LES CENSEURS
pas non plus comment le roi laissait sans place des hommes d'état , qui faisaient la guerre ou la paix à volonté , et toujours avec lin succès infaillible ; des calculateurs profonds , qui augmentaient les recettes du trésor en diminuant l'impôt; des financiers y qui trouvaient des millions où les autres auraient perdu leur latin ; des gens à talens,qui , dans un quart d'heure , vous faisaient des lois à durer une éternité } et qui , pour peu qu'il s'y prêtât , vous régénéraient tout un peuple avec la meilleure grâce du monde*
Parmi ces hommes supérieurs y il y en avait tm sur-tout dont le talent me paraissait tenir du prodige. En cas de guerre, il vous mettait en un clrâ-d'œtl 5oo,ooo hommes sur pied et 4° ▼aisseaux en mer, sans qu'on sàt où il les avait pris; il faisait manoeuvrer ses armées et son escadre avec une dextérité dont on a peu d'exemple; il faisait faire demi-tour à droite à ceux-ci , et virer de bord à ceux-là , avec une aisance dont rien n'ap»
proche ; et remarquez que cet homme-là ne disait point fastueusement : si j'étais ministre de la guerre , si fêtais ministre de la marine ;
ou ah! si j'étais H... m^3
mais tout simplement, si féais maréchal de France ou vice-amiral; ce qui prouvait une modestie dont, en mou particulier , je lui savais bien bpn gré , et qui d'ailleurs laissait .à S. M. une plus grande latitude pour l'appeler à son service.
Auprès de ce personnage illustre , que j'espère^re trouver au printems dans le jardin -des Tuileries , était un vieillard fort instruit en matière de. finances , qui parlait des dettes de l'état en homme plein de son sujet. Ce n'était point de ces âmes timorées qui latent
une mesure et ménagent un ennemi ses
opérations étaient aussi certaines que sa haine pour les ministres était ouvertement prononcée..,. Il nous prouva très-clairement, à ce que je crois , que le royaume gagnerait 4oo millions par an à sa promotion, ce qui, selon moi , n'était pas à dédaigner. Il ne se borna pas à nous dire : ah ! si j'avais été ministre, la France serait sauvée ; il - ajouta encore: ah! si fa vais été contrôleur-général, nous n'en serions pas où nous en sommes.
Je présume qu'il avait des raisons particulières pour parler ainsi.
1^4 LES cewseurs,'
Ce ah! si fêtais!..,, avait gagné tout te monde; j'avais même cru l'entendre s'échapper des lèvres d'une jeune fille ', dont la tante avait positivement dit : ah ! si jetais veuve, en regardant du coin de l'œil un jeune officier, qui de son côté avait aussi murmuré en fixant ses yeux sur la nièce r ah! si fêtais riche f
Un seul homme qui jusqu'alors n'avait en*core rien dit , mais qui promenait ses regards inquisiteurs sur toutes les personnes de ht société -, un seul homme s'était dérobé à Tin*fluence. Cependant , entraîné par Vexemple , H se mêla à la conversation, et fit sa partie tout comme un autre \ mais ce n'était ni les finances , ni la guerre , ni lès lois qui furent l'objet de sa critiqué : un ministère aussi important, et plus' 'difficile peut-être, avak r appelé son attention. 'Profondément versé dans lefc Secrets, d'état , il avait? pénétré les mystères de la police, et s'étonnait de la douceur du •chef, de la négligence des a gens, Ai pem d'empressement que Ton mettait à s'instruire de tout ce qui se passe dans l'intérieur dés familles..*. Ah ! si fêtais ministre , nous, dit-
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ÎI , je tondrais skvoir tout ce qui se passe à deux mille heures à la* fonde ; je voudrais de- 1 fine? leè pensées les pius secretteto de tout ce qui TèSpiré eu France; non^seulement éellesf qur mteVeSseat la forete* dé l'état , mai» Celles qui compromettent la fortuite dVs citoyens , l'honneur des familles ; je voudrais , dit-il en riant , connaître le secret des' pères , êtes maris et des' énfans , des maîtres et des talefg. Ah! si j'étais ministre L.. Comme il allait continuer } uri exempt parait , et lui annonce qu'on vient cParrêfer chez lui., où il l'Invite & ëe rendre , un de ses valets , qui se disposait à forcer sou secrétaire. — Mon do * ibestiqué î — -Lequel a déclaré qu'il comptait
£ro6ter dé la circonstance de f enlèvement de
sa jeun^ntaîtrfesée pour commettre son crime } tfatis être soupçonné. -^Ma fille! enlevée f -^— Et qu'il en> avait remis TéxétùtiOn ati mo- 1 Ment où Madame......; -^ 'Cerf est assez;
dit-il en âè précipitant nOW de l'appartement; dans - éétouté"*' l'exempt qui courait après lui en Criant :. Monsieur ? Monsieur !• : i-assureaf*' fùvtsrl on »'a rien -pris? /'- r ri'en' enlevé^ ou fc'â touché à rien.
JJ6 # ! ;: l-ES CEHSEtJ*S,
Cet événement mit tout le monde en bonne humeur; chacun se moqua de l'aspirant au ministère de la police, qui ne savait pas ce qui se passait chez lui.... et se retira en liant. Je ces tai seul avec M 111 *, de ValhVoa^ que je brûlais d'interroger sur les talens des différens personnages que j'avais rencontres chez elle; talens dont je commençais à .douter depuis l'apparition de l'exempt. Son récit détruisit entièrement la bonne opinion que ces Messieurs m'avaient donnée d'eux. Ce guerrier amphibie , me dit-elle , qui . fait la guerre par terre et par mer, qui dirige si bien une . escadre et commande si bien une armée, n'a jamais pu parvenir à gouverner une troupe de comédiens bourgeois qui jouaient la tragédie dans son château. Le petit vieillard qui parlait si bien finances, a fait deux, banqueroutes qui l'ont ruiné , malgré ses calculs et ses précautions. Ce jeune homme qui se croit appelé à faire des lois, n'a pu achever son droit, et cet avocat turbulent , qui blâme la conduite des ministres, n'a pas encore plaidé en justice sans perdre la cause dont il s'était chargé.
ou ah! si j'étais IL.* 'fjj
Tels sont , en général , les droits et les titres de cette tourbe de censeurs qui dénigrent tout ce qu'on fait sans eux ; qui s'écrient modestement: ah! si j'étais en place! et à qui je suis toujours tenté de répondre : Dieu nous en garde !
17& tÊ CfÀSÛlDA*
k°. xvi. — 27 Janvier 181 5.