‹ Le Roc-aux-MoinesChapitre 7 sur 12 · I.U KOn-ACTX'MOINiS il · texte numérisé non relu

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sitôl^ puis la foule s'écoula îsur la place, (i là îseukuijcnt, en iseiiiaiU l'air vif sur uioji visage, je revins sur terre.

Guilleujiiie, souriante, était devant nous.

— Eli bien ! (Hielle surprise ? s'écriut-elle.

— En effet, répondit mon père ; quel incomparable artiste s'est fait entendre ce soir ?

— C'est Eric Sehwartz, arrivé inopinément ce soir pour faire une surprise h Sti tante et à sa marraine. Mais je 1 Hperçoîs qui vient ; permettez-moi de \<>us piésejiter mon filleul.

Un homme de hauite taille s'avançait vers nous. Guillemine le nomma avec liei té, et mon père lui serra chaleureusement la main.

J'aperçus vaguement un front élevé sous des cheveux longs et bouclés, vl deux yeux profonds, des yeux H ai liste,

i;t (fest tout. Nous avons quitté Guil- Jemine et son grand lilleul pour j éprendre le cheuiin du retour...

... Dans le studio bien chaud, la petite table toute servie où le samovar roiironnait nous attendait pour le ré-

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vriliori roligirusriiicnl ^oigiio pin Mi\{

Père m'a dit :

— Je suis vrai tuent eoiiteiii de l'avoir aecoiripagnée ee soir. Celait l^rie Sehwarlz... Cela ne m'étonne plus ; jnais n'est-il pas dommage qu'un tel régal artistique ait été servi à ces rustres ! Enfin, nous en avons profité.

— O père, m écriai- je choquée, pensez-vous que ces braves gens, n'aient pas joui autant que nous !... Et puis, je pense qu'il chantait surtout pour le bon Dieu.

— C'est vrai, reprit papa, je crois que tu as raison ; un croyant seul pouvait chanter ainsi.

Ouï, un croyant seul pouvait chanter ainsi.

... Quel beau, quel merveilleux Noël !...

La vieille petite église décorée de branches vertes qui embaument lair d'un acre parfum de résine ; le vénérable curé aux cheveux blancs ; la crèche de papier gris où l'âne et le bœuf soufflent consciencieusement sur le Jésus rose et joufflu ; les paysans simples et recueillis ; tous les fronts

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courbés dans une même prière, ah !

c'était vraiment le Noël qu'aime Jésus.

... Il est très tard ; il serait raisonnable d'essayer de prendre quelques heures de repos avant de redescendre à lo heures pour la grand'messe.

L'artiste chantera-t-il encore ?

31 décembre, 11 heures.

C'est la dernière heure de ma première année de France. Je la termine bien, cette première année.

Quels jours heureux que ce temps de Noël ! J'en jouis de tout mon cœur, et si bien que, depuis une semaine, je n'ai pas pris une plume.

Il eût été bon cependant de récapituler chaque soir par écrit un à un ces bons jours ; c'était le seul moyen de les fixer.

D'abord la belle fête de Noël à l'église. Celle-là est indescriptible.

L'enchantement s'est continué pendant la grand'messe, puis pendant les vêpres et le magnifique salut.

M. le curé avait avancé l'heure des

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vêpres pour permettre aux invités de Guillemine d'y assister.

Je savais qu'à cause de sa réception de l'après-midi, Guillemine déjeunait chez elle. Je m'y suis donc rendue tout de suite après le lunch, et j'ai trouvé ma grande amie occupée à vérifier les derniers préparatifs.

Un sapin gigantesque était planté dans un grand baquet placé au milieu du hall, très vaste pièce qui occupe le rez-de-chaussée avec le dispensaire et la cuisine et où s'affairaient Maria, Louise et même Michel.

J'ai commencé par embrasser Guillemine en la remerciant chaleureusement, puis, toute à mon idée fixe, je lui ai dit :

— Puis-je deviner qui est Franz Mûller et percer son incognito ?

Guillemine a souri sans répondre, et prenant ma main elle me fît monter l'escalier de bois qui, dans un coin du hall, conduit à l'entresol, et m'introduisit dans la bibliothèque.

Là, elle prit dans un tiroir de son bureau un volume que je reconnus pour un exemplaire de l'édition anglaise de la Solitaire, ma traduction, et

je lus sur la feuille de garde ces mots tracés de mon écriture :

A Franz Millier. Humble hommage (V admiration,

Sylveite de Lange,

Je serrai ma Guillemine sur mou rœiu\

— Mon amie, lui dis-je, combien vous m'êtes doublement chère maintenant, et comme je comprends bien des choses mystérieuses jusqu'ici.

Guillemine souriait doucement et dit en mettant une main sur mon épaule :

— Petite emballée, n'y a-t-il pas, au fond de votre enthousiasme, une ombre de déception ? Vous connaissez le proverbe : (( Il y a loin du rêve à la réalité... » Le mystérieux inconnu doué d'un tel charme lointain qui se trouve être une simple vieille fille de campagne !...

— L'auteur aimé de mes livres préférés se trouAC être mon amie la plus chère, la plus charmante des femmes, l'idéal incarné des romans de Franz Millier. La réalité vaut les plus merveilleux rêves.

Pitchoun, que j'avais oublié, était sûrement de cet avis. Il vint avec un cri joyeux se percher sur l'épaule de Guillemine et se mit à contempler avec son air de vieux philosophe le livre que je tenais à la main.

La fête de Tarbre de Noël eut lieU tout de suite après le salut.

A part M. le curé, Mme Humblot, la famille SchAvartz et moi, la réunion se composait de tous les. protégés de Guillemine. C'est dire qu'elle était nombreuse, et plus d'un œil d'einvie, parmi les membres de « la société », suivit à la sortie de l'église les invités de Mlle Le Meunier.

Guillemine a une manière à elle de faire la charité, quelque chose de particulier qui fait qu'un présent d'elle a l'air d'avoir plus de valeur pour avoir passé par ses mains.

Je ne sais pas bien définir cette impression, mais je l'ai éprouvée souvent en comparant, par exemple, la manière de Guillemine à celle de Mme Humblot, qui pourtant passe sa vie à faire le bien.

L'excellente dame soigne les pauvres

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avec amour, se fait leur humble servante, leur consacrant chacune de ses minutes.

Mais il me semble, cependant, que Guillemine fait encore plus. Elle cherche à « embellir » la vie des malheureux qu'elle soulage. Ses présents ne se contentent pas d'être utiles, ils sont offerts si joliment, même aux plus déshérités moralement, à ceux qui, en apparence, semblent moins se soucier de la manière dont le don est fait que du don lui-même, pourvu qu'il arrive !...

Les étoffes qu'elle emploie pour ses œuvres charitables sont solides sans être rudes, les formes des vêtements pratiques mais gracieuses, les couleurs de ses tricots sont peu salissantes mais jolies, et j'ai vu souvent les précieuses roses de sa serre sur la table d'un taudis, où elles réjouissaient les yeux de quelque pauvre infirme en lui tenant compagnie.

Donc, fidèle à ses principes, Guillemine avait bellement fait les choses.

Les jouets attachés à l'arbre n'avaient pas séparément d'exceptionnelle valeur; mais il y en avait à profusion, de ma-

nière à contenter chacun des nombreux invités.

Tous les gamins et gamines du pays, excepté « les riches », étaient là, et de nombreux parents étaient venus avec eux.

L'immense salle n'aurait pu contenir tout le monde si, en prévision de ces galas, mon amie n'avait eu la précaution de séparer habituellement le dispensaire voisin par une cloison démontable qui, repliée ces jours-là, agrandit le hall considérablement.

En sortant des vêpres, j'avais pris les devants avec Guillemine, et je remarquai, en entrant, que Ton avait descendu le piano de l'entresol dans un coin du hall. Le « programme de la fête » ne comportant pas de « partie musicale », Guillemine vit mon étonnement et dit bien vite :

— Puisque Eric est là, je mets son talent à contribution. Nos humbles amis jouiront ainsi de cette voix merveilleuse que les grands de la terre ne peuvent pas toujours se payer au poids de l'or, et vous verrez s'ils sauront l'apprécier.

— Bravo ! m'écriai-je en frappant

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des mains. Quelle charmante idée ! Elle est bien de vous, Guillemine !

— Non, pas de moi seule ; elle m'a même été soufflée pour la première fois par Eric en personne, un jour qu'il se trouvait ici à l'une de nos fêtes. Que pensez-vous de la voix de mon gigantesque filleul P

— Ce que vous en pensez vousmême : c'est une merveille,.. Mais vous ne m'en aviez jamais parlé.

— Je vous réservais cette surprise.

— M. Schwartz est... chanteur...

artiste... donne des concerts ?...

Je ne savais comment exprimer ma pensée, mais Guillemine la saisit.

— Eric est maintenant un compositeur qui jouit déjà d'une certaine célébrité en Allemagne, où il est très apprécié. 11 fait jouer souvent ses œuvres lui-même et ne chante plus maintenant que très rarement, presque toujours au profit d'œuvres charitables; mais, avant d'être un compositeur célèbre, il fut un chanteur réputé.

Nous fûmes interrompues par l'arrivée de M. le curé et d'une dame âgée portée dims im fauteuil par deux hommes.

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