LE PARASITE
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tES PROTECTEURS RUINÉE
Thtpltasur* of dtscenéing v>Uh eatt and désignation!
B.ICHARDSOX«
C'est un plaisir de déchoit arec aisance et réaignation !
Cest une grande famille, que la famille des parasites; d'un côté^Ue se trouve naturel* lement alliée aux côùrfïâan* , aux flatteurs -, de l'autre, eUe touche Se très-près aux rntrigans r aux inutiles : elle compte indistinctement dans son sein des grands seigneurs, des petits corn* mis, des gens de plume et d'épée, des artistes courant la pension, des hommes de lettres courant l'académie , et des danseurs cousant le
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Cachet. Quelques personnes la croient originaire des environs de Toulouse , et lui assignent la Gascogne pour berceau; d'autres pensent, avec moins de raison peut-être, qu'elle a pris naissance au fond de la Normandie* Quelque soit le pays qui se glorifie d'avoir donné le jour à cette famille , elle a merveilleusement suivi le précepte divin : croissez et multipliez ; ses membres se sont répandus avec une activité sans pareille sur toute la surface du globe, et sont parvenus sans peine à se faire ouvrir le palais des grands, la maison du riche, et la chaumière du pauvre.
Les parasites ont une physionomie distincte, des habitudes particulières , je dirais presque des heures fixes pour leurs visites; on est presque sur de les rencontrer à deux heures après midi chez le rentier du Marais, à trois heures , chez l'honnête marchand de la rua Saint-Denis ; à quatre , chez l'habitant du faubourg Saint- Germain; à cinq, chez le banquier qui revient de la Bourse , ou chez l'employé qui rentre chez lui ; et plus tard , enfin , chezle pair de France, le conseiller- d'état et l'opulent financier qui dînent aux bougies. On
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les trouve assez souvent à table; on les reçoit* naît à la mobilité de leurs traits , dont l'ensemble réfléchit presque toujours la figure du maître de la maison *, à la fadeur de leurs adulations, qui font parfois rougir ceux qui en sont l'objet , à la souplesse de leurs manières , qui se rapprochent un peu de celles des valets bien élevés. On pourrait aussi indiquer, comme signe certain de reconnaissance, la vi* gueur de leur appétit , manière indirecte de faire encore l'éloge de celui qui les reçoit
Les parasites ne laissent pas que d'être pourvus d'un certain esprit ; ils ont le talent d'amuser , et sont , pour la plupart , conteurs plaisans et convives aimables ; versés dans la science des dates , ils savent mieux que l'Âmpbitrion dans quel mois revient le jour de sa fête, à quelle époque arrive celle de sa femme -, dans quelle saison se trouve l'anniversaire de la naissance de leurs enfans. Rigoureux observateurs des convenances, ils ne manquent jamais aux devoirs que l'usage leur impose , et * e garderaient bien de se présenter ces jours-là fans le bouquet de l'amitié ou la chanson de «inconstance.
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Modestes dans leurs goûts , ils méprisent les richesses à la manière de Sénèque ; ennemis du luxe , leur parure est plus simple que recherchée; ils ne connaissent que l'élégance du langage.
M. Picard, que le naturel et la gaftë de de son dialogue , la vérité de ses caractères , et sur-tout la justesse de son talent d'observation , ont placé à la tête des auteurs comiques de notre siècle , a plusieurs Ibis esquisse ce travers. Coupanville , dans le Mariage des grenadiers > et Mondoux, dans Y Ami 4e tout le monde > sont de vrais parasites qui , placés tous deux dans une situation différente, n ? en font que mieux ressortir la vérité du portrait et le talent du peintre.
Cependant, quoiqu'ils soient tous à - peuprès taillés sur le. même patron , il en est des parasites comme de toute autre espèce d'hommes ; il y en a dont la conduite fait exception à la règle générale, et qui , pour ar-' river au même but , prennent des chemins taeonnus à leurs devanciers. C'est le privilège du génie de se frayer des routes nouvelles , •tles parasites ne sont pas exempts d'en avoir.
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J'ai connu dans ces derniers tems un Certain M. Dumez , qui vient de mourir d'une indigestion ( c'est le boulet de canon du métier ) , et qui a longtems passé pour le modèle des parasites: il m'avait pris en amitié, et m'a plus d'une fois raconté l'histoire de sa vie ; ce qu'il y a de singulier, c'est que cet homme-là était un véritable philosophe dans toute l'acception du mot *, il avait un éloignement décidé pour les grandeurs, et ne s'était jamais assis à la table d'un homme en place.
Son père, né à Tolède, était entré' fort jeune au service du fameux cardinal Albéroni , et l'avait quitté à l'époque de la paix de 1719, lors de la disgrâce du Richelieu de l'Espagne. U vint se fixer à Paris , où, séduit par le fameux système de Law , il s'empressa , dès son arrivée , de courir à la Banque de la rue Quincampoix , pour y convertir ses piastres fortes en assignats du régent •, on sait que ces billets de banque , modèles trop exacts de notre dernier papier-monnaie , eurent un sort semblable ; source rapide de quelques fortune?
immenses , ils causèrent la ruine d'un grand nombre d'babitans , et réduisirent U France
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dans un tel état de misère , que le régent ayant exhorté les évêques du royaume à faire des quêtes dans leurs diocèses , pour venir au secours des pestiférés de Marseille et des incendiés de Rennes, il reçut de I'évéque de.
Castres , une réponse dans laquelle ce prélat informait S. À. « que tous ses. soins n'avaient « pu produire qu'une somme de cent pistoles ^ • et que l'inondation des billets de banque « avait causé autant de mal dans son diocèse ce que le feu avait pu en faire en Bretagne. » Le sort avait favorisé Dumez*, il avait été assez heureux pour faire une brillante fortune^ il fut assez adroit pour en soustraire une grande partie au visa .: l'habitude du gain luï fit un besoin de continuer le commerce*, il se jeta dans les affaires, monta sa maison f prit des gens qu'il instruisit lui-même , et épousa , au bout de quelques , années ,. une jeune et jolie femme , qui lui apporta en mariage une figure charmante , une humeur enjouée , un caractère facile ;, mais aussi un grand fond de légèreté , de dissipation , et cet amour du luxe et de la dépense qui naît de l'exemple r et qui 7 à cette époque 7 avait déjà
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séduit toute» les têtes et corrompu toutes les classe» dfe la société.
M me . Dumez ignorait la source de la fortune de son mari ; elle ta dépensait et» femme qui désespère d'ër* voir la 6». Son époux , toujours épris, toujours- heurew dans ses opérations de finance , se permettait rarement quelques légères observations qui , d'srilteurs , n'avaient jamais de suite. Ce fut en vain que quelques échecs lui firent pressentir Fincoostance de l'aveugle déesse, que de faibles banqueroutes vinrent doucement lui conseiller l'économie : Dumez , fier du hasard qui Tarait épargné tant de fois, se flatta de l'éfre toujours; il laissa rouler ses capitaux, et tenta dte nouvelles spéculations ; mais l'heure du bonheur était passée y la fortune lui tourna le dos ^ et son exemple fut bientôt suivi. En mois d'un, an, Dumez perdit les trois quarts de ses biens, et la totalité de ses amis ; sa maison-, autrefois lé rendez-vous des jeux. et dés plaisirs , ne présentait plus que l'aspect d ? une solitude effrayante : cette différence n'échappa pas à soa fils , quoiqu'à cette époque il fut encore trèsjeune, et dès-lors il conçut une violente aver-
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tîon pour tous ceux qui n'étaient fidèles qtfà la fortune.
Dumez perdît ses paress, et ne sauva de leur succession qu*une rente de i,5oo franes ; citait bien peu, ce fut assez pour lui , parce* <{u'il résolut de reprendre son bien par- tout oà il le trouverait, et de vivre lui-même eu Vrai parasite ; mais il fallait rajeunir le métier, il fallait éviter la concurrence , ennoblir les moyens; il fallait enfin réhabiliter l'honneur dii corps. Dumez l'entreprit, et pour y parvenir il prit une route entièrement opposée à celle de ses confrères.
Ceux-ci assiègent les portes du prince , Dumez n'y parait point*, ils implorent un regard du ministre , Dumez brave les siens ; ils s'inclinent profondément devant l'ombre de la puissance , Dumez dédaigne de se courber 7 devant elle ; ils spéculent sur la faveur , Dumez spécule sur la disgrâce , et par une suite de son nouveau système, tandis que des parasites ordinaires courent en foule se prosterner aux pieds de la favorite qui vient d'obtenir l'exil de M. le duc de Choiseul. Dumez se rend à pied au ©bateau du ministre disgracié , et
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vient joindre son modeste compliment de condoléance aux regrets qu'exprimaient , au nom de leur compagnie, quelques membres du parlement qui perdait, dans M. de Choiseul, son plus solide appui.
Les regrets du parlement touchèrent l'exministre, la visite de Dumez l'étonna; il n'était pas fait à ce genre de flatterie , il y fut pris ; en général^ les malheureux sont faciles , et le exilés ont le coeur tendre. Dumez s'en aperçut, et en tira parti. M. de Choiseul le reçut à merveille , il le retint chez lui , et se disposait à se l'attacher particulièrement, lorsqu'on eut connaissance au château de l'édit du i3 avril et de l'exil de tous les conseillers au par* lement de Paris : on ne peut se faire une idée de la joie de Dumez en apprenant cette grande .nouvelle ; il ne se possédait plus , il était dans le ravissement, dans l'extase : quelle bonne fortune pour lui! Non, s'écria-t-il avec force, non je ne souffrirai point que ces illustres victimes mangent seules leurs revenus ! non !... et notre parasite partit en poste pour se faire des protecteurs de gens qu'il n'avait jamais vus/ et qui ne se doutaient guère de son existence.
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En suivant' cette méthode T Damez a successiverxtent passé dé la table de MM. le* membres de l'ancien parlement à celle des membres du parlement > de Maupeou ; il a eu .llutaueué d'être tour - à - tour accueilli jJàr : tirantes lé^ personnes de distinction t du vojaume , et de quitter M. de Choiseul pour M. Turgot, M. Turgot pour M. Necker, M. Necker pour M. de Galonné , M. de Calôime pour M. de Brienne, et ainsi de suite.
Comme la faveur est passagère, et la disgrâce constante , il a- quelquefois gardé longtems ses. patrons'.; j'en excepte cependant cette époque, de la dévolution . où les ministres, ne faisaient que passer au ministère sans s'y. arrêter; je ne* doute pas qu'alors quelques-uns n'aient échappé aux hommages de notre parasite , j'en sais tel qui n'a donné que dix signatures f tel autre qui n'en a dpnné que trois , tel autre , enfin , qui n'a pas même eu le tems de donner avis de sa nomination à sa famille avant d'avoir été remplacé*
Le Système de M* Dumez a, malgré tous, ses soins , contribué à abréger sa vie -, il est mort vendredi , Ç janvier , des suites d'un
grand diner chez iè prince *** y k tpi M. Ûumez s'était donné presqu'exchisivf aidai depuis, le trente mars dernier.. ;\ r \, ..- ' . ^.i
Quelque* ^ceurs? avant so&indiap<>sigio&, Hi ,8e félicitait encore arec moi de la. route! qu'il avait suivie, et m'assurait que fe'il devenait} an monde , il ne prendrait pas d'antre chemin: pour le parcourir calment Les grands, me disait-il , accoutumés à la flatterie tant xrn'il* s'élèvent , à l'inculte dès qu'ils tombent-, sont 1 délicieusement surpris d'entendre , aux jours de leur exil une voix solitaire , mêler l'éloge> de la reconnaissance aux clameurs de Tingratude. Cette audace, souvent sans danger ,n Vit pas sans charmes pour eux, -et n'est jamais sans profit pour celui qui a le bonheur de s'en: vendre coupable. Cette voix , qui jadis se serait perdue au milieu d'un concert de louanges, se fait distinger agréablement au ïnilieu d'un concert de reproches quelquefois injustes, souvent exagérés; elle flatte, séduit, console celui pour jjui elle se fait enteudre, et l'homme qu'aux heures de la prospérité Ton n'eût pas daigné honorer d'un coup d'œit , te trouve tout à coup accueilli, fêté , comblé
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des marques de la plus touchante bienveillance ; il jouit tranquillement d'un bon- heur que personne n'envie f et qui n'en est pas moins doux ; car si les grands seigneurs disgraciés veus reçoivent mieux, ib a'en dînent pas plus mal.
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n°. xv* — 16 Janvier i8i 5.