seulement émanait du soleil, œil d’Horus, mais encore n’était que l’œil d’Horus sous des apparences diverses, et se présentait sous son nom dans les sacrifices’ ». Ainsi la lumière a créé toute réalité.

Mâït, ai-je dit, est cette réalité h Aussi, d’après notre texte, les aliments dont se nourrit le dieu (pl. XXI, 4; XXII, 6-7), les vêtements et les parures dont on le couvre (pl. XXII, 3-4), tout son état de maison et son patrimoine (pl. XXII, 6), sont-ils des formes de Mâït comme de l’œil d’Horus. A la fin de la première entrée au sanctuaire, le roi-prêtre apporte l’œil d’Horus; à la fin de la seconde entrée, il « fait monter la Réalité » auprès du dieu : après le don de l’ame, œil d’Horus, c’est l’offrande de tout ce qui a été créé par l’œil lui-même. La symétrie parfaite de ces deux moments du culte apparaît clairement dans les tableaux des temples : à Edfou, par exemple, sur la paroi du fond du sanctuaire, on voit seulement, avec la présentation de l’encens enflammé, l’apport des deux Yeux et des deux Mâït (cf. p. 173). Offrir Mâït au dieu, c’est donc lui donner tout ce qui vit réellement; c’est le mettre en possession non d’une Vérité morale, mais de toute la Réalité matérielle que lui-même a créée.

Nous avons vu que lorsque le dieu (ou le défunt) est mis en possession de l’Œil et de Mâït, il est qualifié de ® ^

mâ khvùou. Si l’on applique à cette expression, où figure le mot mâ, le sens que nous avons trouvé en Mâït, on tra-

]. Maspero, Histoire, I, p. 158, et commentaires du te.\te de Pèpi II, 1. 224 sqq. (cf., sur l’identification des diverses offrandes avec l’œil d’Horus, Brugsch, Wôrt., p. 103; Suppl., p. 106-114).

2. La traduction « réalité », « réel », « réaliser », a été proposée déjà par Virey, loc. cit., p. 101, n. 7, et p. 149, n. 2.

RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE

duira « réaliser la voix » ou « qui réalise la voix » ; ce qui s’éloigne sensiblement de « juste de voix », « véridique », « proférant la vérité », « vrai de parole », interprétations proposées respectivement par Maspero, Devéria, Grébaut, Pierret’. Pour justifier cette traduction nouvelle, il convient de préciser à quel moment du culte on applique l’expression mâ khrôou au dieu ou au défunt.

Dans le rituel du culte divin, l’épithète mâ khrôou apparaît au moment où le dieu savoure le repas dans les fumées de l’encens et dans le chant des hymnes (chap. xli, p. 137), puis quand on lui présente Mâït (chap. xlii, in fine), enfin, pendant l’offrande des bandelettes et des fards (chap. LUI et liv). Dans le rituel du culte funéraire, c’est aussi après l’onction des huiles canoniques qui suit le sacrifice et Xàp ro"^. Le dieu et le mort, au moment où on les appelle mâ" khrôou, sont donc en possession de leur âme, de leurs offrandes, de tous leurs pouvoirs royaux et divins. En effet, consultons les chap. x et xlviii du Livre des Morts (chapitre de se manifester en mci khrôou) et les chap. xix et xx (chapitre de la couronne de mâ khrôou) : il en résulte qu’un défunt mâ khrôou : 1° triomphe de ses adversaires au jour d’émettre les paroles (| | ou ^ | !) en sa qualité de 2° règne sur les deux terres, couronné par les dieux comme un héritier de Seb; 3° possède la faculté de manger de sa bouche et de recevoir les offrandes sur l’autel d’Osiris. Au total, puissance victorieuse, royauté divine, nourriture assurée, tels sont les privilèges que le mâ khrôou tient d’un

1. Le sens voix, et non parole, de | ^ a été établi par Maspero dans

son mémoire : Sur l’expression mà khrôou (ap. Études de mythologie, I, p. 93-114), où sont citées et résumées les dissertations de Devéria, Grébaut, Pierret, Stern.

2. Schiaparelli, Libro dei funerali, II, p. 36. Cf. Maspero, Études de mythologie, I, p. 318.

3. Voir les textes cités par Maspero, Études de mythologie, I, p. 93- 103, d'après les mémoires de Devéria, Lefébure, Grébaut, Pierret, Stern.

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certain état de sa voix khi'ôou, qu’il s’agit de définir, et qui s’exprime par le mot mâ. Faut-il traduire md par justice, justesse, vérité ou par réalité?

M. Maspero estime que cet état de la voix consiste à « n’avoir pas la voix fausse » ; l’homme mâ khrùoii a la voix juste )) et sait réciter les* formules ritualistiques « sans faute d’intonation’ ». Les dieux et les morts, et les vivants à l’occasion du culte, étaient tenus de prononcer correctement les mots ou les phrases capables de repousser les divinités typhoniennes, faute de quoi, le charme de la voix n’opérait pas. L’idée en elle-même est fort vraisemblable; mais les Egyptiens l’exprimaient-ils par la formule mâ khrôou‘! A ce sujet, les textes ne disent rien. Au contraire, ils nous renseignent avec précision sur ce que la voix peut réaliser, quand cette voix est émise par un dieu ou par un mort osirien. A mon sens, c’est à ce point de vue qu’il faut attaquer le problème de l’expression mâ khrôou.

La voix des dieux a une puissance créatrice semblable à celle de leurs yeux : le monde a été nommé par les dieux en même temps qu’il a été vu; leur verbe a créé l’univers, comme leur vision l’a révélé’. Les liymnes nous ont conservé souvent des définitions précises du pouvoir créateur de la voix du dieu, comparé à celui de ses yeux : « Il a édifié les hommes avec les pleurs de son œil ; il a parlé ce qui appar-

tient aux dieux »

1. Maspero, Sur l’rxprcssion mâ lâirôou (Études de nv/thologic, I, p. U).o, 109, 112).

2. Voir plus haut, chap. xxxviii, où il est question de la création du

. La théorie de la création de

nom de toutes les choses.

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l’univers par la voie a été formulée par Maspero, Études de mr/tliolofiie, II, p. ;i72-38ô, et Histoire, 1, p. 146-148; l’auteur insiste surtout sur la puissance créatrice de la voix de Thot et des dieux hermopolitains. Il convient d’étendre cette puissance aux autres démiurges et à tous les dieux et morts osiriens, sans parler des vivants qui sont en état de grâce. ^ oir plus loin, p. 164.

RITUEL DU CULTE DIVIN EN EGYPTE

^=1111 j * ) ’ ; OU bien : « les hommes

sortent de ses deux yeux, les dieux se manifestent sur sa

bouche »

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; notre papyrus dit de même : « les dieux se mani-

testent quand il parle ” ^ H

chap. XIX, p. 70). Cette émission de la voix créatrice est souvent caractérisée par l’expression «émettre des paroles »,

« lancer des ordres » ( ï H h outou maditou) ; ainsi, au chap. lu,

on dira de l’œil de Râ : « il fait l’émission de paroles, il crée le cycle des dieux par cette émission » ( j ^

111 1 'î' ^ ^ s’expriment d’autres

hymnes : « il a émis des paroles et les dieux se manifestent »

’. La voix est donc par excellence l’organe noble de création, puisqu’elle a engendré les dieux et les morts osiriens'.

La voix crée aussi tout « ce qui est nécessaire aux dieux»

1. Ad. Erman, Zeitschrift, XXXVIII, p. 24, Hi/inne à Râ, d’après un ostracon du musée de Gizeh. Ce qui appartient aux dieux, on le verra plus loin, ce sont les offrandes.

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