‹ Le rôdeur français, ou, Les mœurs du jour [signed De R..... ]Chapitre 5 sur 42 · LES APPARENCES · texte numérisé non relu

LES APPARENCES

s eurent nous nou« flattons de grande* choses sur d« légères apparences : comme l'erreur est note ou. ▼rage^ c'est nous-mêmes qui firustrons notre attente»

(Luca£CB, liy, iT.)

« Fiez*vous aux apparences ! me disait hier un de mes cousins qui est venu à Paris sur une oiTre de service que lui a faite un homme puissant d'aujourd'hui qui lui a emprunte de l'argent autrefois ; et qui se l'est rappelé depuis quelque temps. Fiez-vous aux apparences! voilà la centième fois que j'en suis la dupe.

« J'avais dix-neuf ans lorsque j'entrai au service en qualité de sous-lieutenant au régiment de la Sarre , qui avait pour colonel M. le comte de Vergennes ; il était alors en garnison à la Bochelle. Je fus présenté à mon arrivée dans

^ta lES AFPAllEKCËS.

les meilleures inaisons de la ville -, j'avais um nom , de la jemiesse et de la fortune ; je fus bien reçu partout ; principalement dans les familles où Ton cherchait à établir des demoiselles. Un de mes camarades m'introduisit chez un vieux trésorier de France qui avait une femme charmante : la société me plut beaucoup; la maîtresse de la maison paraissait me distinguer, tandis qu'elle recevait tiès-froîdepient l'offîcier qui m'avait servi de guide. Mes assiduités furent remarquées ^ et je me vis bientôt en butte aux éloges les plus piquans*, il n'y avait pas jusqu'au major, M. de Ranchim, qui ne me complimentât sur ma bonne fortune. J'avais beau m'en défendre de toutes les façons ', selon ces messieurs, mon silence était une preuve , et mes dénégations des aveux.

%Jn jour qu'ils me poussaient à bout devant mon conducteur , celui-ci rabattit beaucoup des louanges données à la jolie financière ; ses critiques allèrent même si loin que je ne pus m'empécher de lui en faire des reproches ; il j répondit en riant*, je me fâchai. Il continua, je m'emportai ; et , vaillant champion de la beauté y je lui donnai rendez-vous pour le len-

tus Apparences, jB

emaîn auprès du Mail. Mon adversaire , plus rompt que moi ^ me donna un coup d'épée ^ec une adresse merveilleuse qui lui valut les flicitations de tous les officiers du rëgii^ient • moi une visite de ces messieurs ^ et un petit illet de madame de F.... qui trouvait fort lauvais que je me fusse déclaré soijl chevalief. ^n conçoit combien cette circonstance dut me 3ntrarier ) elle me donna une fièvre de honte ont les accès durèrent encore long-temps après la convalescence ; cependant je voulus en avoir 3 cœur net. Etant parfaitement guéri ^ je pris n beau jour la résolution d'aller solliciter de ladame de P.... une explication que je me flatais en secret de faire tourner à mon avantage, e pars , f arrive -, on me dit que Madame est [ans le jardin; j j cours, et la cherche inutileaent *, je me rappelle , fort à propos, qu'à l'une Les extrémités se trouve un petit cabinet de erdurelMi souvent nous allions prendre le frais it lire Tom-Jones et Gilblas^ Je me dirige de ;e c6té; une voix, qui n'est pas la sienne, se ait entendre -, je m'arrête et je reste stupéfait \u reconnaissant celle de mon adversaire. « Ouf,' kfadamc; disait-il, ce pauvre chevalier est txK-

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tièrement guéri de sa blessure^ et je ne doute pas qu'un de ces jours il ne vienne vous présenter ses hommages. — Ah! je l'en dispense volontiers^ dit aussitôt madame de F... *, je ne saurais voir avec plaisir un homme qui a mis vos jours en danger y qui a reçu une blessure en se battant contre vous. Ce pauvre chevalier ! ajouta-t-elle en riant, le voilà bien payé de son dévouement. — Mieux que vous ne le croyez y dis-je en paraissant au milieu de nos deux personnages dont la confusion fut extrême ; cette leçon vaut bien un coup d'épée ; elle m'apprendra dorénavant à me défier des apparences et à ne plus croire aussi facilement à la froideur des femmes et aux ^igrammes des hommes. » En effet, depuis ce temps-là, j'ai parié vingt fois que l'homme le moins bien reçu par une femme en public , était le mieux traité par elle en particulier, et je n'ai perdu qu'une seule fois, encore cela n'a-t-ijitété que pour avoir parié deux jours trop tard.

« Je quittai le régiment, et , quelques années après, j'épousai uae jeune personne de Rochefort , dont la réputation de sagesse était passée en proverbe dans le pays. Cependant je ne

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pus voir sanà' inquiétude auprès d'elle un de mes amis que tout le monde ^ je ne^ais pourquoi y trouvait joli garçon ; il avait pour ma femme de ces attentions délicates dont un mari se dispense volontiers. Je les épiai tous deux y et une conversation dans laquelle je surpris les noms diomif Garnie y suffit pour me convaincre de leur trahison*, j'entre furieux^, en criant à mon' ateî de se défendre ; mais à peine nos fers sont-As cifoisés ^ qu'il est atteint d'un coup d'épëe. fc Parbleu, me dit-il , vous êtes bien yif^ st Vous eussiez voulu m'écouter , un seul mot Vous eiW épaiigné bien des regrets. Depuis deux moîs^ uni secrètement à votre belle-sœur, je chénSbais av^i^c votre épouse les moyens de l'ap^^rendt'e à' sa famille. ^ Qu'on juge' de ma douletir; J^embrassai mon beau-frère dont la bleissuré n'était pas dangereuse, et je me pro« mis bien d'être à l'avenir plus circonspect et de ne pas me fldïerpoûr quelques mots à double enteiitie, pour quelques entretiens secrets entre ma feibmé'et xdèà atnîs. J'ai teiiti' parole, et, de ce côté-là/fe ne mie suis jamais fié aux apparences. ' •*

« Un oncle ^ que f avais en Languedoc , et A. a

s6 XiïS APPARKtfCES*

dpQt j'étais Punique héritier, mourut Tannée suivante ; il vivait très-retiré; ses revenus étaient modicjues, et, à Téconomie de sa dépense, on ne lui soupçonnait guère de la fortune ; à la levée des scellés , on trouva chez lui 80,000 fr. en or et une pareille somme en billets et lettres de change sur les meilleurs banquiers de la capitale. Depuis ce temps , je me suis rapproché des parens qui vivent avec économie.

ce Cet accroissement de fortune me donna Tenvie du commerce ; je plaçai une partie de 'mes fonds dans une maison de banque qui faisait des affaires immenses , et qui comptait des correspondans dans les quatre parties du monde. Le maître de la maison donnait ordinairement deux petites fêtes par semaine ; c'était des bals oh dansaient les premières autorités de Ma ville; notre banquier jouait, sa femme dansait; Madame dansait avec beaucoup d'aplomb et de légèreté; Monsieur était béait joueur f il perdait souvent et toujours avec le plus grand sang froid; on n'aurait pas dit qu'il fut question de son argent. Aussi sa manière de jouer faisait-elle fortune auprès des invités, m. C'était à qui ferait sa partie^ on ne sau-

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rait croire combien cette façon de perdre âu^ mentait son crédit; tout le monde apportait^ son argent chez un homme qui perdait si gat**^ ment le sien. Six mois après , au moment où SM réputation était mieux étabKe que jamais , il fit banqueroute -, j'en fus quitte pour cinquante mille francs seulement ^ qui m'apprirent de nouveau à ne pas me &er à des gens trop riclies / et à ne pas placer mes fonds dans les maisons où l'on danse si bien.

«c Devenu veuf, et n'ayant pas d'enfans , je pris de nouveau lé parti des armes ; \t demandai , et j'obtins du service. Nous avions à l'ar* mée un officier supérieur qui donnait envie d'être brave \ ilavait, disait-il , vu trente com* bats y pris et repris je ne sais combien de ve^ doutes!, de'foits, de citadelles; partout il ^taît le premier et le plus redoutable 4 partout il faisait des pro4iges de valeur, et d'adresse > sftua) avoir prouvé là moindre 'égràtignure. On.hti confia le oommandisment d'une expédition. Ja ne sais, comment cela se fit ^ au bout de quel-' cpies minutes nous lè.pecdlmes de vue : on le lemplaça par un jeune capitaine ^ nouvellemenf . arrivé au corps , dont nous n'avions jamais;en^..

sS LES APPAREMCI^S,

teiidu .parler ^ et qui, certes^ ne payaif j^ts de mioe. B neoiis mena tambour battant, réussît aurdelà des dëstrs du général^ et revint^ sans* avoir pesdu, un: seul homme , au: camp ^ où.

Dieu merci; nous lietrouvÂmès notre commandant qui avait., di6ait*il, fait des miracles tout

seul en nous attendant Sa conduite fut un:

motif de plus pour moi. de douter du courage de ces braves qui se battent toujours, et qu'on* ne blesse jamais.

« .Revenu de l'armée, je sollicitai un emploi civil i içt m,'adressai à un ministre qui s'étonna de la modestie de mes prétentions. A Ven> QroHre^ j'étais fait pour arriver à tout, et j'avaia! desrdvoits incontestables aiix places éminentes» Malgré son observation ^- je persistai dons radi ptêeinière demande avec 4'aÂtanli plus de l:ai>^ • sbnî, que, de^naveu, je^devais être sArde.

la^'véussîte...* Lé niinistre>y qui me trouvait si: cKgne d'un grand emploi '/ne daigna pa^ m'en accorder. un petituv-, ety poùv eettefois^^ ]^" pitsi ^ me défier d& ces * donnedrs' d'eau bénite: de cour qors^fidnenti^p-finimesses^- efcrvous' fttttt mourir de faim dans Terpectative d'uuQ-

t Enfin ^ l'autre soir je rencontrai cliez U aai^quise de Blairac , un ancien atxii de^ ma fa- QÎUe à i^i je racontai ma mésaventure , ei pi me promit de {^rendre le plui gi^hd inté^^ et .à ma position. Dès le lendemain, je fus lui >orter mes titres y mes papiers , un grand ^tàt le mes services , une copie de ma demande ; )n me dit qu^il n ëtait pas chez lui : je Voulus )ien le croire... Ce matin j'y retourne \ il ëtait mtourë d'une foule de solliciteurs ^ à qui il ouriait de tems à autre avec beaucoup de di-^ ^nité. Au lieu jde m'accueîllir fvec la bîenveil«> ante franchise que réclamait Tanciennetë de lotre connaissance y îl ^e borne à me dire :

f C'est bon ^ c'est bon ; soyez tranquille , vous lurez votre affaire. ... « Je veux lui faire une )bservation ; il me ferme la bouche en me répétant brusquement : «c C'est bon » *, et , cette fois , il me conduit des yeux jusqu'à la porte iu salon. Je sors^ et j'arrive furieux contre les ministres qui vous accueillent trop bien , et les imis qui vous reçoivent si mal.... »

Combien ce pauvre cousin fut agréablement suipris^ lorsqu'en rentrant chez lui il trouva son brevet , et une lettre de lauçien ami de sa

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famille qui le dispensait de toute espèce de remerclment. U vint sur-le-champ chez moi xae faire part de sou bonheur^ mais cet évènejaeut ne fut pour hii qu'uue nouvelle raison de répéter : U ne faut pas se fier aux appa* renées î

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«»• IV. — 12 Octobre i8i5.

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