‹ Le rituel du culte divin journalier en Egypte d'après les papyrus de Berlin et les textes du temple de Séti Ier à AbydosChapitre 165 sur 214 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

I. Résumé des lûtes du culte divin. — Essayons de résumer brièvement les rites révélés par l’étude des papyrus de Berlin et des textes d’Abydos. Au début du service sacré, le roi-prêtre purifie le sanctuaire par la flamme de l’encensoir allumé (p. 9-15); puis il se met lui-même en état de grâce par des ablutions et des fumigations (p. 17, 105) qui sont celles qu’il emploiera plus tard pour les dieux (p. 171, 204 sqq.)- Désormais il est lui-même un être divin, Horus, fils d’Osiris et de tout dieu assimilé à Osiris. Les dieux qui vont recevoir le culte prennent une part active à cette consécration du roi-prétre : ils le couronnent, ils l’allaitent et lui donnent le fluide de vie, ils lui renouvellent sa dignité de roi, c’est-à-dire de fils des dieux, dieu lui-même : ainsi Pharaon ou le prêtre son substitut peuvent-ils entrer en communication avec les dieux (p. 15-30).

Quand le roi-prêtre pénètre au sanctuaire pour ouvrir les portes du naos où repose la statue divine (p. 35-48), on admet, d’après une tradition ancienne, que le dieu est dans l’état du cadavre d'Osiris après l’assassinat de ce dieu par Sit, c’est-à-dire découpé en morceaux, les chairs lacérées, le squelette disloqué, la tête disjointe du tronc; une partie des prières et des rites sera consacrée à remettre en état ce cadavre, à en réunir les os, à rendre la tête au squelette (p. 71, 172). Une tradition postérieure, qui se superpose à la précédente sans la supprimer, fait du corps du dieu un

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cadavre non démembré, rendu incorruptible par les rites de la momification inventés au bénéfice d’Osiris par Horus, Anubis, Thot, Isis et Nephtbys (p. 16, 168, 189). La tradition du dépècement n’est plus qu’un souvenir de rites archaïques ; celle de la momification est, au contraire, en pleine vigueur pendant toute la période historique de la civilisation égyptienne : les statues des dieux sont figurées et habillées comme des momies ; les rites qu’on exécutent sur elles sont ceux que subissaient les momies d’Osiris et de tous les êtres assimilés à ce dieu. En résumé, le corps du dieu, démembré ou momifié, est semblable au corps d’Osiris.

Quant à son âme, sous ses différents noms et ses formes diverses (âme, double, forme, ombre, cœur, œil), elle a subi aussi le sort de l’âme d’Osiris : après la mort, celle-ci s’est réfugiée dans un des yeux d’Horus (le soleil et surtout la lune, p. 33, 83, 112), mais ce refuge n’est pas sans dangers pour elle; périodiquement le meurtrier d’Osiris, Sit, et les animaux typhoniens attaquent le soleil dans sa course et dévorent le disque lunaire (p. 33 et 97). Horus et Thot se sont donc mis en quête de l’œil d’Horus, où se cache l’âme du dieu défunt : ils le cherchent, le trouvent (p. 97, 201), soit dans le ventre des victimes typhoniennes (p. 34), soit dans les flots du Nil où l’œil est tombé (p. 39, 77), enfin ils apportent l’œil et le comptent (p. 84) au dieu. Avant le service sacré, le dieu gisait mort, corps et âme, tel qu’Osiris : le roi-prêtre a reconstitué son corps et retrouvé son âme (p. 93).

Au fur et à mesure qu’on ouvre les portes du naos, le dieu est revêtu de la peau (et de la force) des victimes typlioniennes (p. 44), on lui découvre la face (p. 49), on lui rend son cœur (p. 63), on lui ouvre la bouche (p. 52) pour qu’il émette les paroles créatrices (p. 153). Puis Horus, le roiprêtre, prend dans ses bras son père Osiris, et, par ce contact, lui restitue son âme, sa forme (p. 93), son double, son ombre {Abijdos, 26« tabl.). Le dieu, remis en possession de l’œil d’Horus, reçoit le fluide de vie des bras de son fils; l’œil se

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transforme en couronne royale (p. 89, 94), et le dieu parcourt l’imivers tel qu’un roi de la terre ou du ciel (p. 91). — On répète une seconde fois les rites de l’ouverture du naos : on apporte à nouveau l’œil d’Horus au dieu; mais cet œil est considéré maintenant plutôt comme la force créatrice de l’univers (p. 151) que comme le refuge de l’âme osirienne. L’œil prend la forme de Mâït, l’offrande divinisée (p. 151); elle embrasse à son tour le dieu (p. 125), elle lui donne toute puissance de créer par l’œil et par la voix (p. 154), elle se donne elle-même comme offrande : et voici que le dieu goûte au repas servi sur l’autel (p. 111), et en saisit la fumée odorante mêlée au parfum de l’encens et au chant des hymnes (p. 119,211). Le dieu a repris sa divinité; son corps vit et s’alimente, son âme possède les charmes magiques, ses yeux et sa voix ont la puissance créatrice comme les yeux et la voix du démiurge aux premiers temps du monde.

On s’occupe ensuite de laver (p. 171), d’habiller (p. 178), d’oindre (p. 190) la statue divine à la mode des momies osiriennes; puis, avec les rites de la fondation des édifices sacrés (p. 200), on établit la statue dans le naos, et on l’y laisse reposer, en possession de ses offrandes (p. 211), après une dernière purification par l’encens, qui éloignera du dieu les esprits du mal jusqu’au prochain service sacré.

II. Témoignage concordant des monuments écrits ou figurés. — On a vu jjar les citations faites au cours de cette étude que les rites résumés ici se retrouvent sur les murs des temples avec des tableaux appropriés et des légendes qui tantôt résument, tantôt développent les formules consignées au rituel, tantôt s’en inspirent plus ou moins librement. On trouve parfois réunies sur un seul monument ou dans une seule salle d’un temple les plus importantes des scènes que nous avons expliquées : en outre des chambres d’Abydos qui nous ont fourni les duplicata des papyrus de Berlin, on peut citer particulièrement, à ce point de vue, les représentations gravées sur l’obélisque con.sacré à Karnak

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par la reine Hâtshopsitou (XYIII® dynastie) et sur les murs intérieurs du sanctuaire dans le temple d’Edfou (époque gréco-romaine) : nous en donnons une partie dans les planches II et III, à titre de comparaison.

Certains textes nous donnent encore des résumés très exacts des cérémonies du rituel divin, et il n’est pas sans utilité de les rapprocher des chapitres traduits ici. Telle est l’inscription du roi éthiopien Piankhi, qui relate les visites faites par ce roi aux sanctuaires égyptiens vers 740 avant Jésus-Christ.

Le roi entre au temple de Râ, à Héliopolis : « Après avoir fait les rites du Pa douait (cf. 1. 98 : « après avoir fait ses puritications dans le Pa douait, et après qu’on lui eut fait tous les rites qu’on exécute, pour le roi ») et après avoir pris le vêtement royal, il se purifie avec l’encens et la libation, on lui présente les fleurs de vie du temple d’Héliopolis et on lui amène les parfums de vie, — (puis) il monte l’escalier qui donne accès au sanctuaire (grand pavillon), pour voir Râ dans son temple d’IIéliopolis. Le roi en personne se tient là tout seul, il pousse les verrous, ouvre les deux portes, et voit son père Râ dans le temple d’Héliopolis. — Il vénère la barque Mâdit de Râ, la barque Saktit de Toum. — Il ramène les deux portes et appose la terre sigillaire qu’il scelle du sceau royal. Le roi en personne donne cette instruction aux prêtres : Moi, j’ai disposé le sceau; que nul autre n’entre là’. »

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