‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 22 sur 60 · LA GLOIRE NATIONALE · texte numérisé non relu

LA GLOIRE NATIONALE

ou

LE CHEVALIER DE SMOT-LOTÎIS et LE CHEVALIER DE LA LÉGION D'tfOHNEtm.

HoMMi IttihétOi, c'est Ut nfaltipKeEt

A Paris , plus qu'ailleurs, on est dupé par l'habit , et trompé par les apparences. L'un y déguise son opulence sous un extérieur modeste , l'autre y couvre sa misère d'un costume élégant : le solliciteur, instruit que Ton donne tout àr ceux qui n'ont besoin de rien , se présente chez les ministres dans un équipage qu'il doit payer avec les premiers appointemens de l'emploi qu'il demande -, lés plumes , les fleurs, les diamâns embellissent souvent la femme de

OTT I* CHtV ALIT5H , etc. 87

Pemployé> qui n'a pour toute fortune que s4 place et l'amitié <f un ex-sénateur. 11 en est de l'extérieur, selon moi, comme des sermens:

plus ils parlent, moins je les crois, plus je

m'en défie Cette façon de penser , dont je

m'applaudis , m'a. souvent préservé du danger de juger sur les apparences , et de la mortification, de rougir dès le lendemain de ce que jamais; estimé la veille.

Madame deBréville reçoit tous les mercredis; la. société qu'elle réunît chez elle se com~ posçd'éiémens divers : ducs , pairs , financiers, barons, avocats, généraux, artistes, y sont également bien reçus , et dissertent à leur aise sur les lois, la guerre, les plaisirs et les arto* Séràre pour les autres, indulgent» pour soimême , on yj raille agréablement tout ce qui blesse lest regard^ y et si Tony pardonne un vice, oa y est sàn» pitié pour un ridicule.

Je me présentai mercredi soir cher madame deBréville, quelques montens après Tarrivéo du vieux comte de Suzzenay, parent éloigné de la maltresse de la maison.

M. le comte de. Suzzpnay est un ancien, lieutenant-général des armées du coi j il e&t u4

88 LÀ GL01HE IfÀTïOJULf:,

|e 17 juin. 1734 > jour de la mort du maréchal de Villacs, qui, bien qu'âgé 4e quatre-jvingt-! trois ans , regrettait beaucoup de mourir dans son lit (iV

Après avoir quitté le service en 1 789 , M. de Suzzenay s'était retiré en Picardie r dans ce qu'il appelait son château $ il y vivait tranquille et ignoré, fermement décidé à y finir des jours qui n'étaient plus utiles àion roi ; mais lorsqu'il eut apprit la chute de Napoléon, et le retour de Louis XVIII , il ne put résister au désir de revoir encore une fois la capitale, et de porter aux pieds du trône l'hommage, d'une fidélité qu'aucun événement n'avait pu ternir ni ébranler.

- Revêtu d'un ancien frac bleu un peu trop long , un peu trop large, sur le devant duquel était attaché un ruban rouge-moiré à demi usé; affublé d'une longue épée , d'une petite paire d'épaulettes et d'un chapeau presque noir, dont les trois cornes étaient pareilles, M. de Suzzenay partit pour Paris. Arrivé dans

(1) M. de Villars disait du maréchal de Berwich qui venait d'être tué dans la tranchée devant Philisbourg, dtan coup de canon : Cet homme ^toujour^ étéihêUrêux*-

ov le cfifvalier,- etc. 8g

la capitale, il eut l'honneur d'être présenté à S. M. , qui daigna le recevoir avec bonté.

Fier du souvenir du prince , M. de Suzzenay se présentait partout avec une air d'assurance qui contrastait singulièrement avec la difficulté (de- sa marche.

II ne me fut pas difficile de remarquer, en entrant chez madame de Bréville, que notre vieillard était l'objet de la curiosité générale ; tous les regards étaient fixés sur lui avec ctonnement. Depuis longtems. les Parisiens n'étaient plus accoutumés à revoir de vieux militaires ; la guerre y mettait bon ordre , et les soldats de quarante ans commençaient à devenir des hommes rares.

Un groupe de jeunes gens , placé dans l'un des angles du salon , attira bientôt mon attention; ils examinaient en souriant toutes les pièces de l'habillement du comte ; son âge et son costume étaient tour à tour l'objet de leurs railleries. Ils se demandaient mutuellement avec dédain quelles belles actions il avait pu faire pour mériter son grade et sa croix de Saint- Louis : on aurait dit que ces messieurs ne connaissaient de héros que ceux de la tévo-

90 1A GLOIRE XAÏI02ULE,

kttion y et ne dataient la gloire française que du consulat.

C'est avec une peine extrême que je vois ridiculiser un vieillard : les' plaisanterie de nos étourdis m* faisaient souffrir; je craignis qu'elles ne parvinssent aux oreilles du comte, et je résolus de les-lake cesser.

Après aveu félicité M. de Suflzenajr sur l'accueil qu'il avait reçu de S- M. , je lui demandai s'il était pareft* de ce jeune guerrier français qui fit des prodiges de valeur à la bataille de Fontenoy, et reçut à t épaule droite •un coup de sabre , qui , sans lui y atteignait le dauphin, (i) C'est tnoi-méaie, repondit - il : très-jeune encore r - je suivais h l'armée mon père, qui était alors capitaine dans la maison du roi ; quoique blessé > j'eus le bonheur de tuer le soldat anglais qui avait osé menacer les jours du dauphin. Instruit de mon action , le roi voulu bien m'admettre parmi ses officiers : malheureusement, la paix d'Aix-la*£h#ptflle enchaîna mon courage.. .... A peine eût- il pro-

(i) Louis XV commandait en personne à la bataille <k Fontenoy.

OV LE CHEYALIEK, etc. 9!

nonce ces paroles 7 que nop jeunes gens cessèrent de suite leur conciliabule, et vinrent tout doucement prendre plaoe auprès du comte qu'ils regardèrent avec le plus grand intérêt.... Satisfait de oette première épreuve y je demandai A M. de Scumenay s'il avait borné sa carrière militaire à cette seule campagne. J'étais , nous dit* il , en 17 54 en Canada , lors de l'assassinat de M. de Jumonville, etjeius fait capitaine sur le champ de bataille , à la suite (Tune affaire où nous remportâmes une victoire d'autant plus glorieuse, que nous étions inférieurs en nombre. Je revins en France l'année suivante, et je fus, en 1767 , envoyé dans Farinée du maréchal d'Eslrées , qui gagna le 26 juillet, contre le duc de Cumberland, la fameuse bataille d'Hastenbeck. J'eus le bonheur de contribuer au succès de l'affaire , et de sauver les jours du maréchal ; le roi daigna me nommer chevalier de Saint-Louis , et je reçus mon brevêrf dfs= : mains du maréehal de Richelieu qui tint un- peu trop tôt remplacer M. Destrées. CheraBer de Samt-Loui» ivingttrois-ans) s'écrièrent à-la -fois tou* nos jeunes gens. — C'était une très-grande faveur , ajouta

§2 LA GLOIBE NATIONALE y

modestement M. de Suzzenay ; mais je tâchai dtf la mériter. Je me trouvai durant la guerre de sept ans à neuf combats - r je reçus onze blessures pendant la campagne , et je me distinguai à la bataille de Lutzelberg , sous les yeux de

M. de Chevert Une paix de plusieurs an-

nées me permit de prendre quelque repos.

En 1778, je m'embarquai de nouveau pour , l'Amérique. : la victoire, fut fidèle à nos drapeaux; et le roi; pour prix de quelques actions d'éclat, daigna me créer, à mon retour, lieutenant-général de ses armées. A cette narration si simple , si modeste , faite avec tant de bonhomie , succéda un silence d'admiration qui fut interrompu par un des gens de madame de Breville, annonçant M. le maréchal de

camp baron de Saint- Ange Aussitôt se

précipite dans la salle un jeune homme d'environ trente ans , d'une figure charmante 4t pleine de douceur; son costume était trèsrecherché , sa parure élégante ; il portait à la boutonnière de son habit une petite rosette rouge , blanche et bleue ; il salua avec grâce la maltresse de la maison , s'inclina avec respect devant le comté , fit un léger mouvement de

eU LE CHEVALIER, CtC. $3

tête au reste de la compagnie, et fut s'asseoir entre deux jeunes femmes avec lesquelles il eut l'air d'entamer une conversation tres-intéresf- tante. Nos jeunes gens , qui entouraient M. de Sozzenay , ne firent pas beaucoup d'attention au baron-, mais quelques hommes , dont l'âge touchait d'assez- près, a celui du comte, parurent étonnés en voyant briller sur son habit ees signes de la valeur , ces nobles, récompenses du courage* Eh quoi! disaient -3s, a peine sorti de l'enfance , ce jeune militaire est déjà au rang des officiers - généraux ?..*... Par jguelle singulière faveur a-t-il obtenu cette brillante distinction ?. Elle est le prix de son mérite , répliquai -je à demi-voix. Ce jeune militaire est un dés* plus ». braves officiers da> l'armée, il joint au cburage qui s'expose, la prudence qui ne hasarde rien, le sang-froid qui obsierve et la présence d'esprit qui, employée à propos r décide souvent du succès d'une affaire. 11 n était que sous-lieutenant , lorsqu'à une: revue de son corps d'armée, le cheval de (empereur, en se cabrant, fit tomber le chapeau de son ' cavalier. ' M. de Saint- Ange* s'empresse de le ramasser et de le présenter à*

()4 «•* GLOIRE KATIOWÀLB,

Napoléon , qui, en le recevant , lui dit : Je vous remercie, capitaine. — Dans quel régiment , «ire, répliqua nôtre sous-lieutenant? — Dans ma garde V répondit aussitôt Bonaparte; et depuis tette époque , M. de Saint- Ange, en:

passant successivement par toiis les grade»

miK tairas, est parvenu, à force de belles actions, à l'honneur d'être compté au nombre des officiers-généraux du royaume...... Auster~

litr, Iéna, Ejrlau, Berlin, sont pleins du souvenir de ses hauts faits ; l'état n'eut jamais de défenseur plus intrépide, le roi n'aura jamais de sujet plus fidèle : c'est de là gloire entée Bur l'honneur français.*..... Aces mots,

M. dé Suzzenay, qui ni'avait écouté); se- lève , et porte au< jeune baron 1 le tribut de ses éloges. «•— Général/ dit aussitôt ML de Saint-Ange, tous nous aviez donné l'exemple; nous vous avons suivi dans la même carrier* ; moins heu» reux que vous, nous n'avons défendu qufe àotre pays j mais si quelque» jour un imprudent ennemi dirigeait ses attaques contre la monarchie française, le roi verra que nous étions

dignes de le défendre! Bientôt une douce

Wtiaàté S'étabbt entre le héros de Fontenoy

OU LE CHEVALIEft, etc. ()5

et le héros d'Âu£terlitz •, chacun cite arec complaisance les actions où il s'est trouvé, nomme avec respect le chef sous les ordres duquel il * combattu , se rappelle arec orgueil : le& dangers auxquels il s'est exposé, les obstacles qu'il a bravés , et compte avec plaisir ses vie* teires, 30s. lauriers, ses nobles cicatrices! On entoure avec empressement; on écoute aveu, intérêt cet entretien touchant, ce concert de souvenirs à travers lequel s'échappent tour autour les noms de Turenne, de Moreau, de Villars, de Pichegru, de Condé, de Suchet de Catinat , d'Oudinot , de Chevert , de Macdonald et de mille autres que les tems ont séparés, mais qu# le gloire t approche / et que nos neveux confondromt un jour dans leurs

transports d'admiiwtion L I/union de cas

deux personnages àtfft ofjrfré un rapprochement général. Les jeunes gens , pressés autour de M. de Suzzenay, honoraient dans sa personne la gloire du siècle passé ; les vieillards, rangés auprès de M. de Saint- Ange, rendaient justice a la gloire du siècle présent : les femmes qui se passionnent si facilement, et dont l'exaltation a tant de charmes, doublaient en le

Jj6 Li «LOIRE WATIONALE, ftc.

partageant , l'enthousiasme qui régnait autour d'elles. ...--'

Le plaisir fait oublier l'heure : minuit sonna ; il fallut se séparer. Le jeune baron offrit son bras au comte qiii l'accepta arec reconnaissance, et ces deux guerriers français se ■ retirèrent ensemble au milieu des acclamations de toute la société. On eût dit le vieux maréchal de Biron s' appuyant sur le jeune Fabert

mou rIvb, etc. g^

k°. tx. ai Novembre i8i4.

MONttËVE,

! &E BAGNE D'ANVERS *tf LA BONNE COMPAGNES, ,

Le monde est le théâtre sur lequel les homme*

1 '*»' 1 ' joa«bt la«onbéJie t les* hasards «atnpaieat la pièce;

! -, *\ . ir JtoFortuji©"distriIi«ie les*rôles ! les riches remplissent

.les loges fie parterre est pour les misérables < m'

«Tolie oocupe le .canaert^ le>1\ems ^ire lejrijffcau£ .,"

i les insensé* battent des mains pour applaudir ^ ei

< Thomas.)

?e Tenais devoir une de nos dernières pièces nouvelles; jtj rapportais clii; spectacle une envie 1 de dormir «ui m^yait pris dès, le commeucernent de ^o^vrag^^fit qui avait résisté au bruit dqs pifûete *$£ h la fureur -des applaudisspmens : JFÇfpé fie n^e. $ou çjtjigf f je parcourus rapidement 1*# djlveE/5ej& lettoep qjç m'ay aient été adressées i. 5' " '

g8 MON RfeTE,

dans la journée, et que mon vieux Philippe Venait de me remettre -, Tune était d'un grenadier de ma légion, qui m'informait du "bonheur qu'il avait eu et attrape f la' croit d'honneur; l'antre était (d'un, de mes parens , qui m'annonçait qu'il venait solliciter à Paris y une sons - préfecture , un secrétariat d'ambassade , ou tout au moins un emploi de commis dans un ministère r il comptait beaucoup sur ma protection pour obtenir l'une de ces- trois places. La dernière contenait une invitation de déjeuner pour 1* lendemain; j'eus soin de la mettre de cAté, et je recommandai à Philippe de me réveiller à huit heures précises.

J'étais à peine dans mou lit,. que le sommeil s'empara de moi; un songe assez bizarre me transporta fort loin de la capitale. En un moment je traversai un espace immense , et je me trouvai au milieu de cette 1 ville fâmëtisfe dont l'Escaut baigne lés murs ; de cette v3lè naguère si vivement attaquée , 'sPva4Hàmmëirt défendue, dont les liabïtaûs gardent encore le souvenir du courage déittos soldats et de h

prudence de leur chef. Heureux^ é£ ee chef,

ou le bacne d'anveus , etc. < 99

mieux inspiré ,, se fût toujours borné à la 'gloire de défendre des villes !

J'étais donc à Anvers, et j'y arrivais riour la première fois ; mais lorsqu'on voyage en dormant on n'est jamais embarrassée Je m* promenais seul sur. le port; je regardais en soupirant le vide des chantiers, lorsque je me rappelai que j'étais porteur de plusieurs recodamandations pour les principales autorités de la ville : au nombre de ces lettres, il ,y en avait une pour le directeur du bagne; je. ne sais pourquoi ce fut la première dont il me vint dans l'idée de faire usage.

Je me présentai chez lui sur-le-champ : il m'accueillit avec beaucoup de grâce. Je l'examinai à loisir pendant qu'il lisait ma lettre ; c'était un homme d'environ cinquante ans , ayant les manières douces, les dehors polis et les exprès* .sions affectueuses -, le voisinage ne l'avait pas gâté.' Quoiqu'il fut logé au bagne , la pièce dans laquelle il m'avait reçu était meublée avec une recherche! qui aurait fait honneur à une petite maîtresse , je lui en témoignai mon étonnemje»t : il eut la bonté de me répondre qu'il ; n'était pas chez lui ; et qu'il me recevait

dans l'appartement d'un de .ses pensionnaire^. Ma surprise augmentant, il se iâta d'ajoutei /que Ja chaîne n'était pas si mal composée que ^e pourris JnÇu Je^croire; qu'il y ,avait, à la ^éritè, des hommes dont on ne pouvait sans AQUgir faire sa ^société p mais ,que dans U joombçe U j avait des gens comme il faut..., -Et il me cita fort à propos ce dicton -populaire jquéJes/habitansde caftan pays ont coin d'api jprendre de Irés^bojuie iieure, et de répéter ) ^ceux .que leur aœent effarouche : // y a de* feQ&iiélzf gèpis partout J'avouai fort ingénument que ce n'était pas là xrue j'aurais .été le| jebeptfhe^ -c Vous auriez tort, me çépan dit-il; il: y a des eirreurs qui portent avec elle leui ^exjqùspj, et qui n'impriment qu'une tache léger! vSiirila ivie .d'un iomroe. J'ai .dans cette maison * .qn^ques personuçs >àip& ça cas-là y elles moot aétc necojtnmfândées par leurs famille^ y qui, ^dans lé monde, puisent 4é la plus ttautç xotisidération ; au fart , £e .soirt de Graves geni vqu'uneranala^Fésse a mis dans les mains de 11 justice , t e4; .qui eïpient leur tort ;àvee: une xé- ( s%nation ' *qui nijeucxhante. Ils outi chacun ^wr ^p^rtej^nt s^p^é, qu'ils me paient fpfe

ificry et se réunirent tous le? soirt cbezr Tint deux : on cause, otr jôwey enchante, on- fait de la musique. Je leur aurais bien permis de

danser, mais je crains le bruit Voilà précisé-

ment l'Heure à laquelle \h ront se rendre au jalon : pour peu que vous soyez curieux de lés Connaître', je vais vous présenter. Vous arrivez de Paris ; ih seront enchantés de vous rece- Voir; vous leur donnerez dés nouvelles de la capitale. » Le directeur n'avait pas fini de parier, que je me trouvai dans le salon de ces messieurs : tout y respirait le faste et l'élégance*, l'ameublement en était encore plus riche* que' celui dé hr pièce que nous» venions de quitter

Assié autour d'une table de jeu, ces messieurs se levèrent dès qu'ils m'aperôurent , et inè saluèrent avec une aisance qui m'intimida; Fun d'eux s'apercevant àt mon embarras, eut la bonté de venir à mon secours; il entama là

conversation , se plaignit vivement du silence de ses amis, dont quelques-uns n'avaient pas osé lui écrire depuis son séjour à Anvers. Ah! Monsieur, me dit-il, que les préjugés font de mal à la société! Us rompent les liens des fa-

nulles, détruisent tes plus douces affections, et renversent toutes les lois de la nature... Après cejte sortie, il me demanda des nouvelles des connaissances qu'il avait laissées dans la capitale. Je dois lui rendre justice, cet hommelà 'était très-répandu dans le grand monde; il avait eu des relations avec les plus riches maisons, avec les meilleurs banquiers de Paris j il m'avoua qu'une trop grande précipitation avait causé son malheur. Pressé de jouir, il avait déposé son bilan avant d'avoir arrangé ses écritures ; ses créanciers, à qui il ne faisait perdre que 80 pour cent, eurent l'indignité de demander la communication de ses registres et de le traiter de fripon; la justice s'en mêla, il fut arrêté : sa famille fit proposer cent mille francs au syndic chargé de diriger l'affaire pour l'arranger. Par hasard le syndic était intègre , il refusa ; la maladresse fut déclarée banqueroute frauduleuse , le jugement survint , et notre homme fut condamné. Je le plaignais s.incèrement; mais il m'assura qu'on s'accoutumait à tout : d'ailleurs il avait pris ses précautions d'avance , et la certitude de sortir delà avec cinquante mille francs de rente, lui

OU LE BAÔHB n'UTTERS, etc. *oS

faisait facilement supporter sa situation..;. La

philosophie est de mise partout.

On demanda un ; rentrant à la bouillotte ;

inon interlocuteur me quitta. Je profitai de son

absence pour me rapprocher du directeur > et pour le prier de me dire au moins la profession des personnes avec lesquelles j'avais l'honneur de me trouve?*

Celui que vous voyez devant vous > me dit-il, dont la laideur a fait dire qu'un homme était coupable d'avoir une figure comme la sienne 9 est un ancien Auvergnat qui avait trouvé le secret de grossir un patrimoine de six mille francs au point de lui faire produire un million deux cent mille francs de rente , il s'était tiré fort adroitement de plusieurs procès où il n'avait hasardé que son honneur ; il devint moins heureux lorsqu'il fût question de sa foctune; elle avait excité l'envie de ses voisins, elle éveilla les soupçons de aeç commettans et les regards inquisiteurs des tribunaux ; l'adresse de. son avocat , que vous voyez auprès de lui , les sacrifices de sa femme , qui vit retirée au milieu de Paris , n'ont pu le sauver. On me l'a envoyé et j'en suis fort content \ c'est un homme

io4 HO» *uWb, ,.i

très-laborieux! Dans ce moment il étudie ht langue française ji et j'ai l'espoir que d'ici à sa ;sertie il parviendra à la. parler correctement. Vous fJfityez qu'il aura bien employé son tems. A s»! droite est. un receveur-général qui a fait la mauvaise plaisanterie de se vole? deux millions et de courir, après ; on le .rencontra,, mais tout seul . sur la route de la Hollande , et par complaisance il retoiwufcsur ses pas ; il est ici depuis quinze jours : : c'est un hdmmft du meilleur ton, fort aimable j plein d'esprit et de talent, il est sur-tout d'unie* ga&të h.. Tenez., lé vtfyèz-vous sourire /parce* qu'en jettânt un fcoufMd'déll à- la dérobée y il à. découvert; le brelan d'as *de son voisin..;;. J'arme beaucoup l'avoir pour partner. ''♦".•■ , \

Cet homme 4gé<, qui , place près darece- "Veur^ Jéiie avec^réserve et gagne avec prudence , e*t un juge- ^tii / pendant i dix' a bs j a- résisté à un millrerde^petite» séductions, et dont l f austérité est Veti1>e échouer côntce un portefeuille de cent mille écus. Devinant pour ainsi dire le sort qui l'attendait, il avait, avant son accident y trouvé le moyen de placer sa petite fortune de rencontre sur la tête de sa femmç

6x5 Ve BA'fitfiB d'ayveks ', elb: ibff

qui en fait le meilleur usage ; elle ne vient paa lie .voir par excès de sensibilité, mais elle lui écrit deutf fois- par an. Quant à lui, c'est un jurisconsulte profond-, un légiste fort instruit ; il traduit Séneque , et donne des consultations cpi'il fait payer un peu eber : personne au monde ne connaît les lois corarat cet homme-' Jà : aussi se trouve-t-il très-bien jugé ! •' ' a . Ce gros garçon, si frais , si rond , si java al,. qui fait toujours- son vataut y et perd si gaiment" son argent, est un ancien fournisseur, dontle* comptes avaient été trouvés en règle par trois commissions , et qui. n'a pu échapper à une»

quatrième: Le malheur avait placé dans celle* ci un administrateur qui n'a jamis voulu reconnaître sa signature, laquelle était cependant fort bien -faite. H n'est 1 rien tel que l'exemple i Get entêtement gagna beaucoup de chefs de bureau ;. personne rie Voulut* reconnaître son nom'; et ce pauvre diable, qui heureusement avait dénaturé ses biens , «'est vu forcé de vfenii ici manger ses revenus: .''..'•»

Celui- qui- chante auprès de la fenêtre gémit sous le poids d'un accusation ridicule* On a voulu- le forcer à retrouver un dépôt qu'un de i,- 5.

106 MOU r£ve,

ses amis croit lui avoir confié ; et parce que plusieurs personnes se sont donne le mot pour foire des dépositions pareilles; parce que ce brave homme, dont on ne connaissait pas les moyens d'existence , s'est avisé un beau matin de prendre un équipage, d'acheter des châteaux, d'avoir une maison montée...,, -on l'a arraché à la société dont il Taisait les délices* f on Ta enlevé aux femmes qu'il comblait de bienfaits , aux muses , dont il s'était déclaré le protecteur , pour le transférer ici , où san» dbute il est comme chez lui, mais où il n'a été suivi ni par les belles, ni par les muses, ni par ses amis.

Ce grand homme, qui parle avec emphase de ses voyages en Angleterre, est le fils d'un médecin. Son père est mort de chagrin en voyant son fils, couvert d'or, descendre au

rang des esp J'en étais là, lorsque Philippe

entra dans ma chambre et me réveilla en sursaut ; huit- heures étaient sonnées : je me hâtai de xn'habiller. Quoique la toilette d'un garçon ne soit pas bien longue à faire , il était dix heures

et demie lorsque j'arrivai chez M. de M

Qu'on juge de ma surprise en retrouvant chez

OU M BÀG5B DÀKVEHS, etC. IO7

lui les personnages que je venais de quitter ! c'était , à peu de chose près, le même âge, les mêmes traits , le même costume , le même langage.... J'en étais honteux. L'un déclamait contre la lenteur qu'on apportait à vérifier sa comptabilité , l'autre parlait d'un procès qu'on lui intentait , et demandait des conseils à son avocat, qui , lui même, était accablé de procès. Un juge annonçait qu'il venait de changer dé manière de voir dans une affaire soumise à son tribunal ; un négociant demandait à acheter de .mauvais papiers pour remplir sa caisse •, enfin, un receveur disait qu'il ne pouvait verser ses fonds que le lendemain , et un homme fort riche se plaignait des calomnies qu'on débitait contre lui... Je déjeunai à la hâte , et je sortis en me disant ; le Dante a placé dans son enfer des gens qui n'y étaient pas encore -, aurais-je donc vu dans le bagne d'Anvers des gens qui y manquent ?

ia8 les TAtrsrs miles, etc.

n°. x. 5 Décembre 1814- LES TALENS UTILES,

au

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