‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 32 sur 60 · AH! SI FÊTAIS · texte numérisé non relu

AH! SI FÊTAIS

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« Ah ! si fêtais Éoi ! disait un pâtre tant soit peu ambitieux, jp coderais mes vaches à cheval. * Ce souhait , qui peint assez fidèlement le caractère rustique et l'ignorance grossière du personnage à qui on l'attril^ue prouve du moins que sur le trône même , il se serait souvenu de son premier métier. Tous ceux qui forment un vœu pareil ; ne voudraient

ou ah! si j'étais!!... t&j

ni de la mémoire ni de la modestie dn p&tre ; et peu d'entr'eux consentiraient à posséder une couronne pour l'unique plaisir d'exercer leur profession à cheval.

Ah! si fêtais /.... est en quelque sorte le mot d'ordre des mécontens -, c'est une phrase commode qu'on emploie habituellement dans la conversation, pour faire, avec décence , la critique des autres et la louange de soi-même; elle sert A-la-fois l'ambition et l'envie , satisfait l'amour-propre , et console la médiocrité.... Ah ! si j'étais!.*., suppose constamment une arrière-pensée , qu'on peut traduire par ces mots : tout en irait bien mieux.

Depuis que chacun parle avec assurance de ce qu'il ignore et juge effrontément, de ce qu'il ne connaît pas ; depuis que le médecin parle législature, le commerçant, politique, l'artisan, diplomatie ; l'avocat , finance , et le magistrat, navigation ; depuis que chacun s'est introduit , à l'aide des journaux, dans les différons états qui nous entourent, et a pénétré, avee le rédacteur, dans les cabinets des souverains qui les gouvernent , ah ! si fêtais !. a servi 4e prétexte à des prétentions bien ridicules ,

l68 T LBS CENSEURS,

et dé paftse-rport à bien des sottises. Avec ce mot- là, le marchand dans son comptoir , la commis suc sa chaise , et le rentier auprès de son feu , ont , à leur §té 7 dans la journée f changé dix fois. 1& fade de l'Europe, et , sans aucuns ménagemens pour les* mosaïques , rfkéé totur^&tcAi* de la liste des puissances y le* royaumes cpir contrariaient leurs plans > et dispersé, sans obstacle , les peuple* (p*t pou* Taient. en quelque sorte s'opposer, au* projets de leur imagination rèmanesque. On est-biéâ fort en politique arec une plume et ton journal* Ahl si fêtais du congrès, mè disait delà meilleure foi du monde un restaurateur de»

Champs-Elysées , avec lequel je montais la garde mardi dernier à l'hôtel de la préfecture; ai j'étais du congrès , il irait bien plus vite : personne ne se connaît mieux que moi eri moyens, de conciliation. Sans notre état on voit tant de choses ! j'ai vu tant de querelles qu'au premier abord on jugeait interminables, s'appaiser par mes soins ; j'ai vu tant d'intérêts se concilier à ma table ! tant d'ennemis se rapprocher dans mes cabinets I Ah ! monsieur , j'ai un vin de Bordeaux qui a arrangé bien

t>t* Afl! st /étais!!... 169

des affaires! Je convins , avec mon diplomate, de la bonté de son vin , qu'il me mit a même de juger ^ mais }'eus tontes les peines dtt monde à lui faire comprendre la différence qui existait entre une querelle de particuliers, qui ne compromet que leur existence , et une entrevue de souverains , chargés de discuter les intérêts de tous les peuples.

Quelques jours après , je fus rendre visite à la vieille baronne de Vallivon , qui vient de se retirer du monde. Lorsque j'arrivai T elle était entourée d'un grand nombre de personnages qu'animait une discussion assez vive. À l'ardeur des combattans , à la chaleur avec laquelle ils s'exprimaient, je vis qu'il sagissait d'une de ces grandes questions si ' difficiles à résoudre , tant à cause de la différence des opinions qu'elles font naître, que par rapport à l'entêtement avec lequel chacun soutient celle qu'il professe; la tranquillité de l'Europe était l'objet d'une dispute dans laquelle personne n'était d'accord sur les moyens d'avoir la paix. Celui-ci, pour l'ob* tenir, faisait descendre du trône de Saxe une nouvelle famille , dont la puissance illégitime 1. 8

n'était consacrée que depuis trois cents ans, tandis qu'il conservait sur le trône de Napleç un ancien mpnar/jue ,qui Apprend la langue du pays, et qui , fin l'absence ; d,u vçri tablée sou? verain^ règne légitimement «depuis environ quinze cents jpurs -, celui-là , jaloux de rétablir un véritable équilibre ; ajougtajt la Pologne 9. k Russie, et ptaitla Belgique à Ja France j jo n Italien faisait un royaume de la Suisse , un Suisse faisait un république de ^'Italie; un avocat, défenseur de la justice, .enrichissais la Prusse, et dépouillait Je pape; un intendant, ami de l'équité , prenait s^ns façon la Tuj> quie, et la partageait entre ses voisins; un, négociant desirait la pajx tout .de suite, un officier de cayalerie la demandait après unç campagne d# six mois, ej un ancien four?

nisseur ne la voulait pas du tout.

Chacune de cep opinions étcrit violemment attaquée , yigour,eu§erajent défendue ; l'argument le plus fort était toujours renfermé dans ces paroles : hfi ! si fétpis!.... mais cet argument ^e trouvant à la ppr^e de t#ut le monde et à Ja disposition de tous les champions *, on n'hésitait pas à s'en emparer ; et

ou An! si j'étais!!... 171

Pou se servait avec succès , pour combattre son adversaire, des armes qu'il avait employées lui-même; il eu résultait que les forces se maintenaient dans une égalité parfaite, et que personne ne s'avouait vaincu.' Comme en suivant cette marche il n'y avait pas eu moyen de terminer les affaires de l'Europe à la satisfaction générale de toute la société , on se rabattit sur la situation de lai France , et ses lois , ses mœurs , son administration , devinrent la source d'une discussion, encore plus vive que la première.

On pense bien que la conduite des grands,* les actes de l'autorité et les mesures des ministres, furent l'objet d'une censure amère; ces pauvres ministres jouaient de malheur, 3s ne faisaient rien au gré de ces Messieurs; pas un acte complètement en règle , pas une mesure qui obtint l'approbation universelle : jten* .étais désolé pour eux. Cela était pourtant

si aiséi d'après tout ce que j'entendais

direi.... J'étais vraiment surpris de la facilité

Avec laquelle on pouvait mener un ministère;

-et, révolté des. obstacles que leurs excellences

disaient semblant d'y trouver, je ne concevais

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