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Deux jeunes, prêtres conduisaieal uiK^ bande de gamins et semblaient aussi jeunes qu'eux.
Des ecclésiastiques plus âgés marchaient derrière nous. J'enlendis une A oix dans leur groupa :
— Aurons-nous le plaisir de voii b i en tôt votre ouvrage te l' m i n é , M on sieur le Chanoine ?
— Oui, mon ami, les premiers chapitres sont à l'imprimerie. Je viens aujourd'hui pour un dernier document.
Devant nous, cinq ou six vieilles dames épinglaient pieusement sur leur poitrine un insigne blanc et bleu, les couleurs de Jeanne.
Nous traversâmes « la rivière de Meuse » sur une passerelle de bois à parapet unique.
Le beau vieux château de Bourlémont, le Burg-lès-Mont du moyen âge, domine la vallée exactement comme au lemps de Jeanne ; les collines boisées sont toujours les mêmes ; nous voyons les pierres, le paysage sur lesquels les yeux de la petite Sainte se sont posés.
Seul le Bois-Chenu a changé d'aspect ; on ne trouve plus Tarbre des Dames, et le Garmel et la basilique
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remplacent les vieux chênes d'autrefois.
L'église sera élégante, une fois terminée ; on y admire déjà un très beau groupe de saint Michel et des Saintes.
Nous avons prié avec ferveur, puis MOUS sommes revenues sur le perron poiu' contempler la vallée.
C'est la première fois que je vois vm Carmel. Extérieurement c'est bien laid, mais quand on pense aux créatures angéliques qui y vivent, on oublie la laideur des murs. Là habitent maintenant les bonnes Dames dont les prières protègent la France.
Notre hôtel est près de la basilique et par conséquent hors du village.
(TuiMemine avait retenu nos chambres depuis plusieurs jours, car la maison étant très petite, la place est limitée.
Nous avons déjeuné près d'une fenêtre ouverte, donnant sur la route.
En face de nous, un abri de pèlerins était envahi par une foule de dîneurs.
Sur les tables, on déballait le contenu des paniers, et les convives mangeaient sur le pouce.
J'ai beaucoup regretté que nous n'ayons pas pensé à en faire autant. Je n'aime pas les foules, mais ces gens si
(Meux, 8i avenants, si contents d'être là, m'étaient sympathiques, et Guilleminc riait de mon enthousiasme.
Après le déjeuner, visite de la maison de la Pucelle, près de Féglise où Jeanne fut baptisée.
J'ai baisé le mur de la chambrette sombre où la fillette a vécu. Nous avons fait une ample provision de cartes postales et de souvenirs, puis, comme le temps était superbe et qu'il était encore très tôt, Guillemine m'a propose la visite de Bermont, l'ermitage où Jeanne allait chaque samedi prier Notre- Dame et où l'on se rend à pied sur le sentier qu'elle suivait après avoir traversé Greux.
C'est assez loin dans les bois, sur une côte qui domine la vallée.
Tout en marchant, Guillemine me racontait l'histoire de ce sanctuaire et du dernier ermite, un vieux gentilhomme dévoué au culte de Jeanne d'Arc, qui, au début du siècle dernier, s'est fait construire, auprès de la chapelle restaurée par ses soins, une demeure pour y finir ses jours et y mourir en paix.
La solitudf éliiil coiuplèle. Au<'UJi
-MO I.E BOC-AUX~MOII\Eî^
pèleriiî n'avait pensé à diriger ses pa:-v« is Berinonl, ce jour-là. Tous étaient r< tenus probablement par tes eérériionies de la basilique,
A un eertairi njoiiieiit, cependant, un pas vit se lapproeliy, et presque aussitôt une voix s'élevait dans le silence, une voix bien connue, qui chantait :
hc r;iii, splendeur iiuiiiMrlelk', Anjuui>, nhcs ciitrcvihs.
In bond m'amena sur le bord du sentier. Eiic Sehvvariz était devant nous.
\)\n' noire sui|m isc serait inqjossibl*'.
( uiillemine posait des questions entre- C(jupées d'exclamations. Kv\r riait en noirs regardant tour à toui\
— iN'avez-\ous pas remarqué en passant une automobile arrêtée devant I église d(* (ueuv ? dit-il enlin. Nous visitions I église, nies iunis v[ moi, ([uand je \<mis ni \ iies passer. Le tempd<* prendre congé el me voici!
-— Mais commeid, comment es-tu ici ? répétait Guillemine.
— En pèlerinage d'action de grâces.
J'ai profité de la première occasion qui s'est offerte de l'accomplir. Comme
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\ouj5 le «avez, Guillciiiiiir, jr 8uis à Mulhouse pour IroLs jour.s,
— Oui, cl loules uies rélicilalioiiï^, nioii eher i^nanil ; eelle lournée «'st uu siieeès.
— Je u'ai doue pas voulu remellrc à plus lard ruon action de grâees. Les amis ehez qui je loge ont une auto, nous sommes venus en bande. Ils m'atlendent à Doinremy, nous, repartons ce soir, car il me faut être à Mulhouse pour demain.
— Mais eoimnent se fait-il que nous ne nous soyons pas rencontrés ce malin i^
— Nous somnies arrivés de boruie heure, puis nous soniines allés déjeuner a Vaueouleurs, et nous rentrions quand je vous ai aperçues.
Nous avions repris notre marche dans la direction de Bermont, Eric entre nous deux.
Poul à coup il reprit en s adressant iï moi :
— Mademoiselle Sylvette, cette rencontre inattendue est certainement providentielle, je dois en protîter... Notre chère Guillemine devine ce que je vais vous dire, elle l'approuve.
Guillemine me regarda en souriant, et son filleul continua à peu près en ces termes :
— Le lieu oii nous sommes, la forme de ma question vous étonneront sans doute. Veuillez m'en excuser et ne voir devant vous qu'un pauvre artiste qui attend de votre bouche un suprême encouragement. La partie est gagnée, j ose le dire. Maintenant l'avenir est assuré. Je puis songer à un travail tranquille dans une douce retraite... toute consacrée à l'art et à de chères affections... Que répondriez- vous, Sylvette, si je vous demandais de partager ma solitude ?
Je ne pus dire un mot. Mais lui poursuivit :
— Mon intention était de terminer cette tournée dont j'ai pris l'engagement, avant d'aller au Roc-aux-Moines vous demander à M. de Lange. Mais maintenant que je vous ai revue, je ne puis plus attendre... Me donnerez-vous un mot d'espoir i^
Je pus enfin desserrer les lèvres.
— Ce serait avec bonheur, balbuai-
p(Me
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Eric me prit les deux mains.
— Avec bonheur, fît-il ; vous avez dit : avec bonheur, donc vous voulez bien. Qui vous parle de quitter votre cher père ? Nous serons deux à Taimer. Sylvette, je possédais déjà l'aisance, mais maintenant l'avenir me sourit.
J'ai voulu attendre le succès pour vous demander de partager ma vie.
— Me feriez-vous l'injure de croire que c'est l'artiste célèbre que j'aime en vous ?
— Non, oh ! non, mais je voulais pouvoir vous offrir une vie douce et vous dire : nous ne quitterons pas votre cher prieuré et nous ferons une vieillesse heureuse à votre père, qui aura deux enfants. Car je prévoyais bien votre objection, Sylvette, et je voulais pouvoir y répondre en la détruisant, ce qui n'aurait pas été possible avec la vie que j'ai menée jusqu'ici... Alors, vous ne reculez pas devant la perspective d'épouser un artiste ?
— Oh ! Eric, m'écriai-je, dès le premier soir où j'ai entendu votre voix, j'ai pensé que j'aimerais cet artlste-là.
Je me tournai vers Guillemine qui restait quelques pas en arrière en nous
regardant d'un air ému, et l'entourai de mes bras en disant :
— Cette rencontre imprévue ne seraitelie pas, par hasard, le plus délicieux des complots, romancier Franz Mîîller?
Mais leur réponse simultanée et sincère lit évanouir mes derniers doutes ; la rencontre élait bien imprévue, due, je me l'imagine, à la petite Sainte qui nous protège.
Eric avait pris mon bras. Nous arrivâmes ainsi au bord de la fontaine Saint-Thiébaut, toute claire sous les grands arbres, puis nous avons monlé le sentier raide qui, depuis tani de siècles, conduit à l'ermitage.
Le petit château est inhabité en cette saison, mais la chapelle était ouverte.
Nous nous sommes agenouillés devani la vieille statue de bois pour demander à la Vierge de Jeannette de bénir nos fiançailles.
Guillemine se releva la première, el, poussant une petite porte près de Tautel, elle nous fît signe de la suivre.
Nous nous trouvâmes dans le tout petit cimetière des anciens ermites, où j\l. Sainsère, le gentilhomme chevaleresr|iie, nvail hii uirme creusé sa tombe.
T JR nrx;- A TJX -MOÏINES
11 repose en paix deirière la chapelle, au-dessus de la belle vallée.
Je m'assis sur la pierre grise pour lire l'épitaphe qui se termine par ces (piaire vers :
Mxp flans l'ermitagn où Jeanne d'Arc m'appelle, Si plein fin souvenir d'un conra^e si beau, J'enfonrai de respect, sa modeste chapelle. I'a«snnt, qui que tu sni=:, respecte mon |omhe;m.
Nous avons récité tous Jes trois nu De profimdis avant de repartir.
(«uillemine paraît aussi heureuse que nous. Elle m'a avoué que depuis le pre mier jour de notre rencontre, son rêve a été de nous voir unis.
I]i ie in 'a dit que^ dès la nuit de Noël, en sortant de la messe, il avait reniai' que la petite fille emniitoufîée de four rures qui le regardait trun air étotiné, et, le lendemain, h la fête de Guillemine, le coup de foudre était \(^nii.
J'étais celle qu'il attendait.
... 11 est ïo heures. J'écris près de la fenêtre ouvertei sur la vallée de Meuse, \r pays des Dames-Fées...
Eric est reparti avec ses îimis ; il doit venir au Roc la semaine prochaine, \oir mon père.
Guillemine et moi rentrons demain,
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notre voyage est remis à plus tard. Il me tarde de parler à mon père, et ma iidèle amie est aussi heureuse que moi d aller annoncer la bonne nouvelle à la tante dévouée qui l'attend.
Je termine ici mon journal...
Maintenant les grands devoirs de rexistence ne laisseront plus de place aux rêveries égoïstes, ou plutôt mes rêves seront partagés par un cher compagnon.
Au revoir, Domremy, doux sentiers que caressèrent les pas de Jeannette, d'Hauviette, de Mengette*, prairies de Meuse semées de marguerites blanches qui brillent comme des étoiles et comme des yeux.
Nous reviendrons chaque année dire merci à Jeanne d'Arc.