‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ] (volume 2)Chapitre 47 sur 60 · CA SIBYLLE · texte numérisé non relu

CA SIBYLLE

que Savonarole, Àvicenne, Biaise de Parme , Chalchindus, Polémon, le père Niquet, etc.

Après avoir causé avec moi quelques instans, elle monta sur le trépied sacré : déjà ses Tapeurs prophétiques commençaient à émouvoir les fibres souples et délicates de son cerveau, lorsqu'une ma jn légère frappa trois petits coups it la porte de l'appartement où nous étions , en prononçant d'une voix émue ces mots : ouvrez, c'est moi.... Ma jolie prophétesse fit un mouvement qu'elle réprima aussitôt; j'aperçus son embarras. qu'elle .s'efforçait vainement de me dissimuler. J'eus pitié de l'état où je la voyais, ] j'offris de le faire cesser en m'éloignant à l'instant même. Elle s'y opposa. Vous avez l'air d'un galant homme, me dit-elle en souriant. Je me nommai. J'en étais sûre , ajoutat-elle; puis en baissant la voix : passez dans ce Cabinet pour quelques momens ; la personne qui vient de frapper est une jeune dame de J mes amies, à laquelle j'ai promis de rendre un grand service -, je ne puis me dispenser de la recevoir, mais sitôt que je me serai acquittée de ma parole envers elle , je reviendrai vous délivrer. Elle me poussa doucement vers le

PARISIENNE. aÔQ

cabinet , ferma la porte sur moi et prit la clé de crainte d'accident. Je me consolai de ma captivité en apercevant un petit œil de bœuf qui donnait sur le salon que je quittais, et qui me permettait de tout voir. J'en fis usage à l'instant même.

, La dame qui venait d'entrer était plus jeune, plus jolie que l'aimable sibylle. Sa figure portait l'empreinte de l'innocence, de la candeur. Enfin, dit -elle en riant, j'ai réussi. Madame de Bussac, après avoir jeté dans l'âme de mon mari quelques soupçons qui ont allumé sa jalousie, a fini par le déterminer à venir vous consulter; dans un instant vous le verrez paraître-, n'oubliez pas nos conventions. Le bruit d'une sonnette mit fin à la conversation. La jeune femme candide disparut, et son amie se disposa à recevoir M. de S. -Julien.

11 entre , promené ses regards avec défiance autour de lui , et pour mieux juger du talent le la magicienne dont il vient invoquer la puissance, il déclare que son art seul doit lui évéler tout ce qu'il se dispense de lui apprendre. En doutez* vous , Monsieur, dit d'un lir piqué la majestueuse sibylle-, donnez -vous

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la peine de tous asseoir et daignez nTécouten Il prit place.... Elle se recueillit un moment f disposa ses cartes sur la table , et il s'établit entr'eux le dialogue suivant : Vous êtes marié, Moirtieur.... vous êtes depuk sei*e à dix-sept mois l'époux d'une femme charmante qui n'a pas encore la moitié de votre âge. — Quoi,.

Madame ? — Qui vous a donné de sa ten* dresse toutes les preuves imaginables, etqôe cependant vous soupçonnez. — J'avoue...— Dame de carreau.... ces conseils-là vous ont été donnés par une amie de votre épouse. — J'en conviens» — Sept de pique*., elle a poussé l'effronterie jusqu'à vous forcer de vous présenter chez moi. — C'est étonnant £ — Elle relève les cartes , les bat , les présente à M. de Saint-Julien qui coupe en tremblant , et elle continue avec un sérieux que rien ne saurait troubler. Votre épouse est sage. — Vous croyez? -— Je l'affirme ; mais elfe se plaint de vous. -*- De moi? — Vos soupçons l'affligent. — Elle les ignore. — Elle les a devinés : vous recevez éhez vous un homme très-dangereux. — Et c'est? — Le roi de trhfte, Monsieur. — Je ne le connais pas > Madame. — Un homme brun*

de trente-six ans. — C'est mon meilleur ami.

— ■> 11 cherche à être celui de votre femme. -— En récité;? -r Depuis tre»$ nurô il. la conjure inutilement d'accepter une parure en diamant qu'il dait que vous lui ave* refusée. — C'est vrai. —Mais elfe le repousse avec diguité : c'est de vous seul quelle veut tenir tout ce qui peut ajoutera ses attraits. -—Pauvre femme!... Et nôtre sibylle qui vient de relever les cartes, en forme trois nouveaux paquets qu'elle explique ainsi à l'époux rassuré : Voua rougissez des soupçons que vous avez conçus. ■ — Puisque vous me certifiez la sagesse de ma femme. — Elle ne songe qu'à vous ; et, dans ce moment même, elle n'est occupée que de votre bonheur. Mais y que vois-je I Huit de trèfle et neuf de cœur /.... — Serait-ce une mauvaise Nouvelle? — Au contraire \ vous vous disposez à faire un cadeau à Madame. — Moi 1 — La parure en brillans. — Ah ! je vous assure........

— Afin que , n'ayant pins de souhaits à focmer, elle n'ait plus de tentations à craindre*

— Mais, Madame... — Votre épouse l'accepte avec reconnaissance. — Celte parure-là est fort chère» — Elle s'en parera avec orgueil»

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— Si elle était fausse , encore passé ; maïs 1 0,000 f. I — ■ Eh ! Monsieur, peut - on trop payer la vertu d'une femme qui nous adore ?

— Ma femme m'adore] — Huit de cœur à as de pique... madame de Saint- Julien n'a jamais adoré que vous. À ce nom, qui prouve l'étendue de la science de notre jeune magicienne, M. de Saint-Julien se lève transporté , il jette précipitamment sur la table une bourse assez ronde qu'on ramasse avec indifférence , et court chez le bijoutier faire l'emplette de l'heureux talisman qui va ramener la paix dans son ménage. Ce jour-là , le bonheur avait résolu de le poursuivre ; le marchand , dans un accès de bonne humeur, lui fit une remise considérable \ et la vertu de Madame , lui coûta beaucoup moins qu'il ne l'avait cru.

Dès que son mari fut dehors) ttLàdamc?

de Saint-Julien sortit de sa cachette et vint sauter au cou de sa véritable amie , à laquelle elle ne cessa de prodiguer les plus tendres remercîmens. On se sépara sur-le-champ*, il fallait bien que la jeune femme se trouvât chez elle pour recevoir l'époux et les diamans.

La sibylle me délivra, et prévint de ma

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