LES VOYAGES D'UN SENATEUR
Ettw blesiJ ù he who Uadt a conntry IJe Vnvex'd with anxioru vares andvoiâ ofttrifei
(DSIDEN.)
Jtt bonheur d« «e trouve que dans une via champêtre , exempte de trouble et de soucii rongeurs.
Heu&exjx rhoiume qui peut regarder ea arrière , sans être forcé de baisser les yeux , et qui se rappelle toutes les actions de sa vie sans être obligé de rougir d'aucune! Dans quelque circonstance que le destin Tait placé , soit que le hasard Tait comblé des dons de la fortune^ ou qu'une main invisible l'accable de malheurs, il jouit partout de la paix que donne une cons« cience pure , et se rit également des clameurt de l'envie et des injures de la pitié.
Un des sénateurs oubliés dans la création des pains de France^ M. le comte 0... parlait; il j a
6o £KS TOtAGES
quelques jours ^ du d^sir qu'il avait de faire une tournée dans les departèmens. Ce législateur à la suite f dont l'existence est assurée depuis qu^il a perdu une place dont il conserve les appointemens , a résolu de dépenser une partie de ses revenus eu frais de route. Il est Lien aise de connaître un peu par lui-même ce bon peuple^ qu'il a par hasard aidé à gouverner pendant vingt-cinq ans ^ et qui ne peut manquer de lui en témoigner toute sa reconnaissance; mais pour échapper aux acclamations publiques y aux transports d'enthousiasme , il a Tintcntion de voyager sans suite y sans équipage et sans gardes; il veut que son passage ne co&te aucun regret ^ que sa présence n'excite aucune plainte ^ que son séjour ne fasse couler aucune
larme Les sénateurs n^ont pas toujour»
voyagé à si bon marché ! et cependant il fiit un temps 011 chaque département voulait avoir au moins un de ces Messieurs *, nos provinciaux demandaient alors des sénateurs , comme lea libraires d'autrefois demandaient des Saint* Evremoni et des Lettres personnes.
Bien décidé à quitter pour quelques mois le séjour de la capitale ; M. le comte ^e consultait
B^ÙN SÉKATEtJft. 6t
afin âe savoir de quel c6të il dirigerait ses pasii^ Sa conduite a toujours été la même; les motifs qui l'ont fait agir ont toujours été pur»^ et aucuns des gouvernemens qui se sont succédés en France y n'ayant eu à se plaindre de lui f M. le comte peut se présenter partout^ et choi-' sir indistinctement parmi les bonnes villes du royaume, celle qui lui paraîtra mériter davan^ tage l'honneur de le posséder.
Si )é ne me trompe , se disait-il à lui-mémef en estropiant le vers de Tancrède : aux cœursi bien nés^ la patrie est toujours chère , etjje ni«r rappelle en ce moment qu'il y a long-'temps que je ne pensais plus à la mienne; mais puis-* que me voilà forcé d'être libre y je profiterai de cette occasion pour faire un petit voyage dans mon pays. Que de sou?enirs j'y recueille-' raî f que de plaisirs j'y goiherai en retrouvant les vieux amis de mon enfance; et dans les= transports de sa joie y M. le comte sonne se^ laquais y leur ordonne de faire ses malles y de préparer sa chaise de poste et de seller ses chevaux. Déjà son imagination le transporte au milieu de ses compagnons de collège : sou amour-propre jouit de leur surprise ^ s'aiauft«
&I UEs y or Jlù%^ ..
de leur etnbiutiras , sourit avec complaisance à tous ]eurs ëloges ; les diners^ les bals , les cou* certs se succèdent avec une rapidité effrayante : il ne peut suffire à toutes les invitations qu'on lui adresse^ aux fêtes dont il est l'objet*, il est VAêsasië d'encens^ fatigué d'hommages... Une seule difficulté Tarr^te : ses amis le reconnattront'ils ? depuis si long-temps il a perdu rha« bitude de les voir ! Quelques-uns^ pendant les voyages qu'ils ont faits dans la capitale^ se sont présentés chez Tex-sénateur qui , bien mal* gré lui y n'a jamais eu le temps de les recevoir..
Si^ à leur tour, ils allaient être occupés! si M. le comte était renié par ses amis de Bordeaux^ sous le vain prétexte qu'il leur a fermé
sa porte à Paris M. le comte frémit en peu-
sant à la possibilité de cette conduite ; il sait par expérience que l'ingratitude n'est point un de ces vices dont le siècle présent se mojitre par trop avare *, aussi ne voulant point exposer ses amis à rougir devant lui , il renonce sans regret à la douceur de les embrasser^ et dit un ^dieu étemel aux rives de la Garonne.
Ce pays , quoique fort agréable ^ n'est pas le seul que Vmi puisse visiter avec plaisir^ et
lé eomiè a hi^t^M jeté les yeux «ur une autre tiède la FranOe. Lyon appelle son attention : dernier boulevard de la monarchie , cetta e tour à tour célèbre par sa richesse et ses Ibeurs y son commerce et ses principes ^ son ^ouement et ses manufactures; cette ville ^ i renferme dans son sein des édifices nom* rûXy des hommes instruits et des femmes irmantes , lui parait un séjour délicieux et itiÀe de lui faire oublier Paris. C'est donc à on où M* le comte ira passer ses vacances...* pendant il a une idée confuse d'avoir déjà ité Faneienne capitale des Gaules ; en l'an III IV il fut ^ à ce qu'il croit se rappeler, chargé certaine mission contre la ville rebelle y et 3i€[u'à cette époque il ait adouci^ autant il était en son pouvoir les ordres rigoureux it il était porteur , il craint que son ancien 9ur n'hait laissé dans la mémoire des habits une de ces impressions fâcheuses qu'on a n delà peine à détruire. M. le comte souffre secret de cette injustice ; mais comme il ne it faire qu'un voyage d'agrément, il aban-^ nne sur-le-champ la route de Ly<»i poui mdre oelle de Strasboui^»
^ LES TOTAGRS
La famille de notre sénateur a toujours ha^ bité le nord de la France, où sa misère et sa pi*pbité sont depuis long-temps passées en proverbe; le hasard n'a fait d'exceptioq qu'en fa-> Teur de M. le comte qui ^ je l'avoue, s'est tour jours montré digne de cette honorable distinC'^ tion. Forcé de renoocer à ses amis, il veut an moins visiter ses parens^ dont sa présenct comblera tous les vœux : ces pauvres gens seront si charmés de le revoir riche ! car enfin il est garçon et ils sont ses héritiers ! Avec quel res* pectils accueilleront un parent dont la conduite les couvre de gloire ! un homme qui s'est constamment distingué par un attachement invariable aux différens principes qui ont gouverné son pays , et dont le nom se trouve lié à toutes les époques mémorables qui ont signalé nos
diverses révolutions Cette fois son parti est
pris; rien ne peut l'arrêter : M. le comte part irrévocablement pour Strasbourg.... ; mais i l'instantoàil achève de prendre cette résolution, notre ex-sénateur se rappelle involontairement que, depuis vingt-cinq ans, il a beaucoup né* gligé cette famille , qui , du reste , lui a toujours été chère. £o jr réfl^cbissanit bicoi^il penM
d'un sénateur.. G5
^'il a même à se plaindre de Texigeance de quelques-uns de ses parens ^ qui le tourmentaient pour obtenir de petites places qui certainement ne valaient pas la peine qu'un sénateur compromit son crédit pour les obtenir..M. ^
D'ailleurs il s'était fait une loi de n'apostiller aucune pétition j ni d'intercéder pour qui que ce fùt^ et la justice dont il fait profession exigeait de lui qu'il n'exceptât pas sa famille de cette mesure générale. Peut-être a-t-il poussé un peu loin cette sévérité de principes ; peutêtre n'a-t-il pas mis dans ses refus cette honnêteté qui console et désarme ceux même qu'on afSige \ qui sait même si sa famille ne lui fera pas un crime de ce qu il appelle une vertu ? Hélas ! dit M. le comte en secouant la tête ^ ces gens-là ne se doutent guère de ce qu'ils me doivent. Ils ignorent que je me suis toujours intérieurement intéressé à leur bonheur^ et ne croiront jamais que je n'ai cessé de former des vœux pour leur prospérité. Je ne le vois que trop : je suis destiné à faire des ingrats ; mais du moins on ne me forcera pas au désagrément . de les voir; et, puisque ma famille ne rend pas justice à mes intentions , |e romps tout coni«
06 lËS YOTAGSS
liierce avec elle, ou, pour mieux dire, je ne changerai point de conduite avec mes parens.
Cependant , parce que je ne puis aller i\^ à Bordeaux , ni à Lyon , ni à Strasbourg , ce n'est pas une raison pour rester à Paris. Consultons lin peu notre carte , et voyons enfin s'il n'y a pas en France quelque ville où je puisse me montrer avec assurance.
Je ne retournerai point à Rennes : la ville est dësagrëable , et puis on s'y souvient peutêtre encore de certaine proclamation qui m'est ; échappée à une époque que tout le monde devrait bien oublier.
On me reverrait avec plaisir à Tours , sans cette dernière levée en masse que j'y ai organisée avec une activité qui vraiment me faisait beaucoup d'honneur.
A Orléans, je me rappelle la querelle que me valut mon opinion en faveur de la république ; à Brest , la dispute que me suscita mon discours en faveur du rétablissement de la monarchie Je ne sais comment cela s'est fait,
mais cette place de sénateur m'a brouillé avec tout le monde. Les uns me confondaient avec oemx qui n'avaient pas de caractère , les autres
le raQ^«a»<riit dans la clas&e de cfux qui ea langememC à tout momeDit. C'est Tesprit de >î^ qui lUMM a .j^dtts. Le fait est que , lor8<iie nous iétKon» réunis y uaus étions très-faibles^ ; que cependant nous étions très-forts en par^ culier. Il fallait nous entendre crier tout bas )ntre la tyrannie I nous déchaîner en secret )ntre les projets d'agrandissement , d'«baisselent , d'envahissement de l'empereur ! il n'y pas eu une sejilé ^syre adeptée à Tunanilité par le sfyuf^ q/aà-tnoxi^ W^gtans tous déipprouvée < ûi£Vi(h&elleàie&t. Mc^méme je le suis smrpris souvent avec l'intention de &rler contre ^ et cepéfDdtfnt j'opîaais pour. J'ai té tenté j^uâijgiiii^ foôi de /^sser une boule oire à run^M^sçi-ttfins^weret» : je ne sais omment cela se faisait^ cette boule-là me restait )UJours dans la main. Je crois , en vérité , que empereur avait fait faire à l'urne une ouverire assez petite pour laisser passer les boules lanches et rejeter les boules noires y qui , dans ) fait^ étaient ^ à ce qu'on m'a dit, un peu plus rosses que les autres.
Désolé des contrariétés qu'il éprouvait , I. le comte jeta un nouveau coup d'œil sur la
€8 IBS YOTiftES d'un SiNATEUR.
carte. Âpres avoir parcouru tous les chemins^ abordé toutes les villes, il fit appeler ses gens et leur ordonna de défaire les malle& , de de-* teler ses cbevauz^ et de remiser sa chaise de poste.
HISTOIRI DE FAifFAN* Çj
NO. viii. — 17 ^Orf^ 1 8 1 6.