LE PORTRAIT DE M09 PÈRE
anSf qui eût l'air d'avoir vieilli dans les hon-^ neurs, qui, sur un habit bleu^ portât deux pe* tit^s ëpaulettes de gënëral , et cinq ou six cor* dons des couleurs les plus voyantes; je voudrais qu'il fût possible de montrer dans le coin du tableau un petit bout de bâton de maréchal , comme pour indiquer qu'il aurait pu le mériter. — S'il avait servi , ajoutai-jd bien bas. — Je voudrais que mon père eût aussi la figure mâle d'un vieux militaire^ et le regard délié d'un adroit courtisan; que son sourire fût celui d'un homme d'esprit y et sa physionomie celle d'un homme de cour.--— J'ai ce qu'il vous faut^ répliqua vivement notre moderne Apelles^ vous venez de faire-là^ sans vous e^ douter^ le portrait d*un personnage qui se prpmènf régulièrement. tou& les jours de deux heures à quatre «ur^ la^ terrasse des Feuillans ;, dès aujourd'ihui mêvQJ9y l'irai l'attendre au passage, et^ après demain^ je vous apporte monsieur votre père. — Alors^ dit Lambert en souriant ;t î® vous rj^ndrai l^ Totre avec plaisin
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but de le familiariser avec les langues du nord qu'il venait d'étudier ^ et qu'il désirait de posséder parfaitement* Pendant les premiers temps de son séjour chez Fétranger^ la révolution ëclata , et cet incendie politique se propagea dans toute la France avec la rapidité du mal ; la famille du comte fut persécutée et proscrite \ quelques-uns de ses parens , martyrs de la cause royale 9 versèrent sur Técliafaud le reste d'un sang qu'ils avaient déjà prodigué dans les combats, pour la défense de la monarchie; d'dutres furent condamnés à passer dans l'exil des jours usés par la douleur et le désespoir. Le comte lui-même ^ quoiqu'il eût quitté son pays long-temps avant que la fièvre de la fé* Yolte eût bouleversé tous les espritsf y fdt ptrté sur la liste fatale ^ et dépouillé ^ soa père vi«vaut y des biens immenses que sa fkmille pos-»' sédait depuis des siècles , et qui devaient un jour être l'héritage de ses enfans.
Les malheurs de son pays arrachèrent des larmes au comte , qui supporta ^ sans se plain^ dre , la perle de son rang ^ de ses dignités et de sa fortune. H ne songea point à revoir U Frauce ; où il ne po$^éd?iH plus^rieo ). FraBc»^
ou LES NOUTXAIJZ MASQUES. 3^
în d'iionneur et de vaillance , tandis que Russes y qui Tavaient si généreusement ac-' ;illi y étaient vaincus dans les plaines d'Ejr- ., le comte ^ à la tête d'une autre armée ;se, combattait et vengeait, pardestriomes éclatans , les nombreux échecs que les Lves du nord recevaient de la valeur française ^ srrier illustre , étranger reconnaissant^ il insisait ses }i6tes dans l'art de vaincre les Perses, payait l'hospitalité par des victoires.
La France changea*, elle rappela an tr6ne la aille des Bourbons : aussitàt le comte de irville f fier d'avoir encore un sacrifice à faire on souverain, abandonna sans regret ledes^ . brillant qui l'attendait chez l'étranger y pour lir denouveau se ranger et se confondre parmi défenseurs d^un trône dont ses aïeux avaient i les plus glorieux soutiens. De vetour ea ance , ces jours derniers , il ofirit à son roi . cceur pur^ un bras éprouvé ,. un nom, sàn»
:he , dont ses exploits avaient doublé la lire : précieux avantages ,. dont la modestie i comte l'empêchait de tirer vanité , mai»
•n^ la sagesse dtt monarque appréciait toutes v«k«c^
4ol t'Es ÂX^Cî'KÉH^tS ilC^KAISSAlIKrE^;
Le Gouvernement cpi à'était empiarë ie^ bîend du comte , ayàlt oublié de vennb^ un pe* tît château 9 situé" à huit lieues dé Pavis. M. de NorviUe s'y transportai dimanche dernier. Dés qu'on eut conuaiâsauce de son atriii^ëe dans lei lâllage, chaiiun se présenta chez loi'poiir lui:^ offrir ses hommages *, coomie il ne recevait^ personne , on se contenta de s'inscrire et de laisser son nom. Le comte y à qui l'on en remit la liste le soir même, et qui la paf courut ayec attention , ne put jamais j découviir un seul ùom de sa connaissance. Le lendemain ^ M. de Lussac , l'un des plus nouveaux et des plus riches propriétaires de l'arrondissement^ plus pressant ou plus heureux que ceux qui l'avaient devancé ^ parvint jusqu'à M. de NorlEÎlle*, après l'avoir longuement félicité sur son isetour^ après avoir eiKilté le bonheur que chacun éprouvait à le revoir^ M. de Lussac^ qui avait soigneusement instruit le comte du xèle importsint qu'il jouait dans la cemmune , dont il était le cinquième magistrat^ le- pria de lui faire l'honneur d'accepter une invitation pour le 'lendemain.' et Je réunis chez moi y lui dit-il ^ une société brillante et choisie ^ ^ sei
x>mppi6 des priaqipai^ p^ssonnages dç ce :aiitoii^ ^t je serais 'trop laieureux. si M. I9, :omte daj^ait l'hononer de sa pr/éseace. »
M. de Norville y curieux de vcht VélihBt des, babitans du cantou^ et jaloux de coimaltre les ridicules de ceux an milieu desquels il s6 trour serait obligé de passer une partie de Tanaée , se rendit à l'invitation de M. de Lussac.
Le comte ^ qui craignait de se trouver ai| milieu d'un cercle d'étrangers^ fut agréablement trompé en se voyant environné de gens dont U physionomie ne lui était point étrangère^ quoi? que leurs noms lui fussent tout-à-fait inconnus. Ces nonts le dépaysaient un peu*, il y avait ^ selon lui^ une grande ressemblance entre les traits d'un ancien valet de chambre de som père et ceux d'un financier placé à sa droite.) mais comment reconnaître Dupré sous le nonl de M.^e Saint- Yves , propriétaire dSme demi? douzaine de vieux châteaux qu'il se donnait la peine défaire démolir? il croyait bien retrouveir sur la figure d'une certaine baronne de Cha?
mois 9 respkit et la gaité d'une charmante vil-* lageois>e qni était âgée de quatorze ans k>ra de de son départ^ et qui promettait d'être it« jouv
'4a Ui AHaSNNKS OOKNAISdANCËS;
la plus jolie fille des environs *, mais^ à en juger par la figure de madame la baronne , Fanchette paraissait avoir cesse de tenir parole depuis quelques annëes. Enfin ^ M. le comte eût vo« lontiers dit à un petit vieillard que chacun paraissait considérer beaucoup : bonjour^ vieux fripon de Gaspard , qui était le nom du procureur de sa tante « si à l'instant où cette expression amicale allait sortir de sa bouche , il n'avait été arrêté par un.... « Eh bien ! M. Durivage^ vous ne dites rien? )» Ces qualités nouvelles^ mêlées à d'anciens souvenirs^ cette ressemblance dans les traits^ et cette différence dans le nom et les professions^ piquaient singuliéremeitt sa curiosité *, le respect avec lequel le maître de la maison traitait d'ailleurs des personnes que le comte ne devait pasyattendre i rencontrer chez lui ^ détruisait toutes les conjectures et renversait toutes les suppositions.
Un laquais annonça le baron d'Orfeuille :
ici Tidentité du nom servit à faire reconnaître au comte le fils d'un ancien secrétaire de son oncle ^ que douze ans de guerre^ huit blessures et deux actions d'éclat avaient élevé au grade • de colonel. Sans autre patron que son courage^
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sans autre protecteur que sa conduite ^ le jeune d'Orfeuille avait suivi le chemin du 'danger pour arriver au faite des lionnears; il devait son rang à son mérite , et sa noblesse à son ëpëe. Fier de s'être crëé un nom , il s'était bien garde d'en changer ^ et le colonel n'oubliait jamais qu'il avait commencé par être soldat ; les brayes gens se devinent ; un seul coup d'œil suffît pour établir entr'eux une intelligence parfaite*, M. de Norville félicita le baron sur ses talens militaires^ et renouvela connaissance avec lui. DorfeuIUe ^ enthousiaste de tout ce qui est grand^ rendit justice au noble caractère de M. de Norville ^ qui ne s'était pas démenti un seul instant , et sollicita l'honneur de faire sa cour à l'un des anciens protecteurs de sa famille ; une sorte d'intimité s'établit entre ces deux guerriers bien faits pour s'eutèiidre.
Le comte , toujours intrigué par lé changement de nom des personnages qu'il avait cru reconnaître ^ questionna Dorfeuille qui lui annonça qu'il ne s'était pas trompé par l'espèce de silence qu'avaient gardé envers lui des gens qui lui devaient au moins quelque respect \ le comte résolu^ de s'en venger gaUneutjt y
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A la fin du repas ^ et lorsi^e le champagn^ eut mis le <;omb]e à h. bonne humeur d^s cou* yives ^ M. de Norville , se tournant vers M. de Lussac, le remercia .beaucoup du plaisir qu'il }ui anrfûtprocuréi mais, ajouta-t-il avec malice^ je -suis fàphé ({ue vous ne m'ayez pas mis dans le sei* eret ; j'aurais pris un déguisement tout comme un autre, et j'aime à croire que je ne m'en sè^ rais pas plus mal tiré. — Comment^ M. le comte, un déguisement ! -—Sans doute, ne sommes* nous pas aujourd'hui le 'j février, et, par con-* séquent, le dernier et le plus beau jour de car* naval? — Eh bien ? — Vous avez pensé que la saison de la folie excusait tout, et voua avez voulu me donner le spectacle d'une petite mascarade. — D'une mascarade, s écrièrent à la fois tous les convives ! — * Pourquoi donc vous fâcher, répliqua en souriant M. de Morville ; est-ce ma faute si je vous ai reconnus 7 Une absence de vingt-six ans a pu vous faire oublier mes traits ; mais , malgré l'aisance avec laquelle vous avez rempli vos nouveaux rôles , certaine babitndie q^e le temps n'a pu détruire^ m'a i»uffî pour vous reconnaître. — Mais , M. le comte ; reprit en rou^is^ant M* de Saiat-Yves/
€>V !£& NO^yi^ÀiJX MASQVE». 45
I y a dix^lmit ans que ye joue dans le nioadé m rôle conséqueat» — Conséquent !.... c e&t là >ù je Fattendais mon pauvre Duprd — Il jr a, yt la baronne.^ dçs oifcoi^staïices qui nous luons trop frappé pow jaknai» les oublier.
— Madame la baxouibé.^, paitoisecommmie.ua inge y vépliqua le comté v utais j'ai vu un temps* 311 ce laQgage ue ^parait pb».soa costume. Âh V Fanchette;, que tu ëtai$ jolie en pbtit corset do» bazin'blunc ^ en jupon:i de siamoise i^aj^e *, que l'attraits naissans tu cachais alors sous ua épais fithu de mousseline ! J'C vous en demande pardon 9 Messieurs^ mais^ si comme moi vous, aviez connu Fanchette à quatorze ans^ vous en aurieJQ été fouSj..^ J'en appelle à ce vieux pro- Durenr que v^us avez baptisé du nom de Duri-; vage , et qui , à' cette époque y vehait assez sou'^ vent chez matante doiit il défaisait les afiaires^ pour y oouiiiser un peu la fille de ma nourrice* J'ai> pluâ d'une fois pensé^ dan^ .. mon, exil , que Fimehettcr était; d^enue : la proie de» oe. masqu^à^ — Je swif au diis^sjilbir, M< la comte > r^pliqimrtivemeiit Mwde Xiufiisac , mais» je ne;^iisais pas'aki camayal^ etTQvls iie dînes pûiot^ifvec dlbi.xniaaqms.'fr^niY^Jbité]! âitiÀ^ de
%B IIS ANCItNlTES COU NATSSAICCBS ;
Noryille en jouant la surprise. — M. de Saint- Yves est réellement devenu un riche propriétaire qui doit sa fortune à son industrie , sa ' considération à sa femme , et son nom à une terre qu'il vient de vendre. Votre jolie villageoise , veuve en premières noces d'un commis du trésor, en secondes d'un capitaipe de cavalerie, en troisièmes d*un courtier de commerce, est devenue baronne en épousant un ancien officier retiré depuis vingt-cinq ans. M. Durivage a traversé la révolution de place'M place,' abandonnant toujours en temps utile le parti vaincu, et passant toujours avec adresse, comme; dit madame de Staël, au secours des vainqueurs ; chargé Souvent des intérêts de la France, il n'a jamais négligé les siens. Le nom de Durivage lui est arrivé à la suite d'une aJSaire qu'il était bien aise de faire oublier.
Ah! Messieurs, dit le comte, en affectant UA air de repentir plus mortifiant encore que ses observations, vous excûsereos une méprise assez naturelle à un homme éloigné de la France depuis si4ong-temps , et que hirenoumiéè nfavait point instruit de vos brillantes destinées»... Que le veste 4u jour ne se ressente pas de :1a
Otr tu NOVYSAirX IIASQUES. ^y
agularitë de mon erreur. Vous me pardonnerz de m'étre souvenu de vous , comme je vous urdonne de m'avoir oublié. A ces mots il se ve de table, et, s'adressant successivement IX diffërens personnages qui l'entouraient* Saint- Yves , )6 vous rencontrerai sans peine : 'uriva^e , je vous recevrai sans façon. Bain d'Orfeuille, je vous verrai toujours avec laisir. » En prenant sous le bras la baronne anchette, il court avec elle faire un tour de rdin»
On évite avec soin la présence de celui que i fortune déshonore^, on accueille avec mépris ûvà qui doit à la variété de ses opinions la fa* sur de tous les partis ; mais , dans quelques ings qu'il ait combattu , on honore le guerrier lodeste , le soldat intrépide qui , fidèle à ses evoirs, à sa patrie, a payé de son sang leshon^ eurs dont il est revêtu.
^% sfes l^is^ DO phingë;
• NO.' VI. - — ^9 u4çrif i8i5.