‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 13 sur 42 · ISTOIRE DE FANFAN · texte numérisé non relu

ISTOIRE DE FANFAN

Vraiment voua m'aves donné là , uu© plaisante éducation

(VOX.TAIR£.) .

Dialogue eture un Conseiller et ua ex'Jésuite»

LNs le temps où la Modestie avait ua le à Pézénas ^ et la Vëritë un pied-à-terre [idebec ; ou^ pour mieux dire, en je ne pielle année, vivait aux environs de Cbârault une jeune et jolie personne ; nonuuée \ Jourdain.

^^^..Rose était ûUe dun honnête habitant oitou; elle avait dès son jeune âge montré lispositions sérieuses pour les talens fri-; \, et ses parens avaient résolu de sacrifier ste de leur fortune pour faire donner à fille unique une éducation brillante. Dans mps-là les maîtres les moins utiles étaient

yo HISTOIR*

les plus chers ; les professeurs de danse allaient en carrosse; les maîtres de musique avaient des maisons de campagne où ils donnaient des concerts italiens. Les maîtres de langue^ d'histoire^ de géographie, allaient à pied; mais les professeurs de danse et de nmsique les invitaient quelquefois à venir passer un jour oa deux à leurs châteaux ; ce qui ëtait un grand dédommagement à leur mauvaise fortune.

M^^*. Rose fit des progrès merveilleux j en moins de deux ans et demi , elle sut chanter , danser et toucher du piano. Pour comble de honheur , on avait eu l'adresse de trouver l'occasion de lui apprendre à lire en lui enseignant à chanter; c'était une grande économie : à dGrc d'experts , l'éducation de M^«. Jourdaî» s'était faite à très-bon marché; M. son père en' avait été quitte pour se défaire dune vieille métairie qui lui rapportait mille écus par anr. Soit fermier i ui la générosité d'en offrir 12,000 francs comptant; c'était 2,000 fr. de plus qu'un anri n'avait osé risquer. M. Jourdain les accepta avec plaisir. Les maîtres Soldés , il restsi encore au bon- homme une centaine d'écus^ sur lesquels il n'avait pas compté. lï n'était bmft

is tous les enviroBS de Cbâtellerault^ à Plu^ rtîn, à Monloiron, à ArchigQy, que des ms de M^^®. Rose Jourdâiu : elle était de Lies les fêtes ; elle chantait dans un endroit , i dansait dans un autre , et toujours avec le s grand succès. Cependant le temps s'écoula M^^". Rose avait déjà vingt ans, et perme n'avait demandé sa main : il j a quelefois du danger à paraître trop aimable , et ;alent a aussi ses désavantages.

Enfin un M. Dulac se proposa. Ce n'était [ut un jeuiie homme ; il avait cinquante ans , »a figure ne volait pas six mois à son extrait baptême. Mais M. Dulac passait pour être s-riche ; il avait été long-temps procureur.

Le mariage se fit très - promptemenl. Ce- : le seul homme qni se fut proposé pour ^. Rose , et M. Jourdain n'avait garde de aisser échapper. Dès que sa fille fut mariée , lucoup de gens le blâmèrent du choix qu'il it fisiit pour elle ; il j en eut même qui lui nt entrevoir qu'ils avaient secrètement isé à se mettre sur les rangs* M. Jourdain r fit observer qu'il n'avait pu deviner leur lêée ^ il» ea coATinreot ^ec lui p et ue «eft«.

sèrent de répéter partout que M. Jourj avait sacrifié sa fille.

Les jeunes filles de la société de M^^«. JTo dain furent enchantées de son mariage ; e ne tarirent point sur l'éloge des bijoux y parures , des diamans de la nouvelle mari elles la félicitèrent de la liberté dont elle al' fouir^ de la vie heureuse qu'elle allait men on lui parla de sa maison de campagne, de i château y de ses revenus \ on oublia de pai de M. Dulac.

La noce dura huit jours. On n'en avait ;

mais vu dépareille dans le Poitou; toutes sori

de personnes furent invitées. On se moni

fort indulgent pour les mœurs ; mais on exig

que les invites sussent danser; c'était bien

moins. Le Pannard de la province fit m

ronde charmante sur un air ancien que pe:

sonne ne savait ; mais un des convives ajani

au moyen d'une petite suppression de tro

vers par couplet y trouvée le secret d'applique

à la ronde un air 4e sa composition , elle fv

chantée au milieu des plus vifs applaudisse

mens. Un juge y ami des deux familles ^ fit m

petit discours y dans lequel il respecta k

DE FAKFAN. jS

mœurs de son siècle et les femmes de son temps i II ne leur fit point un crime de leur âégance^ et vantltlc cachemire de la mariée... C'était un homme d'un sens droit , d'un esprit sage ^ . . • qui ne faisait pas les discours de sa compagnie.

A la grande satisfaction de M. Dulac ^ dès la première annëe de son mariage , sa femme lui donna un fils. L'enfant fut mis en nour^ rice; toutes les semaines^ on envoyait exactement savoir de ses nouvelles , par un dômes-* tique qui n'avait pas d'autre emploi dans la, maison.

Dans l'impatience oil était M. Dulac de re« voir son fils, on le fit revenir de nourrice à l'âge de cinq ans •, il était grand , fort Hit assez joli garçon. On eut toutes les peines du monde à lui faire comprendre que cette damé qu'il voyait pour la première fois , était sa mère , et il fallut se fâcher sérieusement pour lui faire appeler M. Dulac papa. Cependant les bonbons firent sur le cœur de l'enfant une révolution que les caresses n'avaient pu opérer; Fanfan devint, par gourmandise, un modèle de piété filiale,

Pendant que M. Dulac formait dés projets d'établissement un peu éloignés pour son fils, la fièvre le prit; sa femme fit Tenir ^ à grands frais y les plus célèbres médecins du pays. Ils arrivèrent en toute hâte ; pendant leur consultation , le malade mourut. Il avait exigé y par son testament^ qu'on lui fit des obsèques magnifiques y et recommandé de donner dix écus aux pauvres de sa paroisse.

M«c. Dulac , restée veuve et maîtresse d'une fortune considérable^ remercia la Providence ^ et fit enterrer son mari. Ce fut rafiaire de peu de jours. L'enterrement fut très-bien ordonné ; on compta jusqu'à vingt-trois voitures vides qui suivirent le convoi. M"*«. Dulac pleura sincèrement son mari. Il le méritait. Pendant les dou2e ans qu'ils avaient vécu ensemble^ M. Dulac n'avait cessé d'avoir pour elle les égards et les attentions les plus délicates : or ^ les égards et les attentions font les bonnes femmes et les bons ménages.

M°^®. Dulac passa la première année de son veuvage à la campagne ; elle s'y livrait sans ré^ serve à sa douleur y et surveillait avec beau* coup d'activité les cmbellissemens qu'elle faisait

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faire à son château. De temps en temps , quel^ cpies amis venaient la distraire : on faisait de la musicpie^ on donnait de petits bals^ on jouait à une foule de petits jeux innocens ; et ces jours-là^ M°*®. Dulac trouvait que la soirée passait bien vite.

. H y avait dix-huit mois que M™«. Dulac était veuve ; elle n'avait pas encore songé à quitter le deuil *, le noir lui allait si bieni Cet hommage à la mémoire d'un homnje qui avait fait la fortune de son épouse fit beaucoup d'honneur à la jeune veuve. On la cita comme un modèle de fidélité conjugale ; il courut même dans les salons de Chàtellerault une romance à cesujet : ony comparait M"*®. Dulac aux veuves de la côte du Malabar , qui se font enterrer toutes vives ou brûler à grand feu à la mort de leur mari. La comparaison pouvait ^ à la rigueur , paraître un peu forcée •, m^is l'air fit passer les paroles : la romance était chantante ^ et pendant huit jours elle fit fureur.

Fanfan grandissait. Il aimait beaucoup sa mère , et ne lui préférait que sa nourrice ^ qui veiiait le voir deux fois par em, ; soit tendresse , soit habitude , la bonne femme n'avait pu re*

noncer à l'appeler not'fieu. Fanfan ëtaît Tldole de' sa mère ; elle ne pouvait se séparer de lui un instant : aussi n'avait -elle jamais pu se résoudre à le mettre en pension. Fanfan était doux et caressant*, il avait une certaine vivacité qui lui inspirait des réparties charmantes :

toutes les personnes qui le voyaient faisaient l'éloge de son caractère , de son esprit , et reregrettaient beaucoup qu'il ne sût pas encore lire.

M°**. Dulac passait le temps fort agréablement. Maltresse de ses actions , elle résolut de ne pas se remarier , afin de se consacrer entièrement à l'éducation de Fanfan. On fit chercher des maîtres dans tout Ch4tellerault \ mais aucun d'eux ne convint à Madame. On se rabattit sur les Petites-Affiches -, on écrivit à droite, à gauche -, on fit venir de Poitiei s , de Tours , ville célèbre pour ses pruneaux , des professeurs renommés. Ce fut une peine inutile : ces messieurs-là ne possédaient qu'une partie des païens que M"*®. Dulac voulait donner à son fils. U faut tout dire ^ aussi : on avait fait entendre i M™*. Dulac , qu'elle ne devait rien né^ïgcr pour être bien servie. Elle le sentait, et avait

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iaitojBTrir vingt-cinq louis ^ la table et le logement j à l'homme qui réunirait toutes les qualités qu'elle désirait A ce prix-là^ on?y>eut être exigeante : six cents francs ! le cuisinier n'en avait pas davaniage.

Malgré les recherches et l'offre des vingtcinq louis ^ on ne trouva personne. Fanfan ^ r^uit à n'avoir que sa mère pour Institutrice^ était menacé de ne rien savoir, lorsque le ba-^ sard amena chez M"^^. Dulac quatre personnages d'Importance : c'étaient des sayans foil modestes , et des gens du monde très-înstrults '^ ils se firent un plaisir de lui offrir leurs services; elle les accepta avec reconnaissance. L'un était un professeur de musique , qui jouissait d'une grande célébrité et qui demandait des écoliers à tout le monde ) l'autre était un né«* gociant d'une réputation suspecte ^ mais d'une fortune brillante ; le troisième était un profes«seur d'histoire; le dernier, un peintre. Tous voulaient enseigner exclusivement à Fanfan ce qu'ils savaient ; mais M°^c. Dulac ^ qui désirait falve de sou fils un homme universel , ne voulut point de préférence; et^ après quelques discussions ^ on arrêta que Fanfan irait passer

alternatlyement trois mois chez chacun de ces messieurs. On tira au scMrt; il fut fiivorable à M. Dutflmps : c'était l'historien. Fanfan lui fut confié pour trois mois. Sa mère le vit partir avec beaucoup de regrets ; elle Tarrosa de ses larmes. Cependant elle oublia d'aller le voir la semaine suivante , ainsi qu'elle le lui avait promis : on n'est pas toujours maitre de sqî ! une femme dW certain rang est obligée ^ dans le monde ^ à des devoirs qui contrarient singulièrement la tendresse maternelle.

M. Dutemps n'eut qu'à se louer de Fanfan.

Il apprenait très-vite : en moins de deux mois) il sut que le pape Etienne II s'était fait porter sur des épaules humaines ; que l'empereur Henri V avait détrôné son père ; que Jean^ duc de Soi^be^ avait assassiné son oncle Albert I«^', que Venceslas, roi de Pologne, était mort de chagrin de la honte de son fils ; que Benoit VI avait été étranglé par le consul Crescence , et une foule d'autres choses aussi essentielles à savoir que faciles à retenir.

La tête pleine d'évènemens historiques^ de guerres ; d'assassinats , de conquêtes ^ de rëvo-

DE PANFAN. *jQ

lutions , Fanfan quitta l'histoire pour le com^^ merce. Les trois mois écoulés , M. Mondor le réclama. Dès le lendemain , il fallut oublier le peu ({ti'il avait appris *, Barème remplaça Quintc- Curce : il ne fut plus question des victoires d'Alexandre et des revers d' A nnibal^ mais bien de la hausse et de la baisse des effets publics ; du change sur Hambourg , Cadix , Bordeaux , Anvers, etc. -, de la tenue des livres en partie simple , en partie double y etc. Fanfan commençait à écrire passablement une lettre de commerce ; il calculait assez bien^ et connaissait déjà l'addition , la soustraction ^ la multiplication ; on parlait même de le mettre à la division; lorsque Ton vit arriver chez M. Mondor un artiste qui venait faire aussi valoir ses droits et réclamer son tour. Cétait notre musicien. Fanfan le suivit avec répugnance. La maison du négociant avait beaucoup de charmes pour lui : on y vivait bien , on s*y divertissait souvent ; on y donnait des soirées charmantes ; l'air un peu sec de M. Mandolini n'annonçait , au contraire ^ rien de fort gai à Fanfan , qui aurait préféré retourner à la maison paternelle.

So HISTOIRE

Mais M°^^. Didac s'ëtait accoutumée a ne plus voir sou fils *, et d*ailleurs il ëtait décidé que réducation de Fanfau serait complète.

Maudolini était un musicien fanaticpie ; ne Toyant^ ne connaissant rien au monde au-dessus de la musique , dédaignant tout le reste ^ et ne souffrant point qu'on osât assimiler l'art qu'il professait aux beaux-arts qu'il ne professait pas. Fanfan fut obligé de se taire sur tout ce qu'on avait déjà essayé de lui apprendre , et de laisser de c6té l'histoire et la banque. Pen* dant les trois mois qu'il passa chez Mandolini^^ il apprit à connaître les tons, les déminions ,. les soupirs , les noires , les blanches , les croches.^ et tout ce qui fait partie des éléments de h musique. Â peine ayait-il appris à connaître .ses notes ; et à racler sur le violon l'ét^me! refrain : jdh I vous dirai - je maman ^ que "'- M. Dupinceau vint l'enlever aux douceurs de .rhtbrmonie.

Ce pauvre Fanfan fut encore forcé de commencer de nouvelles études , et trois mois ne le rendirent pas très-savant en peinture. Au bout de l'finnée , il retourna chez M. Du temps >

SK risris. gi

ef aîasî de suite. Â treize ans, Fanfan était aa petit igaoranl -, « dtK-huit , il n'avait fait que graodir ; il Bavait un peu de tout , eV SEi> Tait toat mal.

Le TDOude est plein de jeunes savans qui ont fait leurs études .de la Même manière.

8ilL lES- PROMESSES ;

TH^.\x. — 25 Féi^rier i8i5.

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