‹ Le Roc-aux-MoinesChapitre 8 sur 12 · iio<;-atjX-mot\ks · texte numérisé non relu

iio<;-atjX-mot\ks

Je devinai Mme Schwartz et reconnus à sa suite son neveu et Mme Humblot.

Puis, tous les invités, en foule, firent irruption dans la salle. Il fallut organiser un véritable service d'ordre pour arriver à placer tout le monde, et ce ne fut qu'après la distribution des jouets que Guillemine trouva le temps de me présenter à sa vieille amie.

Mme Schwartz me retint un instant auprès d'elle et m'invita à accompagner Guillemine chez elle le 6 janvier pour tirer les Rois.

J'acceptai. C'est une si sympathique vieille dame, à la figure si spirituelle, si attirante, que je n'eus pas le courage de refuser.

Son neveu, l'artiste, n'est pas moins charmant ; il s'est multiplié pour nous aider et nous fut vraiment d'un grand secours, car ce n'est pas une petite alîaire de procéder à cette importante distribution, pour réussir à ne pas faire de jaloux.

Ensuite Michel, Maria et la femme de chambre distribuèrent des gâteaux et des rafraîchissements, et enfin <( la partie musicale » commença.

Kl je vis que Guillemine avait raison

de dire que ses humbles amis sauraient apprécier la voix de son filleul.

Même les gâteaux et les sucres d'orge furent oubliés tandis que la voix prenante, que « les grands de la terre n'ont pas toujours le pouvoir de se payer au poids de l'or », se faisait entendre maintenant pour les pauvres du bon Dieu.

Les noëls surannés acquéraient un charme de plus, soutenus ainsi, en sourdine, par le piano, puis Eric Schwartz chanta une antique gavotte et termina par l'arioso de Benvenuto Gellini :

De l'art, splendeur immortelle,

Rayons à peine entrevus,

Mes yeux ne vous verront plus.

Un grand silence succéda aux dernières notes. Tous le-s assistants, figés dans une pose souvent comique, semblaient écouter encore.

Odile, la petite brodeuse, qui était assise près de moi, avait appuyé sa joue contre mon bras et pleurait doucement.

Le musicien se leva, ses yeux firent le tour de la salle et ce qu'il lut sur les visages lui sembla sans doute valoir les

applaudissements les plus chaleureux, ' car il sourit du joli sourire tendre qui illumine toute sa belle physionomie d'artiste.

M. le curé l'appela pour le féliciter ; Mme Humblot elle-même lui fit un compliment bien tourné ; moi, comme toujours dans les moments de grande émotion, je suis restée muette, mais je crois qu'il a compris, car il a souri .encore.

Guillemine m'a conduite un jour de cette semaine chez Mme Schwartz ; elle avait raison de dire que je me plairais en sa société, car c'est bien la plus aimable vieille dame qui se puisse imaginer.

Il y avait là une des nièces de son mari, jeune Allemande, musicienne aussi, harpiste, je crois, mais son neveu était en promenade.

J'ai revu le filleul de Guillemine le lendemain et hier chez sa marraine.

J'ai toujours regretté de n'avoir pas de talent ; j'aime tant la musique !

Mais, maintenant qu'il m'a été donné de jouir plus intimement d'un vrai talent, mon regret va jusqu'à la souffraiice.

174 LE BDO-AUX-MOIM^

(niilk'niiiKi ei>l lière de son iillelii ; elle a raison.

,.. Mais, comme le temps passe, mon Diou ! Je veillais pour entendre sonner minuit, l'heure qui, ce soir surtout, marque la fin et le commencement.

Et je n'ai rien entendu, et il est presque une heure.

L'année nouvelle est commencée.

Qu'elle soit bonne pour tous, mon Dieu !

Je souhaite, comme dans ie noël dllolmès, qu'Eric Schwartz chantait Taulre jour :

Le bonheur pour («mis ceux que j'niîuc î

7 janvier.

Hier, Guillemine est venue me prendre dans la voiture de Mme Schwartz, qui avait envoyé un coupé fermé, beaucoup plus confortable par ce temps que les tonneaux.

Je m'étais faite belle avec ma robe blanche de crêpe de Chine brodé.

Père a paru heureux de me revoir ainsi. H m'a trouvé Tair plus gai et m'a

LE BOC-ALX-MOÎNE8 17b

encore demandé pourquoi je ne niellMis pluiîj ines bagues. Celle Fois, je lui en ai donné la raison. 11 u haussé le^ épaules en disant :

— Je sais bien cpi'il faut se eonlorjuer aux usages du pays oii Ton vil ; mais, vraiment, faut-il avoir l'espril mal lourné pour se ehoquer d'une habilude aussi inoffensive 1

Ma foi, j'ai cédé à la tenlation, non par bravade ou par enfanline vanilé, niais par franchise.

Oui, il m'a pris loul à coup \r désir de me faire voir sous mon vrai jour.

J'aime mes bagues^ mon goûl est de les porter toutes ensemble, je l'ai toujours fait, cela me contrarie de ne plus le faire et je ne sais pourquoi cette question puérile a pris subitement une telle importance, mais il m'a semblé qu'en tout ce qui n'est qu'affaire de goûts, chacun doit garder sa liberté.

Je ne voudrais pas prendre mainte nant des manières ou des habitudes qui, bonnes en elles-mêmes, pourraient ehoquer les habitants de Bourg-Saint- Mathieu ; j'estime pourtant que le^ habitudes et les manières qui font

partie de mon éducation ne doivent pas être changées tant qu'elles ne sont pas mauvaises réellement.

A tort ou à raison, je suis ainsi.

Si ma destinée est d être bien accueillie au chalet des Combes, d'y devenir, comme Guillemine le prétend, une petite amie de la gracieuse hôtesse, ce sera telle que je suis, avec qualités et défauts tout ensemble.

Guillemine était aussi en toilette de soirée : robe de satin blanc recouverte de Chantilly noir, et la jeune Allemande était en bleu clair.

Il y avait là un docteur d'Epinal et un jeune musicien, frère de Meta.

Notre hôtesse nous reçut avec la plus grande amabilité, et je me suis sentie tout de suite à l'aise, ce dont j'avais presque perdu l'habitude depuis mon séjour en France.

J'étais placée à table entre M. Schwartz et sa cousine, qui parle très peu, car elle s'exprime assez difficilement en français.

Au dessert, on tira les rois, et la fève se trouva dans la part à Dieu.

— Tant mieux ! a dit Mme Schwartz, le bon Dieu sera Roi chez nous, cette

année, une année donc qui sera bénie !...

Après le dîner, sur la demande du docteur, amateur passionné de musique, un vrai concert s'organisa.

La blonde petite Meta est une remarquable artiste. Ses doigts blancs et fuselés volent sur les cordes comme des papillons. Elle, son cousin et son frère, violoniste, nous ont tenus sous le charme sans qu'aucun de nous sentît le temps s'écouler.

Mais, je ne sais pourquoi, il me reste de ces heures un souvenir amer.

J'envie cette petite Allemande à qui je trouvais, au début, l'air si insignifiant.

Que ne donnerais-je pour avoir sur la harpe ses doigts légers comme des ailes.

Je ne sais ce qu'ils ont joué, mais le dernier morceau surtout m'a fait souffrir. C'était du Chopin, je crois, et cela vous arrachait l'âme.

Quand les musiciens se sont levés au milieu des bravos enthousiastes, mon visage était inondé de larmes que je n'avais pas senties couler.

Il était très tard. M. Schwartz n'a pas

178 T.E T\OC-\TTX-MOINES

voulu nous laisser repartir seules. 11 est monté en voiture avec nous pour me déposer d'abord au prieuré et accompagner ensuite Guillemine à la Sapinière!.

Je ne me suis jamais sentie aussi intimidée qu'en présence de cet homme.

Et c'est seulement dans la demi-obscurité du coupé que j'ai pu lui faire part de mon enthousiaste admiration.

— Jamais aucun applaudissement ne m'a fait autant de plaisir que ce que j'ai lu ce soir dans vos yeiv\, Mademoiselle, a-t-il dit seulement.

Guillemine nous a invités tous les deux à venir avec Meta et son frère prendre le thé demain chez elle.

En rentrant au Roc, j'ai trouvé Marguitte qui m'attendait, endormie dans la galerie du rez-de-chaussée.

Heureusement que j'avais une clé, car j'aurais pu frapper longtemps avani de me faire entendre.

La brave fille a le sommeil dur, mais elle est vraiment dévouée, et je Tapprécie chaque jour davantage, n'ayant jamais rencontré sa pareille aux Etatslînis.

FVm'c élaif couché depuis longtemps,

T.E JIOC-AUX-MOINE8 1 79

il n'y avait plus de lumière chez lui.

J'ai eu tort d'accepter ce dîner. Avoir refusé toute invitation pendant des mois pour, tout d'un coup, m'absenter ainsi le soir, c'était fou.

Je ne le ferai plus ; j'ai eu le cx^eur gros en m 'endormant.

J'irai demain au thé chez GuiMemine, mais je n'accepterai jamnis plus de soirées.

20 janvier.

L'hiver continue, monotone. Les distractions ne m'ont cependant pas jnanqué ces temps derniers.

Vous êtes, ma pauvre Sylvette, dans im état bizarre, un peu alarmant même.

Vous vous plaigniez autrefois de ne pas avoir le temps de rêver et maintenant vous rêvez trop.

Je ne sais si Guillemine s'est aperçne de cet état anormal, mais elle s'ingénie à me sortir de moi-même.

Il y a souvent des réunions chez elle, où je retrouve Métift, son frère Glaudius et M. Schwartz,

l8o LE ROG-AUX-MOINES

Nous avons fait ensemble des excursions en traîneaux sur la neige : une première fois, à l'abbaye des Combes ; une seconde, à la tour de Sainte-Odile, autre ruine à mi-chemin des Haubières, et, trois jours, nous avons pris le thé chez Mme Schwartz.

Je jouis de ces réunions, mais chaque fois je reviens plus triste.

C'est, je pense, le contraste entre ma vie d'autrefois et celle d'aujourd'hui, où il me semble vivre retirée du monde ; quand je me retrouve un instant en contact avec ce monde, ma solitude me paraît plus austère.

Car, il n'y a pas à nier, j'avais pensé trouver ici une vie familiale et non cet abandon complet, et, par moments, malgré moi, j'accuse presque mon père d'indifférence à mon égard.

Ne se doute-t-il donc pas de ma détresse morale ? Notre vie à deux pourrait être si agréable, s'il ne me tenait pas tant à l'écart de son existence !...

Il fait un froid intense, la neige est absolument dure et le vent souffle lugubrement dans la vallée et dans les grands corridors de notre vieux logis.

LE BOG-AUX-MOINE8 ï8l

Nous faisons une énorme consornmation de bois de chauffage. L'économe Marguitte pousse les hauts cris ; les grandes cheminées sont embrasées.

Les feux de bois sont bien jolis, je les aime, mais je regrette les calorifères américains.

Un commencement de rhume m'a empêchée de sortir aujourd'hui ; pour me distraire, il m'a tout à coup pris fantaisie de visiter le second étage, où j'ai découvert, au-dessus de mon appartement, une chambre bizarre.

J'avais cru jusqu'alors que cette partie de la maison n'était qu'un simple grenier poussiéreux, mais c'est presque la chambre mystérieuse de Barbe-Bleue ; ici, cependant, les clés sont sur les portes.

Cette vaste et longue pièce, dont toutes les fenêtres donnent du côté de la Mouzotte, est meublée d'un grand miroir qui tient tout un panneau entre deux fenêtres, et de cinq armoires monumentales qui contiennent les trousseaux de plusieurs générations.

Un de ces meubles est réservé aux nappes et aux draps, un autre contient les serviettes de table et les chemises ;

l8:^ LE ROG-AUX-MOÎNE8

il y en a des douzaines et des douzaines de toutes formes et de loule»

grandeurs.

Les trois autres armoires eontienneot des vêtements dont quelques-uns sont sûrement centenaires.

Il y a même des habits d'homme dignes d'un musée.

Quant aux robes de femmes, elles sont légion et représentent sans nul doute l'histoire de la mode pendant tout le dernier siècle.

Quelle idée d'avoir emmagasiné tant de choses inutiles, et à quoi tout cela sert-il maintenant ?

Ces robes chaudes, ces vêtements lourds, ces précieuses étoffes auraient lendu tant de services à des êtres grelottants !

El dans quel but garder toutes ces défroques démodées i^

Mais, tout de même, cela nj'a énuie (le contempler les dépouilles de toutes mes aïeules !

S'il reste un peu de leurs âmes dans ces objets qui ont fait partie d'elles, qu'ont-elles pensé de leur curieuse petite-fille ?

Il y a aussi de belles dentelles dan«

les liroirs, des fichus de soie ou de linon et aussi des corsages décousus.

On a du enlever, assez récemment, une sixième armoire, ainsi que l'indique la couleur du papier sur un panneau vide.

Ce qui m'a frappée et étonnée, c'est le 1res bon ordre de toutes ces défroques.

Rien de poussiéreux : tout élait bien f ange, exhalant un parfum de lavande et de racine d'iris.

Et pendant plus de vingt ans, noire Aieux James a seul pris soin de la maison, aérant les pièces les jours de soleil, y promenant de temps à autre le balai et le plumeau.

Ce ne peut être lui qui a pris tant d<.^ souci du contenu des armoires.

C'est sans doute Emmy, la pauvre maniaque, dans ses moments de lucidité.

Pourtant cette pièce n'a pas l'air de conrnruniquer avec la partie nmrée du prieuré,

La vue est beaucoup plus jolie là que dans ma chambre. On découvre les ruines de l'abbaye et tout le jardin du chalet des Combes.

,ry retournerai souvent, et un jour

t8/i LE HOC-AUX-MOINES

qu'il fera moins froid, je chercherai dans les armoires un déguisement à ma taille.

31 janvier.

J'ai eu aujourd'hui l'irrésistible envie de reprendre mes patins, et je suis partie, après le thé, pour les Grands- Etangs.

Les jours sont plus longs, cependant la nuit était proche quand j'arrivai à l'étang des. Cygnes.

J'avais choisi cette heure pour être plus sûre de la solitude du premier lac assez fréquenté ces jours derniers.

Guillemine et ses amis y sont venus patiner hier, et comme j'avais trouvé plus raisonnable de ne pas les suivre, vu le retard de mon dernier article, consciencieusement repris chaque semaine depuis Noël, je ne voulais pas m 'exposer à les rencontrer aujourd'hui.

Je m'assis sur un banc de mousse et mis mes patins.

Quel délice de glisser, de s'envoler ainsi toute seule dans la nuit tombante.

Il me semblait vraiment que j'avais

LE KOC-AUX-MOlNKS 185

des ailes. Je glissais, je glissais, véritablement grisée, sans bien me rendre compte du côté oii je dirigeais mes pas.

Après un quart d'heure environ de cette course folle, je ralentis un peu, à bout de souffle.

La solitude était parfaite, le silence absolu ; la nuit tombait de plus en plus, et les ombres devenaient confuses sur les bords du lac.

Je glissais doucement, quand j'entendis un chant lointain, un peu vague d'abord, mais qui se rapprochait avec vitesse, et bientôt je saisis les paroles de Benvenuto Cellini :

De l'art, splendeur immorle'lle, Amours, rêves entrevus,

Le patineur devait marcher très vite, car j'entendis presque auprès de moi la fin de la phrase :

Mes yeux ne vous verront plus,

Non, mes yeux ne vous verront plus.

Voulant éviter cette rencontre imprévue, je fis un brusque détour et me jetai vivement dans l'ombre du bord.

Je ne saurais dire exactement ce qui s'est passé, mais il me sembla tout à coup que, sans manquer sous mes

pieds, la glace devenait llotiaiile ; j'eulendis un grand cri : « halte ! » et tout aussitôt un bras vigoureux me saisit, entoura ma taille, et je me sentis enlevée dans une course vertigineuse, comme sur les ailes du vent, puis déposée au bout de quelques minutes, saine et sauve, sur le bord.

— Imprudente ! s'écria alors Eric Sclnvartz, d'une voix un peu haletante, tandis qu'il s'épongeait le front. Que faites-vous ici, seule, à pareille heure, la veille du dégel ?

— Tous mes plus sincères compli- * menls, Monsieur Schwartz, répondisse, vous patinez à la perfection. Mes remerciements chaleureux aussi, car vous m'avez préservée d'un bain peu agréable.

Mais mon sauveteur ne riait plus,

— Vous êtes très irhprudente, Mademoiselle, répéta-t-il, d'abord de venir ici seule à cette heure tardive, puis de vous risquer sur la glace à l'aventure.

— Je l'ai fait souvent sans aucun danger ; il est vrai qu'un malheur est si vite arrivé ! dis-je en m'asseyant sur la mousse pour enlever mes patins. Je ne le ferai plus.

LE lAOC-\lX-MOi\ES ) N^

Jl ril doucenienl de mon loit bien

— A la bonne heure ! Mais diieti-nioi pourquoi vous n'êtes pas venue avec nous hier et aujourd'hui.

— Je travaillais, Guillemine a du vous le dire ; je l'avais priée de ni 'excuser.

— Elle l'a fait, en effet.

Nous marchions maintenant côte à côte sur le bord de l'étang, et bientôt nous fumes sur le chemin qui passe au bas du prieuré.

— Je pars demain, lit-il tout à coup.

J'aurais été... Je regrette de n'avoir pu passer encore ces deux derniers jours avec vous.

Je savais qu'il partnil, el moi aussi je regrettais.

— Quelles bonnes vacanci's ces jours lurent pour moi ! dit-il encore. Cette tinnée commence bien.

iNous marchions lentement dans ronjbre, jnais je ne pouvais prononcer un mot. Nous longions le Roc-aux- Moines, qui me semblait peser de tout son poids sur mon cœur.

Arrivée au chemin qui niorite au prieuré, je tendis la main à mon com-

l88 LE HOG-AUX-MOINES

pagnoii en disant d'une voix aussi Iranquille qu'il me fut possible :

— Bonsoir, Monsieur. Je vous souhaite un bon voyage et vous remercie encore de m'avoir sauvée ce soir.

Il sourit doucement en prenant ma main.

— J'aurais voulu vous rendre un service plus réel, dit-il. Bonsoir, Mademoiselle Sylvette. Que Dieu vous garde ! Je reviendrai très prochainement ; me permettez-vous de vous dire : à bientôt ?

J'inclinai joyeusement la tête. Le front découvert, il courba sa haute taille devant ma petite personne et me baisa le bout des doigts.

Son geste était, à la fois, galant et respectueux, tout à fait « vieille France », rien du « flirt » américain.

Et, tandis qu'il disparaissait dans la nuit, je revis en pensée une autre scène qui se déroulait, il y a quelques semaines, exactement au même endroit.

Mais il y a un monde de distance entre « le fils Aubry » et Eric Schwartz...

Avant de reprendre ma route, j'ai murmuré aussi la phrase qu'il avait dite : <( Dieu vous garde ! »

M. Schwartz est parti ce matin.

Je suis montée dans la chambre aux armoires et j'ai vu la voiture des Combes passer sur la route.

Vin

15 février.

La mère d'Odile est malade. La pauvre femme se tue au travail pour gagner quoi ?... Bien peu de chose!

Elle brode pourtant merveilleusement, et M. Lévy, le directeur de la fabrique des Bordes, le sait bien ; il doit gagner gros sur elle.

On dit qu'il exporte dans l'Amérique du Nord la broderie des Vosges, qui se vend là-bas h des prix fous.

Je pensais à cela hier en revenant de chez cette pauvre femme, et justement à mon retour, je trouve ici le courrier d'Amérique contenant, entre autres, une lettre de Fanny Langworth.

I9<^ i/R nOC-ATX-MOïNES

Ses affaires marchent toujours h souhait, et elle le mérite bien, la brave lîlle !

Complètement ruinée dans un krach, elle s'est mise à la besogne, s'est découvert la bosse du commerce, et, avec Targent provenant de la vente de ses meubles et de ses bibelots, a organisé un magasin de bagatelles de luxe sous l'enseigne française : Frivolités,

Très adroite de ses mains, avec rni goût digne d'une Parisienne, elle a parfaitement réussi, et, chaque année, son commerce prend de l'extension.

Ses blouses de lingerie, si fort en faveur là-bas, sont les plus <( chic » de New-York. On le sait, et elle m'écrit que c'est devenu vme vraie mode parmi les élégantes de la Cinquième Avenue de s'approvisionner de dentelles et de broderies chez (( la marchande de frivolités »,

Ce mot <( broderie » me fît sursauter ; il me venait une idée.

Je sai>; que Fanny vend de la broderie des Vosges. Qui sait même si elle aie s'approvisionne pas, chez Lévy, et le prix auquel celui-ci lui fournit alors ses denrées ?

LE BOC-AIJX-MOJNE8 i()T

Il y aurait peut-être chez elle un débouché pour les travaux de cette pauvre Aruiande. Elle est si contente quand on lui donne à faire un travail un peu mieux payé, et elle me disait quand je lui ai fait faire le couvre-théière de iniilh^mine :

— \h ! Mam'zelle Sylvetle, si je na\ais que des clienles cornuK- vous, ce serait le paradis.

Et cependant elle ma demandé un prix si dérisoire pour ce travail de fée, que j'ai cru consciencieux de lui donner davantao-e.

Si Fanny voyait un échantillon du lalent d'\rmande, je suis sûre qu'elle s'emballerait.

Moi aussi je me suis emballée, et dès ce matin j'en ai parlé à Guillemine.

Elle a paru enchantée et pense que peut-être, en effet, y a-t-il quelque^ (h ose h tenter.

Ce fjui l'effrayait tout d'abord, c'était la douane dont les droits sont si élevés aux Etats-Unis. Mais Lévy l'a aussi, la douane, et il gagne de l'argent quand même plus gros que lui.

J'ai écrit aujourd'hui à Fanny et lui ai fait pari de îuon idée. Elle est de

192 Ï-E IIOG-AUX-MOINES

celles qui aident les autres, et surtout maintenant que la voilà sur le chemin de la fortune, elle se fera un scrupule et un bonheur de faire travailler une digne ouvrière plutôt qu'un Juif repu d'or.

Puis je suis retournée chez Armande pour lui demander si elle n'aurait pas quelque chose à me vendre dans ses travaux.

Il ne lui reste qu'un napperon de toile fine à peine terminé, qu'une capricieuse cliente de passage Tété dernier lui a décommandé.

Je le lui ai acheté en lui disant de guérir vite pour le linir et en faire sans doute encore d'autres.

Et j'imagine que ce rayon d'espoir fera plus que tous les remèdes pour remettre sur pied notre malade.

20 février,

La neige est complètement fondue.

La Mouzotte déborde et envahit les prés jusqu'au talus de la route.

Il paraît qu'il en est ainsi chaque année au dégel.

LE ROG-AUX-MOINES IqS

Père supporte très bien l'hiver, il n'a pas eu sa bronchite annuelle.

M. le curé a des rhumatismes, mais Mme Humblot trotte toujours.

Guillemine est venue me prendre hier pour une visite chez Mme Schwartz.

Nous avons trouvé notre vieille amie très souffrante ; ce temps humide augmente ses douleurs.

Elle ne noua a, pour ainsi dire, parlé que de son neveu qu elle adore.

M. Schwartz prépare l'exécution d'un oratorio, œuvre de cinq années de travail.

— Priez pour lui, mes amies, a-t-elle ajouté, car du succès de cette œuvre dépend, sans doute, le bonheur de mon neveu. Le cher enfant est déjà connu cl apprécié, mais c'est sur cet ouvragelà qu'il fonde ses plus chers espoirs...

... Oui, tous mes vœux l'accompagnent. Cette vie d'homme uniquement consacrée à l'art m'intéresse énormément.

26 février.

Aujourd'hui, je suis montée sur les hautes sentes pour voir l'inondation.

LU ROC-AUX-MOINES l3

TQ^I TE BOC-ATJX'MOTNFS

l/d MouzoUe est subitement devenue un torrent, surtout dans les gorges qui avoisinent l'abbaye des Combes.

Le temps était très clair et le soleil brillait.

De mon observatoire, je voyais par faitement le ballon d'Alsace, encore couvert de neige et qui semblait loiit proche.

Que c'est donc beau, les cimes ! M fait bon planer bien haut au-dessus des misères du monde !...

En redescendant, j'ai pris un sentier très raide tracé sur la gauche.

A un certain moment, les sapins s'éclaircissent, et l'on domine un jardin clos de murs où se trouvent les ruines de la chapelle, amoncellement informe de pierres éboulées.

Je l'appelle le jardin de la folle, et, en effet, aujourd'hui Emmy s'y promenait à pas pressés, serrée dans sa grande mante noire.

Je suis restée longtemps à la regarder en me retenant à un arbre, tellement ce sentier est raide.

Emmy marchait le lon^ des allées qui tournent autour d'une pelouse, puis elle est rentrée.

ï.E BO(;-\T)X-MOlNF;S M|5

Toutes les fenêtres du deuxième étage sont grillées de ce côté.

Pourquoi prendre taht de précautions pour une femme qui paraît bien n'être pas terrible, puisqu'on la laisse se promener sans surveillance ?

Elle a sans doute des moments de crises.

5 mars.

Clouée chez moi par un gros rhume.

Il ne me reste pas même la distraction de hi chambre aux armoires, car ( Vst là, probablement, que j'ai pris fiojd.

J'ai employé mes moments libres de plusieurs jours à passer en revue ces vêlements de toutes les époques.

Mes vénérables grand 'mères étaient conservatrices.

J'ai mis de côté les loilettes les plus curieuses, les robes de soie, et retiré des iirmoires tout ce qui m'a semblé pon- \ oir être utile.

Comme je n'ai guère Je temps de coudre, J'enverrai tout cala à Mme Hum blot, qui sera enchantée de voir que

je n'abandonne pas complètement son Vestiaire.

Père a paru d'abord très étonné quand je suis venue solliciter sa per mission. Sa grand'mère attachait, m'a t-il dit, un grand prix à cette originale collection de souvenirs. Mais il m'a laissée libre d'agir à ma guise quand je lui eus affirmé que ladite collection serait aussi curieuse avec les jolies pièces, et que les âmes de nos bonnes aïeules se réjouiraient certainement de voir leurs dépouilles servir à des actes de charité, qui leur profiteront dans Tautre monde.

J'ai donc de gros ballots d'amples vêtements dans lesquels il sera possible de lailler des petites robes chaudes, et des chemises démodées qui feront aux enfants pauvres du linge un peu plus doux que celui cousu habituellement au Vestiaire.

7 mars.

Beçu ce matin une lettre de Fanny.

Elle approuve mon idée et m'ouvre un crédit de cent dollars sur sa caisse pour les premiers frais*

LE HOC-AUX-MOINES T(j7

Je puis dès maintenant faire broder de la batiste pour blouses de lingerie autant qu'il m'en plaira ; elle en a toujours la vente, et les plus jolies, les plus riches s'écoulent le mieux.

Elle ne veut même pas attendre réchantillon du travail annoncé : elle s'en rapporte à moi.

Brave cœur ! Aussi Dieu la bénit. La charité n'appauvrit jamais.

J'annoncerai cette bonne nouvelle à Guillemine aujourd'hui même, car elle vient me voir tous les jours.

8 mars.

Pour passer le temps, je me suis mise à traduire en anglais le beau livre de Guillemine.

J'étais donc très absorbée tantôt dans cette intéressante occupation, quand Marguitte frappa à ma porte et fit sou apparition, une carte de visite à la main, en disant :

— Mam'zelle Guillemine est en bas, avec ce Monsieur-là qui demande à voir Monsieur.

Je pri^ la carte cl iu8 :

Ekic Schwajrtz.

Suî le |ji'eniici iiiuiiieiil, j'étais liop éioniîéc pouir répoii(lr(>. Kiitin, je repris Jiies esprits.

— - Où les avez- vu us l'ail entrer, Mar~ guilte ?

~ bans \r Sillon d'en bas, Made nioiseiie.

~ Mais il n\\ a pas de l'eu, il doit > faire un Iroid de loup.

Depuis ma grippe, nous nliabitons [dus le lez-dc-chausséc, ci quand père Nient prendre ses repas avec moi, cesl ici, «lans le sludio.

— Pliez Mlle GuiJlcniinc et M. Eric Sehwarlz de bieu vouloir prendre la |)cine de nous suivre jusqu'ici. Mous ne pouvons pas recevoir dt^s visiteurs dans uii .ippartemeni glacial, puis vous irez pré\(\nir Monsieur.

In instant plus lard, Guilicminc <^l son filleul faisaient leur. entrée dans mon studio.

Après les prcmieis bonjours < î échanges de nouvelles, M. Schvvartz nie remercia de le recevoir, me dit qu'il venait de la part de sa tante prendre

LE KOCAUX-MOINES I 99

(le liws nouvelles, mais u'osuii espérer •le bonheur d'en avoir de nja bouehe.

Il tourne genliinent ses phrases,

( iuillemine paraissait eneharUée de rarrivée de son grand lilleul, qui venait, (lil-il, prendre du conrage et se reeoniniîinder à nos prières avant une épreuve très iuiportante.

C'est TexéeutioM proehaine di\ son œuNie pjir le grand eone(^rt qu il dirige,

tout en éeoutant et en répoiidaid, je nie demandais si père allait venir,

A part M. le euré qui vient très rare menl, il ne reçoit jamais personne, mais j'eirtendis bientôt son pas daus le corridor et il entra. J(^ lui crois uik^ vive s;ynipythie et une grande ndmiralion pour le nmsieien.

l.a conversation ne languit pas.

J'étais heureuse et charmée dans cette douce intiurité. J aurais voulu qu'<'Mc duîàt longtemps, longtenq>s.., toujours...

J'ai sonné Marg'uitte pour le thé, et nous avons retenu nos visiteurs jusqu'à la nuit.

Puis ils sont partis, et je me suis retrouvée seule avec père qui marchait dans le studio à grands pas.

Un instant il s'est arrêté devant moi comme s'il allait parler, et j'ai revu sm^ ses traits l'expression d'angoisse remarquée déjà plusieurs fois depuis notre séjour ici, mais il n'a rien dit et s'est retiré chez lui.

Me voici seule maintenant, toute seule dans la grande pièce vide ; d'autant plus vide qu'elle était tout à l'heure remplie de chères présences.

Oui, au chagrin ressenti à l'instant des adieux, à l'angoisse éprouvée en me retrouvant seule, j'ai reconnu combien j'aime Guillemine, mais j'ai vu aussi que son filleul ne m'est pas indiffélent.

Jusqu'à Noël, je m'étais supposé la vocation de célibataire. Je suis vaillante et courageuse, le travail ne m'effraye pas ; il me semble pourtant, maintenant, que je suis seulement, au fond, une petite fille qui a besoin de deux grands bras forts pour la soutenir.

Ce soir surtout la solitude m'étouffe.

Je sens revenir l'angoisse éprouvée plusieurs fois déjà depuis mon arrivée ici.

Le vent vient de se lever, il siffle lugubrement dans les corridors noirs.

J'ai peur ! Oh !... J'ai peur...

20 mars,

... L'oratorio fut un grand succès pour notre ami l'artiste, et sa renommée devient universelle...

12 avril.

Depuis quinze jours déjà, la vie active m'a reprise tout entière, et mes papillons noirs de l'autre soir se sont envolés bien loin.

L'enthousiaste Guillemine mène bon train l'organisation de la nouvelle entreprise.

Elle rêve déjà d'un atelier modèle dont la direction sera confiée à Armande et où trouvera un refuge toute la jeunesse ouvrière de Bourg-Saint- Mathieu.

Pour parler franchement, je suis, moi aussi, tout à fait emballée.

La prudence commerciale de Fanny Langworth m'est connue ; elle a fait ses preuves et ne nous aurait pas lancées dans une entreprise folle.

Ivllc nous a envoyé les patrons des blouses les plus deniaiidées qu1l s'agit de Iraeer sur la toile à broder, el, darîs ces blouses ainsi préparées, i! faut plaeer a\ anlageusenieut le dessin.

vVvee uue partie des loo dolkirs (^5oo Iranes) envovés par Fainiy, nous nous s<Mnrnes proeuré les j)r(Miii<M's ruiilériaux, des |)iéees de batiste et de toile, très linc, do la toile à dessiner, ete.

(Tuilleniine a profité de cette occasion poui inc lairc visiter une lilaiurc aux Haubièr<'s. (Test si inléressant, que j'ai saisi ec |uélexte pour en parler dans \,[ Hcrii'n^ r\ faire une réclame discJ'èle à la broderie des Vosgi^s et à notre nou- \<'ll(' organisation.

Mr»n curé est aux anges. Il rajeunit de dix ans.

\i mande n'est plus la niènie J'eninie ; «vile semble vivre «ni rêve enchanté et ses torecs sont revenues en un elin.

dœih

Les prenrières ouvrières se réunissent chez elle et travaillent sous sa direction. Si rentreprise réussit, on louera un alelier. Elle a du goût et compose joliment un dessin industriel. Je dessine d'après nature des feuilles ou des fleurs

t-E BOC-AUX-MOINJ^S '.<)>

iju'elk' sait très bit^ii adapter oiiïsujlc à son genre de travail ; seiilernent rllf ne |>eiit eopier d'eJle-nièiue Ja waluic <'l «n esl léduile a peu près ioujoiiis niiv Dieu les rnodèl(*8.

< "esl ee (pii uTa donné rid(''e d'en seigner le dessin à ()dil(\ qui srra ensuite eapable <le doinier (jui Irpics petites leçons à ses eonipagn<'s, et, si iJieu bénit notre enireprisc, nous auruns Ivierdôt un atelier uKidèle où son nom sera eonnu et adoré.

Dune, plus le temps de l'aiic mon journ;d, mais je viendrai tout de niémi' de temps à autie gliss^vr iei (pi<rlqu<'s lignes que Je serai sans floidc contriitc lU' relire un jour, t^orsquemes cheveux blonds yerontdeschevçux blancs,

Seiais-je l'antasque ? .le préfère n a\oir plus le temps de « me seidii \iAre )) ni de faire des rè\es tous.

2<S avril.

iNous avons eu di\ jours de réel surmenage pour organiser un nouveau travail.

2o4 LE ROG-AUX-MOINES

Faniiy nous a priées d'abandonner pour l'instant les blouses et nous a envoyé la commande d'un trousseau princier.

C'est pour la fille d'un milliardaire qui fait bien les choses.

Miss Rosie Jackson ne veut que des roses, des roses partout. Larges guirlandes sur les draps, les nappes, les napperons ; fines couronnes sur les mouchoirs ou les chemises.

J'ai tellement combiné de dessins Louis XVI, de roses mousse ou de roses pompons, que ma tête s'en va.

Maintenant tout est organisé, et Armande est dans son élément.

Père me trouve très mauvaise mine et ne cesse de me répéter qu'il exige un repos de quelques semaines.

Je vais pouvoir lui obéir.

Le printemps est venu. Les gelées d'avril sont finies. Partout Ja résine j)arfume l'air.

Guillemine voudrait me décider à faire avec elle un petit voyage.

Elle prétend que je ne m'intéresse pas assez à Jeanne d'Arc, et, pour une Française, une Lorraine surtout, c'est, paraît-il, choquant.

ia: koc-aux-moines r^oo

Alors elle désire ni 'emmener à Domfemy et a parlé de ce projet à mon père, qui Tapprouva hautement.

J'ai cédé tout à l'heure ; nous partirons le t'''' mai pour revenir par Toul et Nancy en visitant, au passage, ces vieilles villes.

Co petit voyage me fait plaisir.

Je vais me plonger dans une vie de la bonne Lorraine pour bien m'imprégner d'elle et retrouver ses souvenirs dans son pays.

Domremy, V' mai.

Hnfel des Dames et du Bois-Chenii.

A Doanrmy, au moyeii âge, « les Dames » étaient les Fées. Nous sommes eu plein pays des fées.

Jolie (( vallée de Meuse », patrie de l'héroïque petite Sainte que j'ai appris a aimer, doux pays de mon bonheur, je voudrais vous emporter tout entière dans mon souvenir !

Nous sommes arrivées à ii heures du matin à la station de Goussey.

Le chemin de fer ne passe pas h Dom-

!M^»(» \.f: ROr;-ATîX"MOIiSF,S

leniy même. Bien (jne la slalion suivante ait ajouté à son nom celui de Domremy-la-Pucelie, Maxey est, paraîtil, assez loin du village de Jeanne, et (iiiillemine, qui connaît le pays, trouve quen venant par Neufchâteau il vaul jiiieux descendre à ('oussey.

Nous n'étions pas seules de cet avis, sans doute, car un assez grand nombre de pèlerins, dont de nombreux prêtres, quittèrent le train en même temps que nous.

Nous avions chacune un petit sac de jruit ; nos valises nous atlendronl demain à la station de Maxey.

Le vieuv j)efit village de Coussey, doni bien des maisons sont probabtejuent contemporaines de la Pucelle, fut vile Ira versé, et les voyageurs s'engagèrent sur un sentier tracé à travers la prairie, dans la direction du Bois- (Tbenu.

ToiU de suite, la basilique blanche apparut à mi-c(Me avec son clocher (M)inlii el les bâtiments de briques du Carme I à ses pieds.

Tout le monde était gai, on s'adressait la parote d'un groupe à l'autre ; quelques pèlerins chantaient.

Page 1