QUELQUES PORTRAITS
A gem dlioiiBevt pronema Tant «ermeiit.
• ■ (YOl^TAIRH.) ^
Les promesses sont une espèce de monnaie courante qu'on dépense avec d'autant plus de facilité; qu'on est certain de ne jamais altérer son capital , et que la plus légère mise dehors TOUS rentre souvent avec de gros intérêts.
La bonne foi ne préside pas toujours aux promesses, car elles sont autant l'effet d'un pre-. mier mouvement ; que le fruit de la réflexion et le résultat 4'un calcul. Combien de g^s promettent ce qu'ils n'ont pas ! Combien d'au-
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ires promettent ce qu'ils ne sont pas dans rin"tention de tenir ! ^
Un courtisan you^ promet les bons effets d'un crédit qu'A ne possède pas encore ; un solliciteur vous promet une reconnaissance éternelle , dont il se débarrassera en obtenant ce qu'il désire. Ceux qui approchent le souverain lui promettent la vérité^ aucun n'a le courage de la lui dire , ou l'adresse de la lui faire deviner;
Plus je contemple ce qui se passe autour da moi y plus je suis convaincu que Ton ne peut ajouter foi aux promesses : tantôt prodiguées par l'orgueil , tantôt arrachées par l'importunité^ elles n'engagent point celui qui les donne ^ quoiqu'elles trompent souvent celui qui les reçoit. L'homme est si naturellement enclin à se bercer d'idées agréables , s^ vanité est si facile à intéresser, <iue, dupe ^e ^ngt promesses inutiles y il se laisse encore prendre à l'app/it grossier d'une promesse nouvelle : tant il e^t vrai que les leçons de l'expérience sont presque toujours perdues pour nous ^ et que lorsque les passions parlent^ elles font taire la voix de la sagesse et les conseils de la raison !
t^4 us #ftOMSSSES i
11 j a des gens qui font métier de demander; îl 'y a des gens qui font métier de promettre. Voyez Cléon ; depuis vingt ans c'est l'homme de France le plus' occupé : il assiège chaque jour les ministères , les administrations^ les tribunaux; on le rencontre dans toutes les an tir chambres y quelquefois même dans les salons.
11 tke s^est pas créé une seule place qu'il ne l'ait * sollicitée ; il dépense son revenu en placets et en visites. Parlez-lui d'une ambassade^ il Ta demandée ; d^une préfecture , il la demande ; d'ub ministère ^ il le demandera. Il a des servMJes de cMé pour chaque emploi : il est financier ^^ dijjomate^ militaire^ jurisconsulte et législateur^ suivant l'occasion. Quoiqu'il soit propre à tout , il n'est encore parvenu à rien r aussi regarde-t-il comme une injustice criante ta conduite des gouvernemens à *son égard ;:
bien qua Tenfendre^ il ail refusé toufes les places qu'il n'a pas obtenues.
Tant qu'il sollicite^ Cléon ne se ressent point de ses infirmités ; sa goutte et son âgedisparaissent : Pespérance est son médecin, et 'Ce médecin-là en a guéri bien d'autres. 11 va; vient, presse ;, conjure ;. tourmente avec lar-
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deur d'un jeune homme. Il compte au nombre de ses droits les refus qu'il a essuyés , et qu'il attribue tour à tour à Tlnjustice d'uh ministre^ aux instances d'une jolie femme^ et à la jalousie de ses concurrens... Tant qu'il a de l'espoir, sa santë se soutient \ dès qu'il n'a plus d'espérance; sa goutte reparait ; au premier indice de la nomination de son compétiteur, Cléon garde la chambre ; à la certitude des succès de son rival , Cléon se met au lit, et il n'en soft qu'en apprenant de nouveau la disgrâce d'un ministre , le rappel d'un préfet , ou la mort d'un ambassadeur. Il est rare que Cléon soit long-temps alité.
Si vous écoutez Durval , il est bien vu à la eotir ; les princes l'accueillent et le consultent ; les grands seigneurs l'admettent dans leur intimité ; il ne tombe pas un petit bonheur sur sa famille ou sur ses amis , qu'il ne l'art poussé. Se targuant d'un crédit imaginaire, il met à quêter des protégés la même ardeur qu'un autre emploierait à chercher des protecteurs. Il ne voit pas un homme deux fois de suite satis lui oflrir ses services , sans le poursuivre de sou indiscrète p.oteetion. 11 a des créatvr^
86 LES promesses;
dans toutes les administrations^ et tou$ les hommes en place sont ses amis; il connaît leurs sociétés ^ leurs goûts ^ leurs habitudes. Mais^ quoiqu'il dispose à son gré de leurs faveurs ; quoiqu'il offre à tout le monde ses bons offices, il n'a encore pu obliger personne. Cela n'etnpéche pas qu'il ne se présente chez celles de ses connaissances que le hasard a favorisées , et qu'il ne fasse sonner bien haut la part qu'il a prise à leur élévation. * Il n'en est pas de même de Gerseuil : c'est un homme réellement puissant , son crédit est immense , sa fortune est considérable -, mais il ne prodigue ni l'un ni l'antre. S'il ne va poÎQt au-devant de vos désirs , il ne se refuse point à se charger de vos intérêts *, mais y tout en convenant de la justice de vos droits et de la . bonté de votre cause , il ne s'en charge que pour vous nuire ^ et ne vous prête la main que pour assurer votre chute*: il calcule^ assez raisonnablement y que moins il obtiendra pour les autres , plus il obtiendra pour lui-même ; et il ne vous promet son appui , que pour vous priver de celui que vous pourriez obtenir ail* lejjfs. On ne dessert pas les gens avec plus
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ailiabflité ; on ne les perd pas avec plus } grâces qu'il ne le fait ; on ne vous annonce is un refus avec plus de délicatesse. II est im- >ssible d'en vouloir à un homme qui vous acible d'éloges *^ et personne n'oserait soupçon- 3r la perfidie d'un ami qui crie à l'injustice us haut que vous y et que vous êtes obligé appaiser ^ dans la crainte qu'il ne se comproette pour vous défendre.
Les promesses que l'on se fait à soi-même it souvent le sort de celles que l'on fait aux itres. Berville avait juré que ni les dignités [ les richesses ne parviendraient à corrompre m caractère , à faire broncher sa justice ; cette romesse y fortement énoncée y répétée avec iccent de la franchise et de la sii^cérité y en :>nnant une haute opinion des sentimens de erville y lui avait ouvert le chemin de la forme et préparé celui des honneurs. A chaque is qu'il faisait y il répétait son serment ^ mais 1 éprouvant de plus en plus la difficulté de le nir. Cette difficulté s'accrut de jour en jour y ientôt elle devint insurmontable : Berville lia son caractère aux circonstances^ vendit m indépendance ; afferma sa justice y et fut le
S8 I£S PEOMËSSES'y
premier à proclaniet ee qu'il appelait sa dHérence aax tnœnrs du siècle*
A chaque ëpoqué de la vie, nous chaugconfr de manière de voir^ de façon dépenser. Jeunes, nous avons juté de no vivre que pour Tobjet de notre premier choix ^ et ce serment ^ l'uit des plus sincères qui s'échappent de noire * cœur , s^efface bientôt de notre mémoite. Plus vieux f nous offrons à l'ambition Thommage que nous avions offert à l'amour : parvenir et briller deviennent alors l'objet et le I^ut de toutes nos actions. Ainsi chaque âge no«8 apporte de nouvelles illusions, nous berce de nouvelles espérances qui se détruisent successivement , mais qui , pendant leur durée, nout^ arrachent des veeux, des promesseB».. qu'en se hâte bientôt d'oublier, dans la crainte d'être obligé de les tenil-.
Qui de nous est assez t^ de luî^ttéfne poui?
affirmer qu'il n'a jamais manqua à 1» parole qu'il adonnée, à la promesse ^l'il a faite?
qui de nous assurera qu'il n'a jamais cherché, dans une circonstance imprévue , le prétexte ïiécessaire pour se dégager d'une promesse inconséquente? Certes^ je sixis loin de m'cêffiri»
ou QUELQUES PORTHilTS. 8^
exemple , et j'ea «onviens francbement ; , telle est ma conËance dans la fragilité spèce humaine ; telle est ta certitude que ! )a faiblesse de mes semblables; telle est
i'expérieuce que j'ai acquise, que je r^rai à mes censeurs ces paroles qui trouleur place partout : Que celui d'entre
fjui n'a pus Jailli, me jette la premier»