D^VU ETRANGES
serait injuste de s'imaginer que , favorable ou non , l'opinion d'un homme fut la règle ou le type de celle de ses compatriotes. J'ai déjà par-* couru ces notes ; quelques-unes offrent peu d'intërét^ d'autres sont singulières^ bizarres mêmes. Je ne crois pas qu'elles aient été destinées à voir le jour, et je vous avoue que, sans cette circonstance I je me serais bien gardée de les communiquer à personne. »
J'ouvris les tablettes , et d'après les ordres de madame la Baronne, je les lus à la société j leur lecture produisit une impression différente sur cbacun des auditeurs, et servit à rec-> tifier les idées de la plupart d'entre eux. Quant à moi, je me bornai à demander à madame de S.... là permission de copier quelques-unes des notes de notre jeune officier, et je les offre à mes lecteurs , sans me permettre d'y ajouter la moindre réflexion.
Tablettes d*un iTRANiBEH.r
5 juillet « Nous sommés arrivés à Parïsi Tai perdu ma gageure. Faire compter 200 guinées à M. • . , J'ai oublié son nom. C'est un
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homme qui marche très-mal , et qui va fort vite A Londres, on ne connaît que lui.... i»
7 juillet. « J'ai déjà fait le tour de la vaïe î Qu€f d*édifices ! que de monumens ! Partout ils s^élcvent avec une majesté. . . . une promptitude.... Le roi de "Wurtemberg avait raison , quand il disait : Paris a l'air d'une viBe prise d^assaut par les aichifectés.
« iTesuiâ logé assez près du Louvre^ chez M... ^ je ne l'ai encore vu qu'une fois. Lorsque je lui présentai mon biUet de logement y il me ré^mt avec tine politesse froide^ à peu près de la même manière dont nous accueillerions un étranger. Il me conduisit lui-même à l'appartement que je devais occuper ; c'était, me dit-il , celui du plus jeune de ses fils , tué h la bataille de Leipsick. »'
ig Juillet «J'ai été invité k unie Soirée chez: madame la comtesse de M....; des artistes célèbres, des savans 'distingués ^ des hommes dô lettres , des financiers, et surtout un grand nom-^ bre de jolies femmes rendaient cette réunion fort agréable pour un étranger. J^éprouvais un certain embarras en m'y présentant -, mais la réception obligeante de la maîtresse de la marso»
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ne tarda pas à lé dissiper entièrement. Eor moins d'un instant^ tous les regards ont été dirigés sur moi ^ et je me suis vu Tobjet des prévenances les plus délicates : c'est sans doute un Anglais^ disaient les jeunes femmes^ qui alors se rapprochaient de moi avec une bont^ qui me couvrait de cdnfusion et me pénétrait de reconnaissance. C'est peut-être un lord , disaient à demi«voIx les mamans qui^ tout en caressant leurs filles aînées et en les plaçant dans le jour le plus avantageux pour elles ^ ajoutaient tout bas^ en souriant^ il serait pos-* sible qu'il se fixât en France.
« On fit de la musique ; c'était à qui me donnerait un échantillon favorable de ses talens *, les jeunes personnes se précipitèrent sur le piano avec une ardeur qui ressemblait à un combat, et qui faillit exciter beaucoup ma galté. L'exécution fut parfaite ; chacune des mères trouva que sa fille s'était surpassée^ et me fit indirectement l'hommage de son émulation. On dansa; j'admirai les grâces et la légèreté des Française^. A en juger par celles qui étaient chez la comtesse ', ce sont les femmes les plus aimables et les plus séduisantes que j'aie jamais vues.
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ce Au souper^ on parla beaucoup de TAngle^ terre -, on vanta ses lois ^ ses usages y ses coutit^ mes , son gouvernement ^ avec une exagération qui me déplut. Il y avait surtout à mes côtéd un gros monsieur qui ne tarissait point danâ ses éloges. Il louait la beauté et Tétendue de la capitale de TAngleterre qu'il n'avait j'amais Tue; les élémens de sa législation^ qu'il ne connaissait que par tradition ; ses poètes ^ ses historiens^ qu'il avait depiuis long-temps l'envie de lire ^ et la simplicité dé ses mœurS; qu'il me pria de lui faire connaître. La bannalité de ces éloges me donna de rhiime'ùr ; elle m'empêcha de dire des Français tout le bien que j'en pense; elle m'inspira pbùrle complimenteur une sorte d'aversion dont il se ressentit toute la soirée. Je n'aime pas les Français qui sont Anglais ; les hommeis comnie lés fruits né doivent jamais perdre le go&t du terroir. »
2 août» « J'ai été présenté ce matin au comte D... ; c'est un petit homme dont on m'a beau-^ coup vanté le caractère ; il a traversé la révolution en sautant de places en places^ en s'ac^ crochant à des cordons^ en se cadrant sous des honneurs et des dignités qui l'ont rendu mé^'
d'itn étranger. 17
)niià{ssable même atix yexA âe ses ainîs ; il l'a long-temps parlé de l'amour de la patrie , a bonh'éiit de la Fk'ance , àe la gloire et des lalhetit^ d^ l'armëe ; il a pot^^èusèmeùt gëmi ir le sort des nombreuses victimes de Waîiioo. Je lui ai demandé à quelle somme s'éîVaît déjà la souscription ouverte en faveur
PS veuves ^; des orphelins lia brisé la
Dnversation^ et m'a invité à passer la journée u dimanche à sa campagne. »
7 aoâL c( Je sors du Musée; quoique je n'aie u y voir les anciens tableaux^ mon attention 'est pas restée oisive *, les peintres français >rment aujourd'hui l'école la plus brillante de Euirope; ./Étala, les Sabines, Phèdre , le ^ékige, la Bataillé d'jiusterlàz, djéna, etc. , »nt des chefs-djœuvre. Encore quelques anêes, et le Muséum français deviendra un objet admiration pour toute l'Europe.
«rai dîné aujourd'hui chez Beauvillîérs •, dans ' salon à côté duquel je me trouvais était renie une société de chansonniers. Au dessert^ 1 a chanté des couplets qui m'ont paru renrme» de véritables sentimens français. L'auur ne nous a pas loués. Je me suis procuré
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une copie de la chanson^ et \e l'ai envoyée a Londres.
« On i'a dit : Singulière nation que la nation française ; aussi voisine de tous les genres d'extravagance que de tous les genres d'héroïsme^ elle joint l'audace de l'athlète à la timidité de Tesclave^ Un revers la consterne ^ une fête la ras-* sure^ une chanson la console. Si elle s'agite ^ la terre tremble ^ et cependant c'est en riant qu'elle s'agite. Peuple voluptueux qu'aucune privation n étonne , ne pouvant souffrir le mépris , toujours avide de le prodiguer *, colosse terrible et aimable; enfaut assez instruit pour tracer des plans , et trop étourdi pour les suivre , ayant besoin en même temps de gloire^ de fers et de plaisirs *, il peut tout faire hors son bonheur , et tout acquérir hors la raison, w
p^endredi.,.,. « J'ai assisté ce matin à une séance de la cour de justice. Je n'aurais pas pu entrer dans la salle sans le secours d'un homme fort honnête qui s'est empressé de me prendre sous sa protection. Il s'est hâté de m'annoncer qu'il ne manquait jamais une séance du tribunal criminel. Le soir, je l'ai rencontré aux Va-^ riétés l je lui ai offert une place dans ma loge;