LES MARIONNETTES
«' . . . 1 toi-même hictfmmodé, XI change à tout moment d'esprit comme de mode , Xi tourne au moindre vent , il tombe au moindre choc Aujourd'hui dan* un tfasque et demain dam un froc.
rBoiLSAV. S'aiiri VIU.)
A toison ne s'estpointborriéà n'offrir, dans le Spectateur , que la seule peinture des travers et des ridicules de sa nation ; il a pris quelquefois , pour sujet de ses discours, des points de morale , des questions de théologie y de philosophie qu'il a traités avec une rare sagacité , et qu'il a approfondis avec beaucoup de talent et d'intérêt. Quelquefois encore , sous le voile de l'allégorie , sous le masque d'une fiction ingénieuse , son esprit a déclaré la guerre à nos passions ; et sa raison nous a
présenté des conseils qui se recommandaient également pax la sagesse qui les avait dictés , et par L'adresse avec laquelle ils étaiemt offert*. «,JL'usage de ia &bl&, dit quelque part le « moraliste anglais, est le meilleur moyen « qu'il y ait pour doaner des avis et des « instructions aux hommes, sans qu'ils les « prennent en mauvaise part (i). » Quoique je me sois décidé à parcourir la même carrière que le Spectateur anglais, je me bornerai à offrir à mes lecteurs le tableau des mœur6 du siècle. C'est une matière à-la-fois riche et délicate , qui demande un pinceau fidèle, qui exige une couleur franche, mais qui rejette toute espèce d'hésitations et de tnénagemens ; car la vérité des détails rajeunit souvent la vieillesse du cadre , et la ressemblance des portraits fait quelquefois pardonner la faiblesse de l'exécution.
Dans le nombre de ces maladies morales > qui affligent l'humanité , il y en a qu'il faut saisir dans le moment de la crise : c'est cf
(i) La vérité toute nue
N'a pas assez d'enjo Ciment £ Une fable l'insinue Bien plus agréablement.
(BouRSAutT. Lç Pouvoir des Fables .)
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cpie je nt propose de faire. Il j a dés mes de choix , des ridicules délite y comme il y a des acerdeus de bon ton, des maladies de bonne compagnie : ceux-là demandent me étude réfléchie , leur règne d'ailleurs est de longue durée. 11 j a enfin des travers si petits, qu'ils semblent défier l'œil de l'observateur ç comme ils sont presque toujours sans danger 9 leur peinture serait sans but pour la morale , et sans agrément pour mes lecteurs*
J'ai remarqué avec peine que chez nous le malheur était toujours tributaire du ridicule. La malignité lève un imp&t Sur l'infortune; eHe s'attache aux puissances qui meurent , comme le ver aux fruits qui tombent. Lorsque des événement , que nos neveux apprécieront encore mieux que nous , amenèrent un changement total dans la forme de notre gouvernement , et forcèrent, l'empereur Napoléon d'abdiquer ses droits à la couronne de France, les murs de Paris furent couverts de caricatures grossières ,. et les boutiques de6 libraires se remplirent de libelles injurieux* L'avide malignité souriait avec complaisance à ces attaques dirigées contre un gouver-
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nement qui n'existait plus , et contre dei hommes puissans , qui avaient cessé de l'être. La foule des oisifs , si nombreuse à Paris i s'arrêtait partout où elle trouvait à rire, à mordre. On se disputait une place devant les carreaux de Batice ou de Martinet r devant la boutique de Dentu ou de Àfongie, comme on se dispute une entrée à l'Institut de France le jour de l'éloge du défunt; on passait des matinées entières à expliquer , k commenter les moindres détails dune < caricature sans sel ou d'un pamphlet sans esprit x doublement satisfait lorsqu'on avait pu ajouter une méchanceté aux méchancetés de l'auteur y et réussir à diffamer , pendant une heure ou deux, un ministre ou un conseiller, d'état y qui avait sur-tout le grand tort de n'être pas connu de vous.
Un malheur imprévu a ramené Bonaparte en France : la famille auguste des Bourbons a quitté le royaume. Cette fois les libellistes ont eu un peu de pudeur : les écrits injurieux ont été plus rares -, mais nos dessinateurs anonymes ont retaillé leurs crayons j nos gra* veurs inconnus ont retourné leurs planches i
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chacun a ntis la maia à l'œftvre. De nouvelles caricatures, plus blâmables que les premières > ont de nouveau tapissé les murs de la capitale; et j'ai retrouvé chez Martinet, le nez au vent; l'œil au guet, l'épigramme à la bouche , les mêmes personnages que j'y avais rencontrés Tannée dernière. Ils s'étaient alors égayés aux dépens des membres de la famille impériale , ils outrageaient aujourd'hui les princes de la. maison de Bourbon: ces genslà n'estiment que les hommes qui s'élèvent , et ne respectent que les souverains qui arrivent ou qui reviennent.
Je rentrai chez moi , plein de l'humeur que m'avait fait éprouver l'aspect de ces groupes fidèles. Je crus la dissiper en parcourant un gros livre qui vient de paraitre , et que le beau-frère de l'éditeur m'avait assuré être fort amusant. Chacun a sa manière de lire ; au bout d'un quart d'heure, je dormais ; comme j'avais lu avec attention , mes jeux s'étaient fermés malgré moi, et je me trouvais , sans être sorti de ma chambre , tout à coup transporté devant un théâtre forain , qu'entourait uue foule immense de i* 10.