‹ Le Roc-aux-MoinesChapitre 10 sur 12 · QUATRIÈME PARTIE Vers les cimes · texte numérisé non relu

QUATRIÈME PARTIE Vers les cimes

Le curé de Boiiig-Saiiil-Mathieu pa laissait, ce jour-là, fort préoccupé en descendant le chemin du Roc-aux- Moines.

Marchant à grands pas, la soutane flottante, son chapeau un peu en arrière siu^ sa chevelure blanche, il monolog*nait à mi-voix, s'accompagnant, en vrai Lorrain, de force gestes expressifs.

— Non, c'est inadmissible ! Gomment le pauvre homme ne voit-il pas son devoir mieux que cela ? Comment, surtout, la petite n'a-t-elle rien découvert.î^... Et pourtant, cela existe... Je im\ sais plus que penser... Qu'arrivera-t-il quand elle apprendra... Que dira-t-on partout... Pauvre petite !... Et être lié, mon Dieu ! mon Dieu ! ne pouvoir rien (lire, c'est le pins dur des sacrifices.,.

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Je croyais bien, cependant, qu'aujourd'hui il aurait compris et m'aurait parlé.

Le monologue se continua sur ce ton jusqu'aux premières maisons du boiug, el, sans s'arrêter comme de coutume en (ramicales conversations avec les quelques personnes croisées sur la place, le vénérable prêtre se hâta vers le presby 1ère.

A peine avait-il disparu derrière l'église que l'omnibus, arrivant de son deuxième voyage aux liaubières, s'arjélait sur la place, devant l'auberge décorée du nom d'Hôtel de la Posle :

deux femmes en descendirent.

(l'étaient Guillemine et Sylvell e. Après quelques ordres donnés au sujel de lem^s valises, elles se séparèrent en se fixant un rendez-vous pour le lende main.

Puis la petite silhouette vêtue d'un manteau de serge bleue se dirigea m^i s le Roc-aux-Moines.

Sylvelle nionlail d'im pas pressé, un petit sac de cuir fauve à la main.

En moins d'un quart d'heure elle i'jjj sur la terrasse du prieuré oh Marguitte, qui tirait de l'eau au puits, poussa une

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exclamation de suprême étonnement 'devant cette apparition si soudaine, le lendemain de son départ, alors qu'elle la croyait partie pour huit jours.

Mais l'expression de bonheur répandue sur les traits de sa jeune maitresst' rassura la bravo lille sans qu'il fui bosoi n d'explications .

— Où est mon père, Marguiltc P interrogea Sylvette.

— Monsieur vient de partir il n'y a pas vingt minutes. Mademoiselle. M. le (^uré était venu voir Monsieur, et Monsieur est parti en promenade tout de suite après.

— De quel côté ?

— Par en bas.

Un peu contrariée de ce léger retard, (|ui l'empêchait d;annoncer loul de suite à son père la nouvelle qui lui tenait tant au cœur, la jeune iille monta chez elle.

Elle enleva son costume de voyage, se recoiffa et mit une l)louse de baiisie fraîche avec sa jupe de serge J)leue.

Puis elle lit le tour de son appariement.

Les beaux vieux meid^les d'acajou, Ir studio moderne, semblaient l'accueillir

d'un air joyeux, comme après une absence prolongée.

Mais le temps lui paraissait long ; elle alla à une fenêtre pour guetter le retour de son père.

Une demî-heure peut-être se passa ainsi, M. de Lange ne revenait toujours pas, et Sylvette, qui commençait à s'impatienter, monta au second étage, d'où la vue plongeait sur le chemin jusqu'à la route.

On apercevait aussi de là tout le jardin du chalet des Combes.

La jeune fille était depuis un instant tout entière à sa rêverie heureuse quand un bruit léger lui fît tourner la le te.

Une porte s'était ouverte doucement dans la boiserie du fond, une porte inconnue de Sylvette, et sur le seuil se tenait un être étrange, créature menue, plus petite encore que Sylvette ellemême. Elle était vêtue d'une longue l>loîise claire, son visage avait la pâleur de la cire, sa chevelure un peu en désordre était d'un blanc de neige, et elle tenait dans ses bras, serrée sur son cœur, une poupée enveloppée de chiffons bariolés.

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