‹ Le rituel du culte divin journalier en Egypte d'après les papyrus de Berlin et les textes du temple de Séti Ier à AbydosChapitre 92 sur 214 · Au lieu (le que donne le texte · texte numérisé non relu

Au lieu (le que donne le texte

2. Il y a jeu de mots entre les deux sens de h-ppoii, <( caclier » et (( fumiger avec la R-sine ». Voir, à ce sujet. V. Loret, Lr huphi (Joiii-nal osiati'iuo, 1887).

RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE

menés à Amon quand on lui rend l’œil, son âme. Comme toutes les purifications, celle par la résine lave le dieu de ses impuretés, ratîrancliit des humeurs mauvaises, le rend puissant et redouté (cf. chap. xlvii, lxii, et plus haut, p. 36, n. 1, et p. 57-58). Dans le rituel du culte funéraire, les memes formules sur la présence de la résine dans l’œil d’Horus' et sur son action purificatrice’ existent naturellement, car l’idée ici exjiosée a sou origine évidente dans les rites osiriens.

(( La résine vient (5/.s), le parfum du dieu vient, ce que respire le dieu vient, les grains (de résine) viennent, la sécrétion du dieu vient, son parfum vient vers toi, Amon-Rà, seigneur do Karnak. L’œil d’IIorus te cachait dans (ou t’a fumigé avec) ses larmes (?), et son parfum vient vers toi, Amon-Rà, seigneur de Karnak, il s’élève vei's toi parmi les dieux. Parfum divin, deux fois l)on, élève-toi comme un dieu; Rà-IIorkhouïti t’a aimé, sa narine t’a saisi. Sois pure,

1. Scliiapar.'lli, Libi-u dci funcruH , II. p. 12.5. — Voir aussi p. 122 : « le parfum rend la vigueur » au.v doubles du défunt divinisé.

2. Pvr. de l'cni II, 1. 697 : « le parfum de l’œil d’ilorus, dit-on au

mort, jette à terre tes impuretés» ( Cf. Pqd r', 1. 114 et 116.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

AAAAAA

cq cq tzq

AWW\ r\ AA^AA^

on —

A/WW\ /VWW'

A/NA/VW

A/'AAAA

IJ^ÎU ' >

«AAAA 1 AAAAAA vL 0, I

AWwW

Cr^ Ci I 1 AAftAAA

résine cl’Amon-Rà, seigneur de Karnak, élève-toi, résine d’Amon-Rà, seigneur de Karnak; l’œil de Râ t’a fait monter vers le ciel, les dieux t’ont saisie, car leurs cœurs t’aiment. Sois en paix! Amon-Râ, seigneur de Karnak, que ton cœur se dilate, car je t’ai amené l’œil d’IIorus pour que tu te fortifies de ce que ton cœur prend, de ce que ton nez respire en cet encensement. Le parfum divin, on en fait le a parfum de fête » à consumer (sur le feu), il monte jusqu’au ciel auprès de Râ ; on en fait le « parfum de fête » pour tous les dieux avec le parfum sorti de toi, Amon-Rà, seigneur de Karnak. La grande couronne’ (de fumée) s’est élevée jusqu’à ta tête, image d’Ainon établi tel qu’un maître de la couronne; elle sert d’ornement à ton front, Amon-Râ, sei-

1 . - — fl peut sigiiiKcr « coui-onnc » ou « lever avec la coiiroime ». l’un

et l’autre sens dérivant de l’idée symbolisée par le signe e, qui est le soleil levant avec sa couronne de rayons. Dans les te.xtos funéraires, on

dit aussi que la résine sur le fou « point » ^ J , comme le .soleil

Z1 /NVSAAA U a

levant (i)yr. d’f;^//(^(.s, 1. 181; /Vyi/ 1. 088). Il semble qu’ici le texte dise que la fumée do la résine consumée se lê\e comme une couronne autour de la tête d’Amon.

RITUEL DU CULTE DIVIN EN ÉGYPTE

gneur de Karnak. J’ai disposé pour toi l’œil d’IIorus; son parfum vient vers toi, le parfum de l’œil d’IIorus vers toi, Amon-Râ, seigneur de Karnak, qui aimes la résine. »

L’idée générale qui inspire le cliap. xxxvi est celle qui est déjà exprimée au cliap. xxxv : la résine vient de l’œil d’Horus, la fumigation remplace, à elle seule, l’œil d’Horus et les offrandes qu’il crée (voir chap. xlii). Aussi la récitation de ce chapitre coïncide-t-elle avec un moment très important : celui où le dieu adoré prend possession des offrandes. Dans les temples, la présentation des offrandes au dieu s’accompagne presque toujours d’une fumigation de résine ou d’encens et d’une libation faites par le roi-prêtre' ; ainsi, dans les rituels d’Abydos, les seuls tableaux où la table d’offrandes servie paraisse devant le dieu (26® et 31° tableaux) sont définis par les titres ^ a faire brûler Tencens » et

« faire la purification avec

l’encens sur le feu ». A ce moment du service .sacré, la fumigation correspond à la présentation réelle des offrandes; les offrandes consumées sur l’autel à feu (cf. chap. xxvi) mêlent alors leurs fumées odorantes aux parfums de la résine enflammée. Pareils aux divinités homériques, les dieux égyptiens se saisissent avidement (r^^, expression deux fois répétée ici) de l’odeur du sacrifice et en repaissent leurs cœurs ' :

1. Loaxor, pl. XXXVII, XLIV, LI ; Abj/dos, I, 17, 37, 3';), 42, 41; Dcndci-ah, I, 34, 44; Edfou, I, p. 42, pl. XII; P/iihc, I, p. 19, pl. VI.

2. Au chap. Lxvi, où l’on brûle l’eneeiis, on retrouvera l’e-xpression

;; g ^ ; au chap. xxxvii, le dieu «saisit ses ofîrandes dans les

champs des offrandes». Dans la grande inscription d’Abydos {I, pl.6,

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

on dira ailleurs que les dieux « mettent leurs deux bras sur le parfum' », ou que « le parfum prend place sur les deux bras du dieu’ ». Dans les hymnes qui vont suivre, et surtout dans la présentation de Mâït, les formules laissent entendre sans ambiguité que le dieu a goûté au repas sacré.

Le roi fait brûler les offrandes sur l'autel et encense le dieu. {Louj'or, pl. XXXVII; cf. Deruicrah. III, pl. 74 r/.)

Le roi donne l'offrande et présente l'offrande.

{Abijdo$, I, pl. 44.)

Comme tout ce qui touche au dieu, la fumée de la résine est divinisée; elle peut prendre toutes les formes de l’œil d’Horus : voici qu’elle devient une couronne et qu’elle entoure le front du dieu’. Les formules relatives aux présentations de l’encens dans le même moment du culte funéraire ont naturellement une grande analogie avec celles qu’on trouve ici*.

1. 27-28), on dit que Ramsès II « élève le bras avec l'encensoir vers la nécropole ; voici que les offrandes sont consacrées et prises (

1 [j ) par

son père ». Cf. Maspero, Essai stii' l’inscription dédicatoire d’Abtjdos, p. 18. Comparer avec Iliade, VIII, 549-51, et les textes des rituels sémitiques cités par Hubert-Mauss, Du sacrifice, p. 73.

Page 1