CL0P1N
Votre révérence, monsieur le marquis. (Bas, & Froichauit.) Fautil crauiper mes souliers?
FROICHAULT, de même.
Tu vaste taire!
HENRI
11 a l’air intelligent.
FROICHAULT.
Oh! le guerdin est plus futé qu’il n'est gros.
LÉONARD
Oui, pas mal futé comme ça, et l’argent que...
FKOICHAULT; changeant la conversation.
Mais c’est t’y Dieu possible, monsieur le marquis! Comme vous v’ià changé! moi qui vous ai vu pas plus haut que ça du temps de notre vieux seigneur!
LÉONARD
Ça ne répond pas...
FROICHAULT, de même.
Ah ! ça me fait quéque chose tout de même, de vous revoir, monsieur le marquis.
CLOP1N.
Ça vous vous altère, pas vrai ?
HENRI, riant.
Est-ce cela que tu veux dire?
FROICHAULT.
Dame! monsieur le marquis, un Bourguignon ne refuse jamais un varre de vin à l’occasion : et pis, tout est si ehar dans ces gueuses d’auberges...
• HENRI
On va vous servir tout à l’heure à l’office.
FROICHAULT. J
Vous êtes bien honnête, monsieur le marquis.
LÉONARD
11 faut bien que quelqu’un le soit.
HENRI
Ah çà! dis-moi donc; ou prétend que si Ion gars mendie, c’est pour L’aider à devenir grand propriétaire, et que tu ne songes ii rien moins qu’à te poser en acquéreur de Castel-Gonthier?
FROICHAULT.
Et où donc qu’un pauvre homme comme moi volerait les cinq cent mille écusque vaut vot’ doumaineP
HENRI
Je ne parle pas de quinze cent mille francs; mais tu passais pour riche autrefois?
FROICHAULT.
Des filous qui disent ça. Mon Dieu ! monsieur le marquis, on a de quoi manger un morceau de pain, et on vit sur le sieD. j
HENRI
Enfin, que viens-tu faire ici?
FROICHAULT.
Je vas vous dire la vérité, mon cher seigneur.
LÉONARD
Il faut se méfier alors.
FROICHAULT.
Je vas vous la dire comme je la dirions au bon Dieu.
HENRI
Allons, parle.
FROICHAULT, cherchant son speech.
Aussi vrai que vous ôtes not’ maître... pas vrai, Clopin?...
CLOPIN
Oh! qu’oui!
FROICHAULT.
Aussi vrai que... enfin voilà. Quant à acheter Castel-Gonthier, c’est des idées qu’a poussé dans la tète des méchantes langues, car... pas vrai?... le Bourguignon sait'bien qu'un marquis de vot’ souche ne vend point ce qu’a servi de nid à sa famille depuis que le monde est monde. Mais autour de Castel- Gonthier, il y a un tas de tarres qui coûtent gros et rapportent peu...
LÉONARD, frappant du pied.
Voyons, au fait... que diable !
CLOPIN
Ne faites point peur à not’ papa.
FROICHAULT, humblement.
Voilà, monsieur l’intendant. Vous avez le lot qui va du Versin à la Gueule-des-Loups, et où se trouve le lopin de terre que je tiens en locature.
LÉONARD
11 y a trois cents beaux arpents.
FROICHAULT.
Quasimentoui, monsieur l’intendant; maisqué pauvres tarresl seigneur Dieu ! que pauvres tarres!
LÉONARD
Elles valent bien encore mille francs l’arpent.
FROICHAULT.
Combien que ça ferait du tout, ça, Clopin?
CLOPIN, haut.
Je ne sais point.
FROICHAULT, comme si Clopin lui arait répondu.
Trois cent mille francs ! Comme vous y allez, monsieur l’intendant!
CLOPIN
Vous ne vous ôtes pas levé encore assez matin pour faire avaler c’te couleuvre-là au père Gniole, mon homme.
LÉONARD, fronçant le sourcil.
Hein?
FROICHAULT.
Voyons. Causons peu, et causons bien. Combien qu’il vous