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traction, se laissait doaner de l'excellence k chaque instant.
Afin de ranger tout le monde à son avis, notre Jeune auditeur choisit pour exemple la maîtresse de la maison -, et d'un ton qui prouvait sa bonne foi , il assura positivement que dans quelque situation où le sort l'eût placée, il eût été difficile de ne pas reconnaître à la noblesse de ses manières , l'illustration de son origine. À ces mots, la comtesse partit d'un édat de rire que rien ne pouvait plus arrêter Mon pauvre Edouard, dit-elle à son
flatteur, dès qu'elle eut repris haleine > vous . n'êtes pas heureux en comparaison. — *- Quoi ,• madame, vous n'êtes pas fille d'un comte? — «-• ïïon.— D'un baron, dit la vieilledame? — Non. — - D'un capitaine , reprit l'officier ? — Non. — D'un administrateur, ajouta Tex- ministre?* -*— Mon. — - On vous a trompée , madame , répliqua vivement notre galant auditeur , vous
êtes, malgré vous , d'une famille — d'hon-*
nêtes gens , mais qui n'ont rien d'illustre , dit en souriant la comtesse ; et nous montrant ensuite un petit cahier de papier doré : j'ai etf depuis quelques jours y continua- 1- elle , la fai*-
d'usé blanchisseuse, etc. i3j
taisîé d'écrire les premières pages de ma vie : en les parcourant, Vous reviendrez bientôt de la trop haute opinion que vous aviez conçue de moi y et elle s'enfuit en riant.
Certain du* contraire , Edouard l'ouvrit ave<5 précipitation, et lut en tête ces mots : Mè~ moires d'une blanchisseuse pour servir d'ïntrxyduction àt histoire if une grande dame. On né peut se faire une idée de sa surprise , de sa confusion ! il lui fut impossible de continuer. La -vieille baronne, à qui cette aventure fournissait une occasion d'humilier une jeune et jolie femme , s'empara avidement de ces mémoires d'un nouveau* genre -, et dune voix aigre et gla^pissante qu'elle s'efforçait inutilement de ren* dre claire et nette , elle lut à-peu-près ce qui suit :
« Je m'appelle Angélique Clarjon-, je suis née à Neuilly. Ma mère, qu'on avait sur* nommée la belle blanchisseuse , mourut quelque tems après m'avoir donné le jour:
son mari ne put lui survivre. Orpheline dès l'âge de deux ans, je fus élevée par une tante qui , n'ayant pas d'enfant , devint pour moi une seconde mère. Depuis la mort de mes
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parens, son établissement avait acquis un accroissement considérable; elle avait hérité de toutes les pratiques de sa sœur , et sa seule ambition se bornait à me rendre la première blanchisseuse des environs de Paris. Je touchais à ma quinzième année •, les regards éveillés des jeunes gens qui me guettaient, l'humeur morose des jeunes filles qui m'évi taient et les inquiétudes de ma tante, m'apprirent que j'étais jolie; il y avait déjà un an que je m'en doutais.
« On n'est pas jolie impunément; il n'y a point de bénéfices sans charges. Tous les garçons de Neuilly me firent la cour ; cependant quoiqu'ils me fussent tous indifférens, je jugeai à propos de n'en désoler aucun. Leurs flammes grossières ne m'apprirent point comme on aime, mais leurs éloges rustiques m'enseignèrent comme on plaît, et avec un peu de mémoire, ces leçons là ne sont jamais perdues.
« Depuis un an , je maintenais un sage équilibre entre tous mes prétendans. Ma tante qui avait la fureur des maris ( elle était veuve de son troisième), me choisit un époux ; c'était un jeune homme de mon âge ; fils d un riche
b'uhe blanchisseuse, etc. i3g
marchand : je ne l'avais vu qu'une fois , je l'acceptai en sanglottant. Déjà les bijoux de noces étaient achetés , le contrat même était dressé , lorsqu'un faux pas, que j'eus le bonheur de faire , rompit mon mariage , et commença ma fortune.
« D ans une de mes tournées à Paris , en entrant à l'hôtel de Suède, rue de Richelieu, mon pied glissa et je me donnai une entorse :
un cri que m'arracha la douleur, attira autour de moi une partie des voyageurs qui habitaient l'hôtel ; parmi eux se trouvait un vieillard dans
l'âme duquel j'excitai le plus vif intérêt , il ne me quitta pas d'un instant, et sa délicatesse exagérait mon danger pour avoir le plaisir de multiplier ses soins. Dans la crainte que le plus léger déplacement ne me causât de nouvelles douleurs, il ne voulut pas que je m'éloignasse, et sur-le-champ il expédia à ma tante son valet de chambre et sa voiture. Elle arrive , xne voit , me plaint, m'embrasse, se désole , se confond en excuses , en lamentations , en remerctmens ; et enfin , cédant aux instances réitérées de mon nouveau protecteur , elle lui accorde un moment d'audience.
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« M. de Villefort était un vieux garçon qur : toute sa vie , n'avait été occupé que du soin d'amasser de l'argent , sans savoir qui le dépenserait-, il n'avait pour, héritiers que des*collatéfaux qui lui faisaient remarquer qu'il y avait bien longtems qu'il était vieux: Ta remarque déplut à M. de Villefort. Un beau matin ilr quitta Grenoble et vint à Paris , dans l'intention de déshériter ses pareils. Uit mariage lui parut le moyen le plus prompt et le plus sûr. Ma figure l'avait séduit , ma jeunesse 1 avait intéressé \ il me choisit pour l'instrument de sa vengeance : ma tante n'eût garde de refuser.
On congédia le futur de Neuilli, on fit publier de nouveaux bancs , on me conduisit à là marjrie^ on me mena 1 à la paroisse , on me fit dire un petit mot dans ces deux endroits-là , et le lendemain Mi de Villefort vint nie réveiller en grande cérémonie pour m'apprendre que fêtais sa femmél
« Ce digne vieillard s'occupa sérieusement de mon éducation -, je lui dois le peu que je sais. Je l'appelais monpère y p arce qu'il ne me traitait qu'en enfant. Je le. perdis au bout de trois ans de ce qu'on appelait mon mariage. J*f le regrettai toute ma vie.
UJTNE *LA2ÏCniSSEtJSE, etc. \fo
p II m'avait légué tous ses biens. Ses parens attaquèrent le testament ; ils perdirent leur causé et interjetèrent appel ; il fallut me .transporter à -Grenoble. Le bon droit est une belle chose,; mais les visites , les sollicitations ; des recommandations , les prières , les importunités même ont aussi leur mérite *, et quand on plaide, il ne faut rien négliger. Je ne connaissais personne dans .ce pays où je venais pour la première fois ; fêtais logée à l'hôtel du Lion d'or, -les croisées de mon appartement donnaient en face de celles d'un colonel d'in 7 fanterie , qui ]e ne sais comment , mais je sais bien pourquoi , se trouvait toujours sur mon passage. Dans une ville de province, une étran* gère a le privilège d'exciter la curiosité ; on ne tarda pas à eohnaitre le motif de mon voyage: mes adversaires , arrivés avant moi , avaient eu * l'adresse de faire circuler de gros mémoires calomnieux , de petites anecdotes scandaleuses qui préparaient l'opinion publique. Par un de ces hasards, assez communs dans l'histoire de ma vie , le colonel lut un de ces factums -, il en fut indigné , et ne pouvait se persuader que j'étais telle qu'on me dépeignait \ il me de?,
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manda la permission de se présenter chez moi -, il vint, protesta de rattachement que je lui avais inspiré, et m'offrit, avec une franchise tout-à-fait militaire , son bras , son tems , ses soins et son appui. J'acceptai tout, et je m'en trouvai bien.... Né dans les environs de Grenoble, il était parent et allié de la plupart de mes juges ; il les vit, leur parla, les convainquit de la solidité de mes prétentions -, et comme il y a des circonstances où la justice peut l'emporter sur l'intrigue sans tirer à conséquence , je gagnai une seconde fois mon procès.
« Je ne me dissimulai pas les obligations que j'avais au colonel ; il m'avait puissamment secondée, et son zèle était parvenu à détruire les bruits semés par les parens de M. de Villefort; chaque jour ses visites devenaient plus fréquentes , ses regards plus éloquens , ses entreiens plus animés .... Enfin, il se hasarda à réclamer le prix de ses soins ; et soit raison , soit caprice, je me trouvai mariée une seconde fois sans m'en être beaucoup plus mêlée que la première.
« Âubout de quelques mois , mon époux fut obligé de rejoindre son régiment, à la tête du-
d'uke blanchisseuse, etc. i43
quel il fit des prodiges de valeur ; mais , emporte par son courage , il fut tué à la bataille de Nuremberg, et je devins veuve une seconde fois à lage de vingt-deux ans. Comme sa famille était alliée aux meilleures familles de la province , je m'étais trouvée naturellement liée avec les personnes les plus distinguées du Dauphiné , et ces relations ne contribuèrent pas peu à faire disparaître entièrement ce qui pouvait me rester des premières habitudes de mon enfance.
«c Je quittai Grenoble après avoir arrangé les affaires de la succession , dont le produit doublait ma fortune. J'étais depuis quatre ans à Paris , lorsqu'une des sœurs du colonel me pria de faire quelques démarches auprès d'un grand personnage qui avait promis de faire placer l'aîné de ses fils à Saint-Cyr.... Je me fis
conduire chez M. le comte N ; il me reçut
à merveille, sa figure me plut infiniment, sa conversation me fit oublier l'heure vil m'assura qu'il s'occuperait de ma demande, et le lendemain il m'apporta lui-même la lettre d'admission que je desirais. Pour prix de ce service, il sollicita l'agrément de me faire sa cour, et
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jU'eut pas de peine à l'obtenir. Quelques jouis après y le comte demanda ma main. Je croi$
en vérité que je la lui aurais offerte Lorsr
qu'on dressage contrat, mes noms , que je fus forcée de décliner , lui firent faire une exclamation de joie et de surprise , qu'il ne fut pas maître de retenir, ... Ce pauvre comte N. . . . . m'aimait par réminiscence , et ne s'attendait guère à retrouver dans la veuve de M. de Villeïort et du général K... , la jolie petite blanj» .chisseuse de Neuilly^ l'objet de ses premières amours. De mon côté, je ne pouvais recon r naître dans l'homme que j'adorais, celui que dix ans plutôt je n'aurais épousé qu'à mon corps défendant. Chacun de nous deux avait 'fait son chemin ; tout le monde le faisait à cette époque.... La semaine suivante, j'épousai mon amant. Le premier mois qui suivit notre hymen , fut un mois de fêtes et de plaisirs , le second..... » Là finissait le manuscrit.
Eh bien ! dit l'ex- ministre à l'ex -auditeur, ,vous voyez, monsieur, combien votre exemple était mal choisi. ~ Un moment, répliqua Edouard en riant, la mère de madame la con\- -tes^e s'appelait la belle blanchisseuse. L$ chst-
d'uhe blakchissbïse, etc. ï4ï
(eau du prince de était près de Neuilljr.
Son altesse aimait beaucoup les jolies femmes*' 11 j a bien des gens issus d'une illustré drigiuo iJUj neffenïoUt jantam tiotrte».