‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 46 sur 60 · PARISIENNE · texte numérisé non relu

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usent. l'aimerais assez- que pour capter ma confiance, un sorcier me tirât son horoscope avant de tirer le mien } et qu'avant de ru'indiquer la manière de me garantir des pièges qu'on ine tend , il songent prudemment à se soustraire aux dangers qui le menacent. Que penser&is-je de la science de ce Barthélémy Goclès 9 qui prédit à Luc Gauric, fameux astrologue du tems , qu'il tombera sous les .coups de Bentivoglio, et qui ne devine pa$ qu'il moura lui-même frappé par ce tyran?

Que dirais- je de l'art divinatoire d'une de nos sybilles modernes, qui conseille à un jeune homme de fuir de son hôtel , où l'attend une prise de corps , et qui reçoit à l'instant même la visite d'un commissaire de police qui la constitue prisonnière? En serait-il donc des sorciers comme de cet habile lieutenant de police qui savait tout...... hors ce qui se passait chez lui ?

J'aurais bien encore quelques objections à faire sur cette manie des devins qui vous indiquent si généreusement des trésors cachéç qui leur appartiendraient en bonne justice par le droit de découverte ; et qu'ils pourraieujt

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garder pour eux sans que personne s avisât de les réclamer; mais j'aime mieux louer en eux un désintéressement aussi noble. C'est ea vain qu'on me dira que celui où celle qui emporte un trésor de chez 1 e sorcier , en sort un peu moins riche qu'il n'y est entré : je ne vois que l'intention d'enrichir son prochain, et j'avoue qu'au moment où tant de gens ne soccupent que d'eux-mêmes, il est beau d'en rencontrer quelques - uns qui s'occupent un peu d'autrui.

Autrefois le métier de sorcier ne s'exerçait 1 pas impunément en France , et Ton payait de < sa vie le plaisir de faire les cartes et de dire la bonne aventure. Nos bons aïeux, qui comme on sait , valaient bien mieux que nous , brûlaient sans examen quiconque était convaincu de sortilège ; il fallait en passer par-là , et ] M me *. Villeneuve, Michel; Lenormand et ] autres , nées cent ans plus tôt, auraient maigre j elles obtenu les honneurs de l'incendie. Aujourd'hui la chiromancie, la cartomancie, la négromancie sont devenues des sciences à la mode et des branches de commerce qu'on exploite avec succès. La sorcellerie , au. lieu de

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mener au bûcher, conduit à la fortune, ce qui est plus agréable et moins dangereux.

Tout Paris a successivement payé son tribut aux tarots de M me . Villeneuve, aux blancs d'oeufs de Madame Michel, et à la poule noire de M lle . Leaormant. Chacune d'elles a été célèbre à son tour ; c'est aujourd'hui celui d'une jeune sorcière qui promet de les surpasser.

Le temple de cette nouvelle sibylle est situé dans l'un des quartiers de Paris les plus fréquentés. Dès le matin , il est ouvert à la beauté tendre et jalouse que tout alarme , et qu'une carte a le pouvoir de rassurer; au spéculateur avide , impatient de savoir si le sort s'intéresse à sa fortune ; à la jeune fille innocente et modeste , pressée de connaître celui qu'elle doit aimer; à l'époux inquiet qu'un mauvais rêve tourmente, que le voisinage d'un jeune officier de dragons met à la torture ; au joueur timide , qui n'ose livrer au Trente et un le reste dès biens que lui a laissé le Pharaon; à la femme charmante que désole l'absence de son époux, et qui voudrait par prudence connaître d'une manière certaine l'époque de son retour. L'amour vient y chercher des i. 13

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espérances , la douleur des consolations. De nombreux équipages , rangés eu file devant la porte extérieure, attestent le rang des curieux. Qu'on ne s'étonne point de cette crédulité chez des personnes que leur éducation semblerait devoir mettre à l'abri d'une pareille faiblessse. Âristote lui-même a considéré la chiromancie comme une science positive, et beaucoup de gens se font un honneur de penser comme Aristote.

J'avais entendu plusieurs fois citer avec éloge , les oracles de la moderne pithonisse. Quelques femmes que le désœuvrement avait conduites chez elle , m'avaient parlé avantageusement de la vivacité de son esprit, de la délicatesse de ses questions , et sur-tout de sa promptitude à deviner ce qu'on n*osait pas lui dire. Des hommes m'avaient vanté ta douceur de ses traits , la noblesse et l'élégance de ses manières -, les femmes convenaient qu'elle n'était *pas mal-, les hommes assuraient qu'elle était fort bien. Ces diverses louanges ne pouvaient que piquer ma curiosité : résolu de savoir à quoi m'en tenir sur le mérite et la beauté de ce nouveau personnage célèbre, j« m'achemiuai vers sa demeure.

Huit heures venaient de sonner , un silence :ofond régnait encore dans tout l'hôtel lorsne je m'y présentai; après avoir décliné le totif de ma visite , on -m'introduisit dans un etit salon meublé avec beaucoup de simlicité : rien cependant n'y révélait la prorssion de la maîtresse, qui parut au bout 'un quart d'heure. C'était ime jeune femme .'environ vingt-six ans; grande, bien faite, 'exprimant avec grâce et cherchant adroiteaent à captiver l'attention par l'agrément et la ariété de sa conversation : il y avait quelque bose.de matin dans son regard, et de sardotique dans son sourire; elle plaisantait gainent sur les inconvéniens de son art, dont «pendant elle chercha à me prouver l'exeelence : je crus m 'apercevoir qu'elle n'était pas rien persuadée elle-même de ce dont elle roulait ""me convaincre, et je parierais que de :outes les personnes qui viennent chez elle, aotre. jeune sibylle est celle qui croit le moins i l'infaillibilité des oracles.

Mon entretien lui avait plu; j'avais trouvé le secret de l'intéresser en lui parlant des auteurs qui devaient lui .être familiers, telè

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