‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 16 sur 42 · IX : Que je suis heureux dette phre · texte numérisé non relu

IX : Que je suis heureux dette phre

l'il nous aperçut, il courut à nous, et emanda l'adresse d'une sage-femme. Oe- !ux heures il était sorti de chez lui pour eu er une ; mais . dans l'excès de son ravist , il arrêtait toHS les amis qu'il renconpour leur faire part de son bonheur. Par ces coups 8u sort que la Providence a I si communs dans la capitale , il se trouire au bout de huit mois de mariage ! Ce homme pleurait en songeant aux souf- 5 qu'il causait à sa femme *, il riait enn pensant aux caresses dont il allait être . A la fin de chaque récit, il entrait au it*, et là, dans l'effusion de sa joie, et 1 buvant à la santé de la mère et de l'enle malheureux oubliait le danger de deux qui pouvaient payer de leur vie le plu»

retard dans les secours qu'ils invoquaient.

3 nos chasseurs le prit gaiment sous le et le conduisit chez une de ses cousines^ imme très - experte , qui demeurait au e la rue Montmorency, . . Et qu'on dise enant que les patrouilles tie sont bonnes ! LeKoi va devoir à celle-ci un sujet

^ . VKB HtJÏT D£ PABIS,

fidèle quf , sans cette rencontre , courait lei risques de mourir avant d'avoir vëcu.

 peine ces messieurs nous avaient-ils quit tés^ que nous vimes sortir de la rue de Braqiu un groune de musiciens qui venaient de donne: une sérénade à leur nouveau commandant, i travers les mots qu'ils laissaient échapper^ j( crus distinguer des reproches sur la manier dont on les avait accueillis : rofScier supérieti s'était contenté de les recevoir à la fenêtre, e n'avait répondu au concert dont il était l'objet, que par un remercîment très- sec. Je vis Tinstant oii nos musiciens allaient retourner sni leurs pas ^ et consacrer leur nuit entière à troubler celle du commandant.

Nous continuâmes notre route jusqu'à h rue Bar-du-Bec , oii le hasard nous rendit témoins d'une querelle singulière. Deux filoai, qui projetaient une expédition nocturne, se disputaient la gloire de l'initiative ; chacnn d'eux , en faisant l'énumération de ses actions d'éclat, cherchait à légitimer ses droits à 1a priorité. La chaleur avec laquelle ils plaidaient leur cause , les* empêcha de nous apercevoir. Nous arrivâmes au moment oîi le boxage allait

OV MOH TOVn DE GAllDE. 97

'décider la question. Institués pour le maintien de Tordre et de la tranquillité^ nous les mimes d'accord sur-le^hamp; et en priant ces messieurs de nous suivre^ nous consignâmes leur courage au corps-de-garde de rhôtel-de-yiUe.

De là nous poursuivîmes notre chemin. Arrivés au milieu du quai deCévres ^ nous remar* quàmej; une maison dont le premier étage était illuminé en verres de toutes couleurs; des fiacres stationnés devant la porte d'entrée, annonçaient qu'il y avait dans Tintérieur une fête brillante, tr Eh y parbleu ! s'écria notre caporal , c'est la fc maison de mon cousin. II a marié ce soir sa « nièce à un capitaine de cavalerie. J'étais in- « vite à la noce ; mais , le devoir avant tout; « Et puis y quand on a des prétentions à la «c croix d'honneur^ il faut au moins monter la « garde en personne ! . . . Cependant il me vient « ime idée : mon cousin est un homme aimait ble ; )e vais avoir l'honneur de vous présence ter à IvAr, sous prétexte de service. Notre tr visite le surprendra , sans doute , mais il « m'en saura gré : c'est un Belge qui aime le m plaisir comme un Français. 11

La proposition mise aux voix fut^ malgré â. 5

g8 UNB NUIT DE PARIS,

son inconvenance , adoptée à runanîmitë^ et; sous la protection du chef de la patrouille ^ nous fûmes introduits dans un salon où l'on ne nous attendait guère. L'as8enri>lëe était charmante , la gaité était peinte sur tous lesyisages; et l'on nous accueillit avec cette hilarilë que nos poètes- relèguent dans les annales du bon vieux temps. Les deu familles étaient réunies*, eHes jouissaient avec un plaisir délicièiix de la §oie naïve des deux époux. La jeune personne paraissait avoir dix-neuf ans ; sa figure était pleine de douceur et d'expression. U|} ami de <oa père m'apprit qu'elle n'avait jamais quitté la maison paternelle ; élevée sous les yeux de ees parens y elle leur avait remis le soin de son bonheur y et ils n'avaient cessé d'y veîUer avec la teiidi^sse^la plus éclairée. . Le jeune homme ëtait dtt choix de la femille ; il n'avait été présenté à M.^^ D...; quotorsqiïe le père se fiit assuré qu'il pouvait rendre sa fille heureuse. Six mois d'assiduités n'avaient fait que confirmer cette bonne opinion» Estimé de ses chefs y il ■venait d'obtenir la croix ; et M. D... avait choisi ce moiùent pour combler ses voeux en lui accordant là main d'Amélie : le bonheur sied si

ou MOU TOUR DE GARDE. gg

bien à la gloire !. Au moment où nous allions passer dans Ja sdle du banquet , qui retentissait de chants d'allégresse en l'honneur des joilnes^iariési des cris au secours [ au secours l elle se rcoiel se. Ibnt entendre. Ces cris effrajrans réveillent tQ^t le quartier \ on se lève^ OB accourt y on s'attroupe , on se questionne^* L'intérêt se Ut dur tous les visages... Déjà les bjtte^ers contrent la Seine -, ils dirigent leurs bateaux en tous sens; la gaffe à la main, ils ▼ont^ Tiennent^ sondent , se croisent^ se heurtent«.. Deux jeunes militaires , que la curiosité seale avait attirés , se précipitent dans la rivière : on nage ^ on rame j on crie ^ oa

pleurer...» « C'est làl ici! de ce

ce càté !. • . » Chacun voit ou croit voir linfortunée qu'on cherche et qu'il délire sauver... La voilai s'écrie au bout de dix minutes un des jeunes:gens qui venait de la saisir ; la voilà! Et c^' cri; est soudain répété par la joie , la eri^vite^ l'espotr et la pitié!'.... Hélas! il n'était (fh] s temps... Au moment oh un* jeune fille, parée des grâces de la jeunesse ^ veo^i de consentir à son bonheur , en épousant l'hràune que lui destinait sa fiimiUe , wom

lOO VN£ NUIT DE PARIS,'

aufxe jeune fille , belle aussi , comblée aussi des dons du ciel et de la fortune , venait de trouver dans les flots un refiigë contre la volonté de ses parens , et de se soustraire , par la mort y à l'hymen qu'ils avaient arrêté contre cjle. Fille unique d'un notaire j Âglaé C... , élevée dans un pensionnat célèbre > j putsà le goût du plaisir ; le besoin du luke^ l'bàbitude des hotonâgês , et Toubli des plus douces affections. Accoutumée à ne voir sa mère qu'en visite réglée^ elle était peu touchée de sa tendresse périodique y et paraissait plus flattée d'un cadeau que d'une caresse. Lorsqu'elle eut atteint sa dixrhuitièiïie antiée'^.sôti père Favertit qu'il venait de la marier an fils d'un de ses amis de collège. Les Roiiians avaient appris à Âglaé que les droits 4'un père ont Un terme, et que le bonheur d'une jerune fiiHe- dépend d^elle seule. EUle hasarda une prière : sa mère refusa d*écoutrr ses^plaintés y elle plaisanta des reiîis de sa fillè-, ispn {i^e menaça de la Bi^tidire. . . Enfinr le jour fatalarrivà. . : On ke i^onit, pour 4i^esser le contrat : Aglaé , T&roMih à» Tinsensil^ilité de ses "pàreris-, profita 'd'ni moment oii elle n'était pas aperçue ; elletbir^t

êU MON TOVA DE GABBE. loi

à pied de l'h6tel y dirigea ses pas vers le Pont^^» an-Change..» Un instant après elle avait dis«paru.

Nôns nous éloignâmes de 6e lieu de ddnlenr.

Cliacnn de nous parla de cet événement, et se louait d'être à Fabri d'un pareil accident Nous revînmes par la rue SalntDenis. Le froid se faisait sentir \ le cftporal remettait de n'avoir pas £Mt quelijue provision de liqueur pour la unit ic Tranquillisez - vous , » dit nù de nos ekasseurs prè^ de 1a maison. duquel nous nous trouvions alors ; i^.j'ai cbes moi d'excellent « Cognac > je Vaisi en prendre une bouteille et é vous l'apporter tout de suite \ je demeure à .m Veotr^^^li c'est l'affaire de cinq minutes. )> Il fitt]^ trois coups ; mais y à l'instant où on lui ouvre la porte , un homme sort par lai fenêtre^ et tombe sur les épaules de notre caporal , qui n'était p$s préparé à son arrivéf9. La- patrouille eulLpeur un instant \ mais on se remit bientôt, et l'on saisit au collet le hardi sauteur;^. qui se tuait à crier tout bas qu'il n'était pas un voleuir* Peut être aurait-il fini par nous le persuader ; mais le caporal ne voulait rien entendre. Enfin notre chasseur revint chargé de deux flacon» de

Xôa 'UNI HUIT DE PARIS ,

la liqueur promise. . . «Qu'est-ce donc que ce « bruit 7 qu'j a«t-il de nouveau? » nous dit-il en enfonçant son chapeau à cornes*, puis^ ^péi^ celant le prisonnier^ «Eh! parbleu^ c'est le «cousin de ma femme! Tami de la maison 1 « Messieurs , je ne sai9 pa$ d'où il vieiat ^ tuais te je vous réponds de luistsf ma tête. . . • C'est « un gaillard, dit-^il en riant , \m luron ,WSL ce ami du plaisir qui ne l'attend pfts êbez lut; €c mtis il est incapable d'une action rëprébéW^ « sible. . . Je suis sa caution , si vous voukte « bien me le permettre. »

a Cela est possible ^ » dit le caporal , qui devenait plus prudent à mesure qu'on s'expftquait davantage; a nous n'avons d'autre- re^ « proche à faire à Monsieur que celiii d'être Cl tombe. . . -*— Vous éteS'<ombé i» iliterrompt avec un comique intérêt notre '<;hassemr. . I •'. • « J'espère , W moins, que tous êtes* bien « tombé y et que Votre ùbeàè 't('a«ft'a pas- de ce suites f&cheusea^.. -ÀnonS\ ^onn^^moi le « bras y étoutdi ! % $ . Tous àllei vehir b^q noud ; « on vtnisl fera uno petite place au corpfr-dê- « gardé, et vous paiserea la nuit pkçs agréable- « ment que y^w uJb l'aHea-eapéré... i^^Oui!

ou UON TOUR DK GAHDB. lO)

li! » sMcrie en chœur ta patrouille, que !Tènement avait mîs^ en galt^ , et le paan« in est forcé de nous suivre , à son graod et..

D arrive , on fait grand bruit , afin de réer les dormeurs; on raconte les accideos : on a ^té témoin ; ils ont grossi en route, feuille de rapport y ajoute quelques cirtances propres à eo augmenter encore l'imance.

lienre sonne , une nouvelle palloniUe sort; ipelle notre chasseur pour le placer en fac- , il y court... Quelques momeus après, je chai le cousin,. .. il était parti...

^a4 JOURNJII.

. ir«. XI. — i^r. Juin 1816.

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