‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 37 sur 42 · DE LA TOILE. :I · texte numérisé non relu

DE LA TOILE. :I

OU à une pitië de dupes dont ils savent adroi* tement tirer parti.

Lorsque le désœuvrement et la curiosité me conduisent au Palais y il m'arrive souvent d'in^^ terroger la figure du défenseur de l'accusé ^ et de chercher à apprécier^ à la seule inspection de ses traits y la bonté de la cause dont il s'est chargé. Sa figure est-elle calme ^ son maintien austère ^ sa voix pure et nette ? H est facile de deviner qu'il plaide de conscience. Cherche-» t-il à multiplier les phrases , à prodiguer les gestes , les citations^ à jeter au public le fatras indigeste d'une éloquence verbeuse^ je doute alors de sa conviction ; mais la longueur At son plaidoyer me sert encore de thermomètre pour deviner la valeur de la reconnaissance de son client.

Les journalistes s'injurient avec une facilité qu'on retrouve souvent chez les avocats. Il n'est pas rare de les entendre se traiter publiquement avec une irrévérence, une grossièreté qui amuse quelquefois leurs auditeurs , dupes de ces sortes descènes. La séance se lève. Suivez ces deux avocats qui viennent de se diffamer si plaisamment l'un et lautre ; en passant la

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porte ^ ils ont oublié leur colère. Au lieu de se reprocher leur mutuelle indiscrëtion , ils s'avancent la figure riante ^ ils se tendent affectueusement la main, ce Vous avez plaidé commef un ange, dit lun. -— Vous avez eu des momens superbes ! dît l'autre. — Quelle noblesse dans le style ! — Quelle élévation de pensées ! — Quelle énergie ! — Quelle éloquence ! — Quelle force de logique ! — Quelle solidité de raisonnemens ! — C'est du Patru ! — C'est du Cochin ! •^— J'ai du monde aujourd'hui à diiier; il faut que vous soyez des nôtres. — Volontiers; mais à une condition. — Laquelle ? -— Je réunis demain quelques bons amis ^ vous en augmenterez le nombre. — Avec plaisir. » Et tandis que nos deux avocats ^ réunis autour d'une table élégamment surchargée de mets exquis ; de vins généreux ^ boivent à leur prospérité réciproque, les deuxcliens, désolés d'une querelle qu'ils ont la bonhomie de croire sérieuse; s'accusent en secret des injures qu'on a débitées pour leur compte , et chacun d'eux se reproche f par anticipation , la mort d'un avocat célèbre. . . Pauvres dupes ! que ne sont-ils derrière la toile I

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Dorval vient de réussir. Le succès le plus brillant a couronné ses espérances*, sa pièce ^ représentée au milieu des bravos étourdissans^ a fait épanouir toute la salle : chacun envie sa gloire^ et surtout sa fortune..... Qu'on se transporte un instant dans le cabinet de Dorval. . . Seul avec lui-même , il récapitule ce qu'un pareil succès lui coûte ; il additionne le prix des éloges de chaque journal ; il joint à ce total ^ déjà considérable^ celui des billets obligés y des loges offertes ^ des cadeaux promis. . . 11 frémit en pensant à la cherté de la glpire ! et surtout à la nécessité de se rappeler sans cesse ^ d'une manière obligeante^ à la mémoire de tant de gens intéressés à Toublier bien vite... Son succès lui enlève une année de ses revenus ! Sa gloire Ta empêché de dormir pendant six mois !

L'homme, infatigable dans ses projets^ désire tout ce qu'il voit^ et porte envie à tout ce qui a l'apparence de la plus légère distinction : dès qu'il entend rouler une voiture , il s'indigne d être à pied ; dès qu'il aperçoit une décoration y il soupire de ne l'avoir pas mérité : il ignore que ces enseignes d'opulence sonttrom-

âSa LE DERRIÈRE *■

peuses comme toutes les autres; qne ces âgnes honorables couvrent souvent un corps criblé de blessures!...

Comme il se consolerait bien vite de la médiocrité dans laquelle il languit, ce pauvre Ger^ main , s'il était pendant quelques jours témoin des tourmens qu'endure ce riche mal-aisé ^ que sa fortune oblige à des dépenses qui le ruineront tôt ou tard ! Un grand seigneur vous éblouit par sa magnificence ; ses dehors vous séduisent; son crédit vous étonne. .. . Eh! si vous le voyiez ; implorant à son tour les faveurs d'un plus puissant que lui ^ vous rougiriez des humiliations auxquelles il se soumet avec une résignation édifiante. Si vous le voyiez, abusé par tout ce qui l'entoure , délaissé par ses enfans ^ auxquels le père ne montre jamais que rbomme en place-, indifférent à ses amis ^ qu'il accable de sa supériorité; à son épouse, qui; à travers ses nombreuses occupations , ne trouve plus un moment pour l'aimer^ vous cesseriez d'envier son sort brillant , et vous vous hâteriez de vous renfermer dans votre heureuse obscurité !

Je m'aperçois un peu tard que je deviens

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i, austère, et que le langage sérieux de leoa prend, soas ma plume, la place d'une [{ue enjouée.... C'est un des désagrémens la position , que d'être obligé d'avoir de rit k jour fixer Heureusement , cet engajnt est un de ceux qu'on prend souvent réûexion , et auxquels ou manque quelois sans tir«r à conaéqueuce.

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NO. XXII. — i5 ^oût i8i5, UNE VISITE AU PALAIS-ROYAL.

.... Çuid non mortalis peetora eofii

jiuri sacra James ?.m

(Vxao.)

Exécrable loif de l'or ! quels crimes

n'iiupixe>ta pu aux mortels ?

Il y a des jours où l'on ne peut pas tenir en place. Je ne sais quel démon me poussait hors de chez moi jeudi demiet : j'en sortis au moment où le soleil venait dé paraître sur lliorison ; je parcourus machinalement une partie des boulevards et dés rues de Paris ; je regardais sans voir ^ ^'écoutais sans entendre : ce ne fut qu'un peu plus tard et aux approches du Palais-Royal , qu'il me prit envie de jouer mon petit rôle accoutumé d'observateur. /

Neuf heures sonnaient à l'horloge de la cour comme j'y entrais. Ce vaste palais , élevé Sur les ruines des hôtels de Mercœur et de Ram'

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ouIUet , fut d'abord la propriété du cardinal e Richelieu , dont il porta lé nom. A sa mort^ ; cardinal en fit présent à Louis XIII. Le caeau prouve^ à la fois^ la galanterie et l'opu* mce du premier ministre. Dans ce temps-là^ es messieurs faisaient bien leurs affaires. L'éifice ne prit le nom de Palais-Royal qu'à époque où Louis XIV et le duc d'Anjou inrent l'habiter. Plus tard le monarque en éda l'usufruit à son frère y et la propriété à 3n petits-fils le duc de Chartres. Depuis ce 3mps , le Palais-Royal qui a toujours porté le om de ses propriétaires ^ eut dû se nommer 3 Palais du duc d'Orléans* ' J'entrai y comme je le disais tout à l'heure ^ ans la cour du Palais-Rojal. A peine eus-je lit quelques pas que j'aperçus à ma droite un Toupe de curieux collés devant la boutique .'un marchand d'estampes *, ils regardaient eu iant la caricature d'un personnage fameux^ [ue^ de son vivant^ on ne regardait pas comme ela. Tandis que ces Messieurs^ qui avaient oujours admirablement jugé le tyran de la ■"rance , répétaient assez haut ce qu'ils en vaient pensé bien bas , je jetai les yeux sur ua

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petit dessin qui remplit à la fois mon ame de plaisir et de douleur. C'est le premier tribal offert à la mémoire de nos braves. C'est Voa- -vrage d'un crayon français : sur. le devant csl un mausolée où sont inscrits ces mots : La GABDB meuht et HE SE heud vas. A droite^ de nombreux trophées s'élèvent à Tombre d'une colonne qui rappelle les tities de gloire de l'armée. A gauche un champ de cjprès count une pyramide chargée du nom de différentes batailles.... J'entrai de suite chez le marchaBdf j'achetai ce petit hommage du talent à la va-* leur. J'appris ^ sans étonnement^ que beauconp de Français se l'étaient déjà procura. Ea cen** templant ce touchant dessin^ je sentis une larme mouiller ma paupière : je me hâtai dé l'essuyer^ dans la crainte d'apprêter h rire à mes voisins qui, certes^ n'auraient pas deviné le sentiment qui m'afiectait ainsi y et je m'é* loîgnai en serrant précieusement mon petit trésor.

Presque en face du lieu que je quittais^ une demi-douzaine de lecteurs gisaient gravement^ assis sur leur chaise , et savouraient- avec re* flexion les- colonnes variées de nos joumtiix

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.11 matia. Un d'entre eux , plus prudent ou lus curieux que les autres, s'était emparé .'un exemplaire de chacune de ces feuilles le* ères. Sa provbion comprenait jusqu'auxPe/iïe^éffiches. Tout occupe de sa lecture y notre tomme n'apercevait pas un petit bossu qui ^ dacë derrière lui , et monté sur le dernier !)&• on de sa chaise ^ le cou tendu, le menton raant l'épaule de son chef de file^ lisait gratis, outes les nouvelles du jour.

J'abandonnai cette société lisante, qui se scrutait à chaque instant, et je m'arrêtai de* ^ant la boutique d'un fameux marchand de conestibles. Ma vue se réjouissait à l'aspect de :es mets délicats^ de ces vinis succulens^ dont es flacons tapissent les murs de son magasin ; non odorat passait en revue , et les truffes de ^érigueux , et les pâtés de Chartres, et les terines de Nérac , et les gâteaux de Pithiviers , raand un gourmand^ en entrant avec précî* citation, manqua de me jeter par terre. Il se etourne, et me reconnaît : c'était uu chasseur le ma compagnie. « Parbleu f me dit -il, je uis enchanté de la rencontre , lieutenant ; il aut que vous soyes des nôtres. Je rassemble

•%io VUS TISITK ■ ' '^Z

de vous admettre dans leur sociëtâl%' 1 doux d'avoir des enfans qui ¥oàs chëi —I qui n'ont point à rougir de la cond leurs parens \ — qui s'établissent à lev •-—et vous rendent avec joie tous les soin ont reçus de vous... Ah I ma chère ami n'est beau comme la vertu !.. . — Oui , Tautrc^ rien n'est beau comme la vertu mon dieu! on m'appelle!... c'est un .

qui doit me mener voir la revue. A die soir. . . Nous nous reverrons. . . Tu me j Clarisse. — - OuL «r- J'aime tout ce qui^^ ral..« Ony va! ony va!... » Etlajo!

leuse court ^ en fredonnant un refrain d' •Comique, rejoindre l'étranger qui se à satisfaire sa curiosité. .>«*

Elle était rentrée y et je réfléchissais sur ce que je venais d'entendre, lorsqu'u grêle et tremblante salua afiectueuseme bonjour, cher docteur, un jeune homn 4'air enjoué contrastait singulièremc»

l'idée qu'on se fait ot^dinairèment de la des médecins. J*ai t honneur de présem devoirs àmonsieur lebaron, futlai'époi pectueuse du disciple d'Esculape ^ qui

XV TALAIS-mOTAt. 0^

IdttrèMdBGûré. « Où courefrYoïuitotic? — • IJfi Btalade en &nger rédame mèilBoiiiSc -^h Ttftft pM , j'arais à vous paileii -^ Ce paiuTte comte R... sooffire le martyre, --r- LecenAeR...^?

Quoi! vous trailei ces geBs4à> voua qvi pea?

lei 51 bien! *^ Mais.*., -^ C'est un.... *— - En fidrité ? r— Parole d'koBneur I -^ En ce cas ^ nôasienr lebalroa, je suis à TÔsordtea*, il attend dra. Faisons un tonr de jardin. . • ai Voilà un cbapitie de pli» à ajouter k l'histoire de l'îeSs^ prit départi. ' • r

: J'avais suin ces messieurs^ allongeaiit le cou, j^rétant l'oreille, cherchant à â^ttrapeft parv^i par-là, quelcjues môtà d'une convemsation qui ne pouvait ' manque]^ d'être fort intëreSr •an te, vu le sacrifice qtie ^venait de faire le leiine doctenr. Je ne pus surprendre que queir ^9à phrases au hasard ; je compris cependant qu'il était '«ludion d'une partie de chabs^ €fti, le docttiirae promettait de jouer un grand tôle. Je iymy qnâi ^'en àesëparaintda b. **on, ùbtré '£fci)lapbi téomàit le dos à l'hôtel du icbuiteb • t

' ratais près dû Perron; je devais aller déjeuner en ville \ mes souliers étaient couyerb a. II

Jl4ft UHE TISITX

d'une poussière blanchâtre qoi amortissait tout rtfdat de la dre anglaise dont ils avaient i\é empreints le matin. Je montai chez un de cci artistes dont on a dît sî plaisamment qae partonne au monde nayait essnyë antant de.refen qu'eux. A- l'instant -où j'entrai^ ces messiems venaient d^entamer une (;rande discussion poli' ticpiO) dans laquelle il ne s'agissait de rien moîos que de déterminer le rang des puissances de TEnrope , et les qualités nécessaires pour fain un bon représentant. Je leur représentai qat l'étais pressé f ils ne tinrent pas compte de mon observation, et continuèrent enà'écriant: jih! êi fanait été le roi Joseph!.,;. Ah! si f avait \ été le prince Jérôme !%., jih! si faisait éié Uni de Naples!.... Eh bien ! 'mes bons amis , a

TOUS aviez été ces messienrs-lè , vous aunes fiût de bonne grâce ce qu'ils ont été contraints de faire par force ; vous auriez cédé la place à vos maîtres.— Monsieur, dit l'orateur, de la bande, on ne m'a rien jamais fidt faive que je ne 1*110 • voulu : apprenez que je. suis libre; que je dif tout haut mon opinion ; que je n'ai jamais èi aux pieds de personne...... U- venait de quitta

les miens»

a» l'iottsiit pasM mon chasseor ; je i'^> DstetteùiÇOa, noai1tiù:és ïï&esY\m ia

». 'J« le soins ctiez lui; «t là, péiLdaat mettaitle coUTert , f^prisU plumé, et'

ni f »nr le coin de lu fable, la rdatîoo à»

pnmier rojtgb Aa Palais-HojaL

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