DE GAND
mecbancetés sans sel ou des grossièretés sans esprit. J'aime assez ces épigrapames du dessin^ mais je ne serais pas du tout fâché que leurs auteurs s'essayassent à les rendre plus plaisantes ou plus spirituelles. La gaîté et l'esprit sont l'escorte obligée de la malignité. Ils plaident ordinairement sa cause au tribunal du goût , oii ils obtiennent toujours pardon de ses écarts.
Je me disposais^ à entrer dans le passage da Panorama^ que les pâtisseries légères de Félix ont rendu célèbre dans les fastes de la gourmandise^ lorsque je fus arrêté par un jeune cbeyeau-^ léger de mes amis , qui me détourna de l'envie de continuer mon chemin^ et me <fécida à l'accompagner sur le boulevard de Gand , on deux de ses camarades lui avaient donné rendez-Tous pour aller déjeuner chez Leriche,
Je remarquai^ en arrivant, que Te boulevard avait été nouvellement sablé ^ et je m'^aperçus que notre promenade était déjà remplie d'une foule de personnes que Charles ( c'est le nom de mon jeune compagnon de voyage ) saluait avec une familiarité qui me persuada que cha-
t4o LE BOULEVARD
cune d'elle ëtait une de ses auciennes coanai^sanceSi
ce Vous êtes ëtonué^ me dit-il en souriant , de Voir que je connais tant de monde. — J'en coq* viens. — Ces personnages-là m'étaient totalement inconnus il y a quinze jours. Quelques conversations d*ufi quart d'heure , un voisinage d'une soirée^ deux ou trois saints reçus avec plaisir ^ rendus avec politesse ^ telles sont les bases et l'origine de nos liaisons qui ^ cofiime VOds voyez , ofit déjà un air d'ancienneté qm vous a frappé j je vous avouerai même cp», dans Tintc^ntion d'apprendre , quels étaîe|it mes amis^ il m'est souvent arrivé de les tnter^ roger tour à tour ^ en arrière les uns des autres. Vous ne sauriez vous faire une idée des détails ifaç chacun d'eux s'est empressé de me donner sur les principes^ la fortune et la conduite de son voisin ou de sa voisine. Pour peu que voos soyez curieux de faire connaissance avec nos promeneurs^ je consens volontiers à vousrévêler ^ sous le secret^ une partie de ce qu'on m'a appris sous la même condition. »
J'acceptai la proposition avec plaisir. La médisance est une si douce chose ! C'est le péché
Bfi GAMD. I^X
algtkon des désœuvrés y et , pour le moment^ lous n'avions rien à faire. On cause plus k son ise quand on est assis ; nous fumes long-temps ans pouvoir trouver déplace. A lafin^ Charles^ ui aperçut à Tune des extrémités un jeune omme nonchalamment étendu sur deux cliai-^ 35, s'approcha de lui^ et, d'un air assez indiffédut, mais d'un ton assez haut pour être entendu e son voisin , se mit à dire : « J'aperçois la )ueuse. » Je ne sais ce que ces mots avaient 'effrayant pour notre jeune homme; mais aus<^ itôt il quitta son poste, et se retira en nous iluantavec un petit air de fatuité qui m'amusa eaucoup. ce Voilà, me dit Charles , un des plus fidèles ibitués de ce Jboulevard. Dix-huit cent livres rente sont Tunique fortune de ce jeupe inu- , qui manque d'esprit pour cultiver la lit 9 ature , d'instruction pour s'appliquer au nmerce^ d'énergie pour suivre la carrière itaire , et qui cependant vient d'être placé s une grande administration par le crédit le jeune dame qui reçoit chez elle de grands leurs et de petits commis. Deux heures lent ie sonner^ 3 yole k son bureau iairo
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acte de présence -, ensuite il ira faire un to de promenade aux Tuileries : là , il se pose sur deux ou trois chaises , qu'il s'empresse d'abandonner, comme ici, à Tapproche de vieille femme qui vient en réclamer le pai ment ^ à moins qu'il ne lui soutienne avec u effronterie qui a un faux air de vérité , qu i déjà satisfait à sa demande. »
Nous venions enfin de nous asseoir. « E marquez^ me dit Charles ^ ces deux dam( dont la plus jeune cache ^ sous un énon chapeau anglais^ la plus jolie petite figure fra çaise qu'il soit possible d'admirer , et qui garotté d'un spencer de satin rose une tai dont la souplesse et la légèreté le disputeraie presque à l'ainée des Cosselin. Depuis de mois ces darnes^ par un goût étranger que ri n'excuse, ne se sont occupées qu'à varier le toilette, et n'ont x^ussi qu'à enlaidir leu charmes. Tante et sœur d'un militaire frança qui est mort sur le champ de bataille à Jeoc elles ont, dans le temps, donné de justes r< grets à sa perte *, mais , depuis , elles ont tro souvent oublié qu'une Française ùe doit pc èijçe cosmopolite , même dans sa parure. »