BOOR. SERVIR A L*HISTOZRE D^UNE. GRANDS DAME
— .... Plaire , c'est réussir. •
( VoirTAXRB. Correspondance. y
TotJT est hasard dans ce monde; la naissance;, le rang, la fortune , et quelquefois même 1er bonheur ; car il y a des circonstances; où il ne dépend pas de nous d'être heureux.
Je sais bien que les- gens qui réussissent ne conviennent pas de cette vérité-ia ; il en est peu qui aient assez de modestie pour avouer que le hasard s'est mêlé de leurs affaires. En général , on aime à attribuer ses succès à son mérite, son bonheur à sa prudence, et sa fortune à ses calculs. 11 n j a que les revers
D'tJflÊ BtAtfCHISSÉOSE, etC. l3>#
.qu'on ne revendique point , et auxquels on* n'ose pas assigner de causes certaines.
• Vous ne persuaderez jamais à M. le comte D... que le hasard l'a pris par la main pour le placer au rang; des sénateurs élevés à la dignité de pairs de France ; à M. de *** , que c'est une méprise qui Ta fait entrer à' l'académie française^ -, au président d'H*** , qu'il ne doit les cent mille francs de rente qu'il a épousés*, qu'à sa ressemblance avec un officier de hussards que sa femme avait beaucoup aimé dans sa jeunesse -, et au chevalier du B*** , qu'il ne doit les grâces dont il a été comblé sous tous les gouvernemens, qu'à un bonheur singulier qui l'a toujoursfait rencontrer et confondre avec des solliciteurs du même nom > qui avaient des droitsréels aux faveurs qu'il a obtenues
Les femmes que l'on accuse de dissimulation r sont cependant beaucoup plus sincères que les hommes sur ce point. Je ne sais si elle» se persuadent intérieurement que lfr source de leur fortune ne peut rester long tems ignorée y mais si quelques-unes en font mystère, la majeure partie en tire vanité-
l34 MÊMOIMS
Je fus vendredi dernier au muséum.Placé par le hasard devant le portrait de madame N...., je le regardais avec un plaisir que justifiait la régularité des traits et le fini de l'exécution ; la beauté de l'original s'augmentait du talent du peintre.
Emile Dervieux qui m'accompagnait ^ après avoir souri de ma longue admiration , me proposa de faire connaissance avec le modèle, et s'offrit à me conduire chez madame la comtesse M.... , qui recevait précisément ce jour-là.
La société était presqu'entièrement réunie lorsque nous arrivâmes. Emile fut reçu comme une personne qu'on désire -, je fus traité comme un homme qu'on n'attendait pas. Le portrait du salon perdit beaucoup de son mérite II mes yeux dès que j'eus contemplé l'original. Le peintre n'avait pu saisir et fixer sur la toile la grâce qui distinguait tous les mouvemens de la jeune comtesse ; l'esprit et la gaîté qui animaient ses moindres paroles , ce mélange de noblesse et de bonté qui se réfléchissait sur ses traits , et qui rendait sa figure l'une des plus jolies , Tune des plus séduisantes que j'eusse jamais vues.
* D'tJ5E BLANCHISSEUSE, etc. l35
Après avoir dispersé ses tables , arrangé ses parties , assis son boston au milieu de l'appartement , relégué dans un coin l'éternel piquet à écrire *, madame M .... vint rejoindre à lune des extrémités du salon, un petit groupe assez heureux pour avoir échappé à la distribution des fiches , et pour préférer au triste plaisir d'une partie de wisk , ou d'écarté le plaisir beaucoup plus rare d'une conversation agréable et piquante.
Au moment où madame M parut, un
jeune auditeur qui venait de perdre sa place et de recouvrer ses titres , soutenait un peu trop vivement peut-être , qu'il était im* possible de cacher son origine, et prétendait qu'un certain air de dignité , répandu sur toute leur personne , trahissait, en dépit d'eux-mêmes , ceux qui avaient eu l'honneur de naître dans une classe privilégiée. Cette opinion était aussi celle d'une vieille dame fort laide , qui finissait toutes ses phrases par ces mots : comme disait feu le baron; mais elle était contestée par un officier supérieur, de la figure la plus imposante, et sur-tout par un ex -ministre qui ; par dis-