LE PORTRAIT DE MON PÈRE
Zt A'aTeZ'Tous fainaii en que tè p^re-Ià ^ ( DiSTAAXT , J>c2rh« 5 , u^cU lY. )
Djbpuis qu'un rétour à la monarchie nous a ramenés aux institutions de nos aïeux ^ et qu'un grand nom est devenu un objet de respect et de vénération ^ tout le monde veut avoir l'honneur de descendre des héros du siècle de Charlemagne. A l'aide de petits changemens y on greffe sa famille ignorée sur une famille illustre ; on fait précéder son nom d'un petit article , ou on Je fait suivre du nom d'une terre dont un autre a la propriété^ ou enfin on ajoute à sa signature tm titre qui ne nous coûte que la peine de le prendre et le plaisir de le porter.
Lambert est un garçon fort gai^ fort aimable, il possède une fortune honnête qu'il doit à l'in^
Sa » IK PaRTRAlT
dustrie de ses parens y qui ont ^ pendant trente ans^ exerce arec honneur, en Normandie ^ la profession de commerçant* Lambert ^ qui les a perdus deiKmne'benre/a imagine^ depuis la restauration^ de faire précéder son nom de l'article de.^,. y et il a profité de la ressemblance que ce nom offrait avec celui d'un ancien gentilhomme de sa province , pour enter sa famille sur la sienne.
Je fus le voir l'autre jour-, je le trouvai chez luiy occupé y dans son salon , à contempler une douzaine de vieux portraits, ce Je viens ^ me dit-il en riant, de faire empiète d'une famille tout entière^ )e me suis acheté y sur le quai des Morfondus y Xiu père ^ une mère , deux oncles y trois tantes ^ et une demi- douzaine d'aïeux dont gavais le plus grand besoin^ et que je vais faire restaurer ^ j'attends un peintre qui doit venir ce matin ; )e suis en marché avec lui pour donner nn nouveau lu$tre à mes parens. 9 Comme il achevait ces ipots^ l'artiste entra. Après quelques compHmeas y Lambert l'instruisit de l'objet de ses désirs. «Il faut, lui;dit-il, que vous me fassiez de ces. cinq portraits-là f^e^élaipnt les a'ieux)^ un archevêque , un {i^^'s^dent au
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parlement , un colonel , un capitaine de vais^ seau^ et un lieutenant de mousquetaires-gris ou^ noir y n'importe. — Il y *a bien de l'ouvrage à faire pour déguiser ainsi ce» messieurs^ lui rë* pondit le peintre^ uial«^ aveic un peu de patience ,. nous en viendrons à bout. — Ensuite^ nous ferons de ces trois dames (c'étaient le$ tantes) une cbanoinesse^ une dame d'hcHineur et une abbesse du couvent de Montmartre -, de ces deux messieurs {celaient ses oncles) ^ un cardinal et un marëcbal-de-camp \ de cette dame {c'était sa mère), une femme de la plus baute distinction; et de ce portrait^ en moti« trant le dernier^ nous en ferons... •«- Eh ! mais^
dit le peintre avec vivacité il est impossible
d'en faire autre chose qil'un honnête épicier; ce portrait... est celui de mon père. — En vérité^ dît Lambert^ c'est singulier! comme i) resseodble au mien ) je ne Tai acheté que pour cela.-— Youa me permettrez^ Monsieur^ de nepas^touebçs ce portrait»là. — C'est impossiblfB-, jil me^ faut absolument un père militaire f décoi^ de plusieurs ordres y et honoré d'un grade, supérieur* — Cependant^ Monsieur, ce^ n'est pointrlfc votre père, puisque, c'est U im«n>rl4(. prejivt