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homme du monde et, qui plus est, un grand ambitieux. Il a formé le projet de rentrer dans la vie politique ; avant peu de mois, il sera député ou sénateur, à son choix.
— Qui vous l'a dit ?
— Lui-même, et il ajoutait que son seul chagrin est de n'être pas marié, parce qu'il aura besoin d'avoir un salon, et sans femme, point de salon.
L'autre n'a de goût que pour les caveaux, et il ne soupire qu'après son cher Memphis, où il t'emmènera.
— Vous savez bien, réponditelle vivement, qu'Horace fera ce qui me plaira.
— Ne t'y fie pas. M. de M ira val L' définit un doux
entétô. Bon Dieu ! qu'irons-nous faire en Egypte, nous qui considérons la vie comme une mission, comme un apostolat?...
Le moyen d'exercer sa mission au fond d'un hypt^ée !
— Sur quelle herbe avez- vous marché ce soir? dit Mme Corneuil, en secouant sa belle tête de muse ennuyée et en plissant ses lèvres de Junon, d'une Junon qui n'a pas encore rencontré son Jupiter.
Mme Véretz tirait l'aiguille et fredonnait tout bas une ariette.
Ce fut Mme Corneuil qui renoua l'entretien.
— Non, je ne sais ce qui vous prend. On dirait que vous vous appliquez à me dégoûter de mon bonheur. Ce mariage, qui l'a
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voulu, OU du moins qui l'a conseillé ?
— L'amour tient lieu de tout, ma fille. Ne regrette donc rien, puisque tu l'aimes.
— Mon Dieu ! vous savez bien que je n'r.i pas rencontré l'homme de mes rêves. Mais j'aime Horace; je veux dire qu'il m'a plu, qu'il me plait...
Enfin vous ne m'expliquez pas pourquoi ce soir...
— Bon, pensa Mme Véretz, nous n'en sommes plus à l'adoration.
Et elle reprit :
— Ma toute belle, M. de Penneville est un superbe parti, je n'en disconviens pas, et je te l'ai recommandé parce que je n'en avais pas un plus beau encore à te proposer.
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— Tandis que ce soir r...
■ — Eh ! ce soir, j'en sais un autre.
Mme Véretz se leva Je son (auteuil, et, après avoir fouillé dans sa poche, elle s'approcha de sa fille et lui dit :
— Lis ces deux lettres ; je ne te les donne pas. je te les prête, car M. de Penneville s'est aperçu que je les avais gardées, et je les lui renverrai demain matin.
Mme Comeuil passa dédaigneusement les yeux sur la première de ces lettres : mais, quand elle eut commencé à lire la seconde, elle changea d'attitude, elle secoua sa langueur, son teint mat se colora, et il se passa au fond de ses yeux je ne sais quoi que ses longues pau-
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pitres ne prirent pas la peine de cacher.
Cependant, quand elle fut au bout de sa lecture, elle se leva, prit une enveloppe dans un tiroir, y enferma les deux lettres, pria sa mère d'y mettre l'adresse, sonna Jacquot et lui dit :
— Qu'à l'instant on porte ce pli à M. le comte de Penneville !
Après quoi elle se rassit dans sa causeuse.
— Ces pattes de mouche te brûlaient les doigts r lui dit en souriant Mme Véretz.
— Vous auriez pu vous dispenser de me faire lire ces billevesées, répondit-elle.
— Des billevesées, ma chère > Que dirait le marquis s'il t'en-
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tendait r II est terriblement allumé, ce pauvre homme. C'est sa faute ; pourquoi s'est-il approché de deux beaux yeux, qui sont accoutumés à fairo des miracles r
— Ah ! plus un mot ! lui repartit sa fille. Vous savez que je ne puis souffrir certain genre de baJinages.
Mmj Véretz retourna à son tambour. Mme Corneuil se leva, se promena quelques instants dans la chambre d'un pas inquiet et fiévreux. Puis elle s'assit au piano et soupira d'une voix
'.ae. passionnée, cette chanson
. Mignon qu'Horace aimait
tant. Elle s'arrêta au milieu du
-'-rnier couplet, et se retour-
. .lut vers s.i mère :
— Non. je ne vou . comprends
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pas. Pouvez-vous bien me proposer sérieusement de renoncer à un liomme qui a toute sorte de bonnes qualités, à un liomme digne de mon estime, bien fait de sa personne ?
— L'autre matin qu'il riait tant, il avait l'air d'un superbe mouton qui a appris le copte, interrompit Mme Véretz.
— A un homme, reprit-elle, qui a ma parole. Vous craignez les mauvais propos ; c'est bien alors qu'on trouvera;! À gloser.
— II n'est que de prendre ses précautions. Nous ne le quitterons pas, il nous quittera.
— Et à qui le sacrifierais-je ?
A un septuagénaire.
— Ah! permets, le marquis n"a que soixante-cinq ans, et il
lie les parait pas. C'est un homme d'un beau passé et d'un aimable avenir. Je lui prédis les plus beaux succès de tribune, ce genre de succès qui fait qu'on pense à vous pour un portefeuille. La France est si pauvre en hommes ! Et puis, ma chère adorée, dis-toi bien qu'il n'y a que les vieillards, qui sachent aimer. Ils vous savent tant de gré de ce qu'on leur fait la grâce de les supporter I J'ajoute que M. de Miraval a le goût fin, il apprécie notre littérature. C'est écrit, il la trouve « du premier ordre. »
La-dessus, Mme Véretz quitta c nouveau sa broderie, courut sa fille, et la serrant dans ses bras :
— Tu te fâches ? dit-ell;. Eh bien, n'en parlons plus. La partie n'est pas égale entre M. de Penneville et son oncle. L'un te plait...
— Vous n'avez jamais le mot juste... Il ne me déplaît pas.
— Et l'autre te déplaît.
— Mon Dieu ! il me déplaisait.
— Bien ! les voili de niveau et de plain-pied, logés à la mém.: enseigne. Les paris sont ouverts.
— Vous avez raison, je finirai par me fâcher sérieusement, répliqua Mm.- Corneuil qui alluma une bougie pour se retirer dans sa chambre.
Elle allait sortir, elle s'approcha d'une fenêtre, contempla un
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iuDtJiii ,.i voûte étoilée. comme pour y chercher une inspiration.
Puis elle dit à sa mère d'un ton résolu et solennel :
— Soyez certaine que je ne consulterai que mon cœur. Si vous vous méprenez sur mes sentiments, je me réserve le droit de vous désavouer.
Mme Véretz l'embrassa de nouveau, en lui disant :
— Tu es un vrai roi de Prusse, toi; tu parles de ton cœur, de ta conscience; tu laisses faire en te réservant de désavouer. Allons, je serai ton Bismarck.
Et, à ces mots, elle reconduisit son ange adoré jusqu'à la -■orte du lieu très saint.
Le lendemain, il tomba dans les premières heures de la mati-
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née une petite pluie fine, qui mouillait ; cependant le marquis ne rendit pas visite à son neveu, ce qui affligea fort Mme Véretz; peut-être s'était-elle promis de l'arrêter, de s'emparer de lui au passage.
Dans raprès-midi. le temps s'éleva, et tlle proposa à sa fille de sortir avec elle en calèche. Horace ne les accompagna pas ; il tenait à revoir une fois encore son manuscrit, pour que le soir il n'y eût pas d'accroc dans sa lecture; il estimait que la mariée ne serait jamais assez belle.
Comme ces dames revenaient de leur promenade en longeant la belle esplanade de Montbenon, qui commande une vue admi-
rjblc sur Iw lo..; et les Aipes.
Mme Véretz. dont les yeux de furet voyaient tout, aperçut par la portière le marquis mélancoliquement assis sur un banc solitaire. Elle descendit lestement de voiture et pria sa fiUa de retourner au It^s toute seule.
Quelques minutes après, sans faire semblant de rien, elle passait à dix pas devant le marquis et poussait un petit cri de joyeuse surprise. M. de Miraval s'aperçut qu'entre les Alpes et lui il y avait un chignon du plus beau rouge ; il aimait mieux les cheveux blonds, mais il prit galamment son parti.
— Bénie soit sa Majesté le Hasard ! s'écria Mme Véretz.
Vous êtes mon prisonnier, mon-
sieur le marquis ; rendez-vous à discrétion.
Il lui offrit son bras, en lui disant :
— Mon geôlier me plaît beaucoup, chère madame.
— Je vous dispense d'être galant, répondit-elle. Je vous demande seulement de me parler à cœur ouvert, si toutefois c'est une chose à demander à un diplomate. Voyons, voulez-vous être sincère?
— Je le serai autant qu'Amen- Heb, surnommé le Véridique, lui dit-il, intendant des troupeaux d'Ammon et grammate principal.
— Convenez d'abord que j'ai le droit de vous questionner.
Votre conduite à notre égard
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n'a-t-elle pas été singulière ?
Depuis le jour où M. de Penneville vous a présenté à nous, vous avez pris à tache de nous éviter, de nous fuir.
— Oh! croyez, madame...
— En vérité, qu'avons-nous bien pu vous faire ? Vous avez sûrement découvert que je suis une sotte.
— Chère madame, dès !a première minute où j'ai eu l'honneur de vous voir, je vous ai tenue pour une femme de beaucoup d'esprit, et je ne m'en dédis pas.
— En ce cas, est-ce ma fille qui a eu h malheur de vous déplaire ?
— Votre fille ! s'écria le marquis. Serais-je assez maudit de
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Dieu et des honimes!... Mais elle est adorable, votre fille.
— C'est le mot de la lettre, pensa Mme Véretz; il a raison de s'y tenir.
Puis elle reprit :
— Monsieur le marquis, quel .; est donc ce mystère ?
— Eh ! madame, lui dit-il en la regardant de travers, vous êtes une femme très fine, et vous vivez avec des gens qui déchiffrent des hiéroglyphes. Je crains bien que vous ne m'ayez devine.
— Vous vous faites une idée exagérée de ma clairvoyance; je n'ai rien deviné du tout.
Voyons, serait-il vrai, comme le prétend M. de Penneville, que vous ayez un secret ?
— Est-ce que par hasard mon
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neveu l'aurait pénétré, ce secret ?
Vous m'épouvantez; il est le dernier homme à qui j'oserais taire mes confessions !
— Je le crois sans peine, pensa-t-elle. Nous tenons le lièvre par les oreilles.
Elle pressa doucement le bras du marquis et lui dit :
— Décidément je ne vous comprends pas, et j'ai la passion de comprendre. Vous ne voulez pas me le révéler, ce terrible Secret ?
— Jamais, madame, jamais.
Je n'ai pas encore perdu le respect de mes cheveux blancs, ils nie font peur; voulez-vous que je les couvre d'un ineft".iç.-ible ridicule r
— Vous êtes seul à vous
apercevoir qu'ils sont blancs, dit-elle en lui jetant une œillade des plus encourageantes.
— Et puis, reprit-il, vous nie trahiriez auprès d'Horace.
C'est la première fois qu'un oncle a tremblé devant son neveu.
« Il y faut renoncer, se dit Mme Véretz avec quelque dépit ; ses cheveux blancs et son neveu le gênent. 11 ne parlera pas avant que l'autre ait quitté la place. »
Après une pause :
— Monsieur le marquis, si vous aviez été moins avare de vos visites, vous nous auriez fait à la fois honneur et plaisir, car il me tardait de vous voir pour vous entretenir d'une
inquiétade qui me travaille. J'ai mon secret, moi aussi, et je désirais vous le confier. Oui, depuis quelques jours j'ai l'esprit fort troublé. M. de Penneville, qui a la fâcheuse habitude de tout dire...
— Très fâcheuse en effet, madame, je la lui ai souvent reprochée.
— Sans le corriger, poursuivit-elle, puisqu'il nous a rapporté une conversation qu'il avait eue avec vous, sans nous taire aucun des scrupules qui vous sont venus au' sujet de son mariage.
— Je le reconnais bien là, la malheureux, fit le marquis.
— Cela m'a donné beaucoup ;i penser, et je suis obligée de
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rendre hommage à votre haute raison. Je dois passer condamnation, je m'étais cruellement abusée. Il n'y a pas entre ces jeunes gens cette harmonie des caractères et des goûts qui est la première condition du bonheur.
— Qiie j'ai de plaisir à vous entendre ! s'écria-t-il. L'harmonie des goûts, c'est là le point ; encore n'est-ce pas assez. Dans les vues de la Providence et dans les -miennes, le mariage doit être une société d'admiration mutuelle. Or il est venu à ma connaissance... Oui, chère madame, je connais une femme du plus rare mérite. Elle a publié d'admirables sonnets, que lui envierait Pétrarque, s'il était encore de ce monde, et un traite
sur les devoirs et les vertus de la femme que Fénelon consentirait à signer, si Bossuet ne lui en disputait l'honneur...
M'écoutez-vous ?. . . Elle a fait don de ces précieux volumes à un homme qui prétend l'aimer ; l'infortuné n'a pu les lire jusqu'au bout. Que dis-je ? je les ai vus, ces deux volumes ; l'un n'est coupé qu'à moitié, l'autre est encore vierge, absolument vierge... Le plus beau de l'affaire est que le pauvre garçon s'imagine qu'il les a lus, et il est prêt à jurer qu'il les admire... Mais n'allez pas conter mon historiette à Mme Corneuil.
— Quand Mme Corneuil, ce qui ne peut manquer d'arriver un jour ou l'autre, répondit-elle
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Cil souriant, publiera un livre sur les devoirs des mères, soyez sûre qu'elle comptera l'indiscrétion au nombre de leurs vertus. Hélas ! oui, les mères sont tenues quelquefois d'être indiscrètes, et l'historiette que vous m'avez contée est bien propre à éclairer ma fille sur ses sentiments et sur ceux qu'on affecte d'avoir pour elle. Au surplus, je dois vous confesser qu'elle-même...
— Parlez, madame, parlez.
Vous devez, dites -vous, me confesser qu'elle-même...
— Oh ! ma fille est une âme profonde qui renferme ses sentiments. Mais, depuis quelque temps, je la vois pensive, soucieuse, presque triste, et je me
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. -inJc si c1!j ii'.i pas ùit. elle aussi. Sis réflexions.
Le marquis licli-i le bras de Mme Véretz pour s'essuver le front avec son mouchoir. Il y a dans ce monde des sueurs de joie.
« Ah ! tu jubiles, mon bonhomme, se disait intérieurement Mme Véretz, et tu ne penses plus à tes cheveux blancs . . . Voyons si tu vas parler. »
Le marquis ne parla pas. On eût dit que son allégresse lui ;;t oublier où il était et . qui. Il finit pourtant par s'en souvenir. II s'empara de la main de Mme Véretz et la porta presque amoureusement à ses lèvres, si bien qu'elle crut à une
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méprise. Puis, après quelques instants de méditation :
— Madame, lui dit-il, ce qu'il y a de plus difficile au monde, c'est de perdre son chien.
Elle se mit à rire et lui répondit :
— Je vous avais prévenu que je vous demanderais un conseil.
— Chère madame, répliquat-il, dans tous les hommes qui se mêlent d'écrire, il y a une passion plus forte et qui a la vie plus dure que l'amour : c'est l'amour-propre, et, pour tuer l'amoureux, il suffit quelquefois d'égratigner l'auteur avec la pointe d'une épingle.
— Nous sommes faits pour causer ensemble, lui dit-elle;
nous nous comprenons à demimot. Mais, je vous prie, monsieur le marquis, si l'épingle produit cet effet miraculeux, me direz-vous votre secret?
— Non. madame, mais je vous l'écrirai.
— Voilà qui est bien entendu, répondit-elle en lui tendant ses deux mains, qu'il serra dans les siennes avec une reconnaissance convulsive.
Apres quoi elle reprit le chemin de la pension Vallaud en se disant :.
« Cet homme est le gendre idéal, celui de mes rcvcs. »
Depuis vingt minutes bien comptées, il lisait. On l'écoutait ou l'on paraissait l'écouter. Le joli salon du chalet était situé au rez-de-chaussée, et. la soirée étant tiède, on avait laissé la fenêtre ouverte. S'il y avait eu des passants, le bruit de leurs
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pas aurait pu h déranger; mais, grâce à Dieu, il ne passait personne. Jacquot et sa trompette s'étaient retirés dans leur mansarde où ils dormaient paisiblement dans les bras l'un de l'autre . Les oiseaux du parc étaient convenus de se taire pour pouvoir mieux l'entendre, sans perdre un mot; il est vrai qu'on était dans la saison où ils ne chantent pas. Du sein des demeures éthérées, les étoiles, ces habitantes de l'éternel silence, lui jetaient un regard ami. Il lisait avec dignité, avec feu, avec conviction, mais avec modestie. De temps à autre, il s'arrêtait pour dire :
— Trouvez-vous que j'aille trop vite? Dans mon enfance.
on me reprochait de bredouiller.
Avez-vous de la peine à me suivre? Voulez -vous que je recommence ? Vous allez me demander mes preuves ; attendez, je les fournis plus loin. Si vous avez quelque observation à me faire, ne vous gênez pas. je vous en serai fort obligé.
Mais on n'avait garde de lui adresser aucune observation, et personne ne le conjura de recommencer.
Nous avons dit qu'il avait la précieuse faculté de combiner ^es sensations, ce qui lui permettait de se procurer plusieurs plaisirs à la fois, et tous ces plaisirs divers n'en faisaient qu'un. Par la croisée entrebâillée pénétrait dans I;; salon
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une exquise senteur de troène fleuri. Il respirait avec volupté ce parfum, et, bien qu'il fut très appliqué à sa lecture, il contemplait par instants les étoiles, et il pensait à deux beaux yeux bruns, mêlés de fauve, plus doux à regarder que tous les astres du ciel. Ces yeux si doux, il ne les voyait pas ; Mme Corneuil s'était assise à l'écart sur un divan moelleux, et l'importune clarté de la lampe n'arrivait pas jusqu'à elle. A demi couchée et muette, elle était tout oreilles; l'ombre est favonable au recueillement. Je ne voudrais point jurer cependant qu'elle n'eût pas quelques distractions; peut-être pensaitelle par interv.-illes à deux
volumes qui n'avaient pas été coupés. Mme Véretz était assise à son tambour, en face du lec-" tour, à qui, tout en brodant, elle adressait de petits signes de tète approbatifs. Son sourire et le pétillement de ses yeux verts exprimaient assez le vif intérêt qu'elle portait aux Hycsos, à moins que ce sourire ne voulût dire simplement :
« Dieu soit loué, mon cher monsieur, l'habitude rend tout supportable. »
Il lisait, tournant les feuillets à regret, car il se sentait si heureux qu'il souhaitait que son bonheur et sa lecture ne prissent ' jamais fin. Avant qu'il commençât, une main délicate, qu"il aurait voulu toujours garder
dans la sienne, avait placé devant lui un grand verre d'eau sucrée. Il y trempa ses lèvres, toussa pour s'éclaircir la voix, puis reprit en ces termes :
« Nous avons démontré que l'histoire de Joseph , fils de Jacob, telle qu'elle est contenue dans les chapitres xxxix et suivants de la Genèse, présente un caractère manifeste d'authenticité. Les noms propres, si importants en de pareilles matières , en font foi . Comme chacun sait, l'officier de Pharaon, chef de ses gardes ou de ses eunuques, qui avait acheté Joseph aux Ismaélites, et avec la femme duquel il eut cette déplorable aventure d'où il ne réussit à se tirer qu'en lui lais-
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sant son manteau, s'appelait Potiphar, et Potiphar n'est pas autre chose que Pet-Phra. qui signifie consacré à Rà ou au dieu solaire. Joseph reçut du Pharaon le titre de Zphanatpaneach, qu'il faut traduire par Zpent-Pouch ; or Zpent-Pouch veut dire créateur de la \ie, ce qui prouve assez la gratitude que les ÉgA-ptiens gardaient à Joseph pour avoir pour\'u à leur subsistance pendant la famine. On lui donna en mariage la fille d'un prêtre de On ou Annu... >
Id, il se tourna vers Mme Véretz pour lui dire :
— -Est-il besoin de vous expliquer que On ou Annu est la ville du soleil, ou Héliopolis?