Éd. Naville, /oc. etC, pl. II
6. Dümichen, Die Ceremonie des Lichtan^ündens (A. Z., 1883, p. 14-15, et pl. I, 1. 1-3,6 et 11). Ces rapprochements ont déjà été proposés par M. von Lemm (A. Z., 1887, p. 116).
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE
Notons enfin que la formule si fréquente, gravée sur les statuettes funéraires {oushaïhti) : a Éclairage, illumination de rOsiris N. » apparaît dans une tombe thé-
baine, publiée par M. Virey ’ , précisément à côté d’une image de la flamme peinte sur la paroi de la tombe. L’éclairage de la statuette funéraire semble donc un rite analogue à celui de l’éclairage des naos divins^ ou des tombeaux liumains; de même retrouve-t-on, au début du « Livre des funérailles », l’éclairage de la tête du père ( H o ® (1 Æ )" par le
fils qui est le prêtre du culte familial, comme le roi est le prêtre du culte divin.
Ainsi l’éclairage des abords du naos par le feu sacré, « œil d’Horus », décrit dans notre rituel, est un rite préliminaire obligatoire dans toute consécration d’un temple ou d’un tombeau, et sans doute au début de toute cérémonie du culte osirien.
La phrase finale : « tlorus réalise la voix », et cette autre, qui sert aussi de clausule à presque tous les autres chapitres : « Le roi donne l’offrande, car je me suis purifié », appellent un commentaire qui sera mieux à sa place plus loin.
La purification du sanctuaire se complète par des fumigations d’encens ; le roi-prêtre se purifie lui-même en même temps. C’est ce que décrivent les chap. ii-vi, qui ne figurent pas aux rituels d’Abydos.
A/VW. . , -
de prendre l’encensoir ».
(fi) □ ^ « Chapitre
1. Virey, La Tombe des Viç/nes {Recueil, XXI, p. 146, flg. 18).
2. L’inscription de Siout (Griffith, W, 278; VII, 290) spécifie que « l’allumage du feu » qu’on fait aux dieux est renouvelé pour les morts dans les mêmes conditions. Le rite d’ « allumer le feu », associé à l’acte de « sauvegarde magique », est mentionné dans la pyramide de Tèti, 1. 206.
3. Schiaparelli, Lihro dei funerali, I, p. 69 sqq. — Le rite d’(( illuminer la face» est mentionné dans les pyramides de Tèf.i, 1. 281, et de Pépi II, 1. 131 .
ANNALES DU MUSÉE GUIMET
Paroles à dire : « Salut à toi, (encensoir des dieux) qui sont de la suite de Tliot. Mes deux bras sont sur toi comme (ceux) d’Horus, mes deux mains sont sur toi comme (celles de) Tliot, mes doigts sont sur toi comme (ceux d’)Anubis, chef du pavillon divin. Moi, je suis l’esclave vivant de Râ, moi, je suis le prêtre (le pur), car je me suis purifié. Mes purifications sont les purifications des dieux. Le roi donne l’ofirande, car je me suis purifié. »
Le feu une fois allumé (cliap. i), le prêtre a saisi rencensoir P l’otirande (aux dieux). Comme
tous les objets qui servent au culte, l’encensoir a une personnalité, il est lui-même un dieu ' . Aussi le texte le met-il au service des compagnons de Tliot, le dieu des charmes magiques, à cause du pouvoir magique de la purification par
1 . Dans les chapitres suivants, on constatera sans cesse la vérification de ce principe. Ciiabas, dans son étude intitulée : Un hjinine ù Osiris (Reçue arcliùolodique, lÿbl , p. 65-81, 193-212; cf. Bibliothèque èijt/ptologique, t. IX, p. 138), avait formulé très nettement cette idée. Chez les Égyptiens, disait-il, la notion fondamentale de l’unité de Dieu «était obscurcie, voilée sous la divinisation des facultés, des fonctions, des attributs et des symboles. . . Tous les détails de la porte qui s'ouvrait sur le lieu du jugement (Todienbuch, chap. cxxv, 1. 52 et suiv.), tous tes agrès, toutes les parties de la barque mystique dans laquelle les morts étaient conduits à l’Hadès, l’eau sur laquelle elle glissait, le veut qui en cnÜait les voiles (Todtenbuch, chap. ci) étaient autant de divinités. . . » Ce qui est vrai du culte osirien est vrai, nous le verrous, du culte divin en général. Dans les rituels sémitiques et védiques, tous les instruments ou objets qui servent au sacrifice sont aussi considérés comme divins (Hubert-Mauss, Du sacrifice, p. 56-61).
RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE
l’encens dont l’encensoir est l’instrument. C’est à ce titre de personne divine cpie l’encensoir reçoit la prière proférée par le prêtre. Celui-ci, en prenant en main l’encensoir, l’apostrophe dans les termes dont on use vis-à-vis d’Amon luimême, quand on porte les mains sur le dieu de Thèbes; nous verrons plus loin dans notre rituel un « chapitre de porter les deux bras sur le dieiC », où se trouve la même phrase : « mes deux bras sont sur toi », etc. Notons dès maintenant que cette formule vient du culte funéraire : ce qu’ont fait les deux bras d’Horus, c’est l’embrassement de son père Osiris; ce qu’ont fait les deux mains de Thot, ce sont les passes magiques et les incantations sur le corps du dieu défunt; ce qu’ont fait les doigts d’Anubis, c’est l’emmaillotement de la momie dans le pavillon funéraire*; tous ces rites du dieu des morts et des hommes défunts étaient passés dans le service sacré de tous les dieux, et ici on les pratique sur l’encensoir divinisé.
La fin de. la formule contient l’affirmation que le prêtre s’est purifié avant de procéder aux rites sacrés. Ces purifications sont « celles des dieux » : entendons par là celles des dieux qui ont inventé, au bénéfice de la momie d’Osiris, les procédés de conservation du cadavre et la purification des chairs au moyen de l’eau, du natron, de l’encens. Celui qui reçoit ces purifications fait partie désormais de la race divine. La formule employée ici n’est que l’abrégé d’une autre formule plus complète qu’on trouve employée pour les morts au rituel funéraire et pour les dieux au rituel divin : « Tes purifications, dit-on au mort ou au dieu, sont les
1. Chap. xLiv (cf. p. 98); aux rituels d'Abydos, c’est le 7' tableau.
2. Voir, par exemple, Maspero, Mémoire sur quelques papj/rus du Louvre, p. 32 (rituel de l’embaumement : « Anubis et Ilorus perfectionnent ton maillot funèbre; Thot assainit tes membres par les incantations de sa bouche»). Ailleurs, «Anubis lui-même fait la momie» du
^ [| n ^ études
éyyptologiques, p. 59, iT 6, et Éd. Naville, A. Z., 1873, p. 93.
défunt (
ANNALES DU MUSEE GUIMET
purifications d’Horus, et réciproquement », et la même phrase est répétée pour les dieux Sit, Thot et Sopou, dieux des points cardinaux et des quatre parties du monde. Les dieux susnommés versent de deux vases levés sur la tête du mort l’eau de la purification, et souvent, au lieu du liquide, ce sont les signes de la vie, de la force et de la stabilité ( | qui, alternés, ruissellent en pluie au-dessus du défunt et du dieu'. Ainsi cette purification est la même dans le culte funéraire et dans le culte divin. Ici, elle n’est pas employée pour le dieu; c’est le roi-prêtre qui se réclame d’elle."^
La propreté matérielle et la pureté morale du prêtre sont, en effet, indispensables pour la valeur du service sacré. Ainsi qu’on l’a fait observer, le nom même du prêtre ^ I /vwvvA ^ ouabou veut dire : « celui qui est propre et pur » par excellence; des variantes indiquent que cette « propreté » est spécialement requise pour les mains, les pieds L la « pureté » morale est aussi sous-entendue, car le terme ouabou s’applicjue aussi à des purifications d’un genre tout moral b La plupart des chapitres de ce rituel se terminent par la formule : « Le roi donne l’offrande, car je me suis