‹ Le roi BombanceChapitre 30 sur 56 · DS D RS · texte numérisé non relu

DS D RS

last nienié dot,

tete dééncn ana dde ne dede Elite dd ds NS

ses joues,neiger de la suie par flocons... Un chathuant lui effleura le visage. et il quitta la fenêtre, reculant horrifié devant les prunelles vertes et brûlantes du fantôme véloce qui s’arrêta dans l’embrasure.

C'était Sainte Pourriture..… Elle s’assit élégamment sur le rebord de la fenêtre, en une pose souple et volutée de page aux belles hanches; puis, tirant de son manteau de brume une cithare d’argent, Sainte Pourriture chanta la chanson du

Remords et de la Vieille Souffrance!

Alkamah plonge sa tête dans une grande jarre pleine de vin pour y boire abondamment.Dans le silence l’on entend seulement le glouglou de sa large bouche.

BUTOR, ivre-mort.

Chante-nous, pèlerin, la Chanson du Remords.

ALKAMAH , tirant des profondeurs de sa cagoule une frêle cithare d’or, dont il frôle légèrement les cordes plaintives avec sa main droite.

Ton enfant était rose. plus rose et parfumé qu’un soleil printanier endormi dans les fleurs. Ses bras dodus et soyeux s’enroulaient

sur ton vieux cou rugueux

telles deux couleuvres familières

sur un nœud de cordages!...

Son sang coulait avec tendresse, avec délice

sur ton poignard et tes deux mains aiguës

qui cherchaïent dans sa gorge le fil insaisissable!… Son sang coulait avec tendresse, avec délice

plus frais et lisse qu’un ventre de lézard,

sur tes deux mains aiguës...

que percent à jamais deux brûlures de lave.

ESTOMACREUX

Dis donc, le Pèlerin de malheur, tu n’auras pas, je l'espère, le mauvait goût de faire des allusions à notre festin!

ALKAMAH

Dieu et Satan m'en gardent! Votre ripaille est honnête! Manger un roi et ses courtisans.. ce sont là entremets innocents! Le remords c’est plaisir de vilain... et vous vous traitez, ce soir, en grands seigneurs! (Reprenant la chanson.)

Réjouis-toi, donc, car ton cœur est sauvé!

Ton remords surhumaïn te guérit à jamais

des déchirantes nostalgies et des ivresses noires dont la mer printanière

sanglote en pantelant sous les clous

incessants des Etoiles!

Sainte Pourriture chantait ainsi... et cependant la pénombre de la cellule se feutrait d’ailes immondes. Le savant tâtonnait,cherchant sa lampe dans le noir, palpant les murs qu’il sentait tous capitonnés de chats-huants plaintifs.. La lampe allumée.…. Sainte Pourriture était encore là !... Mais le savant cria d'horreur en voyant que toutes les rides de son corps éclataient une à une sans douleur. en égrenant des pierreries sinistres... des gemmes vivantes alourdies de larmes. Il reconnut une à

mn PT ECS EE TS cé

. une les prunelles des cadavres qu’il avait dévorés!… Regards de roi, éclatés d’effroi.… hautains ou courroucés!.… Et le savant bondit.. pour se fuir. pour s’arracher à lui-même! Vers.où, donc?... Il re-

tomba sur sa couche, la tête inclinée sous un joug

‘ invincible, les yeux rivés aux rides infâmes de son

végtre he

Ce fut alors que, dans un éclair scélérat, il recon- | nut les prunelles adorées... prunellés de gomme | noire transparente toutes pailletées d’or. les pru- | nelles de son fils! La voix de Sainte Pourriture se

L fit rauque tout à coup... miaulantcomme par accès...

| par saccades avec de longs sanglots et... sa cithare

! rendait un son discordant et bâillonné.….,

: Le savant, frappé par la folie, s’élança hors de

1la fenêtre dans les bras de Sainte Pourriture..

| pour fuir son. son ventre...et son nombril Ha

| bre où Pbrient de tendresse et d’amertume les

| | prunelles de son fils !..

ESTOMACREUX, secouant brutalement la table.

Mordieu!... Finis là ! J’en ai assez! Finis »Oujete [tue!.. (Zn se tordant comme dans les ares de l’empoisonnement.) Aïe! Quelle douleur ! C’est comme si un villebrequin me forait les tempes.., Ah! comment le digérer. ce roi de malheur ?

BUTOR

Holà ! le Pélerin ! chante-nous donc la Chanson du

FRemords. :Chante- -nous donc les autres strophes.…, [

ALKAMAH, en tirant des accords douloureux de sa cithare. Mieux vaut pour toi, ce grand crime Sanguinolent à jamais sur ta vie.

Ton remords surhumain..

ESTOMACREUX, s’archoutant contre la table et brandissant un énorme coutelas.

Vil intestin de démon !.. Tiens ! (77 luilance le coutelas en pleine bouche, avec l'adresse d’un jongleur.)Voilà qui coupera ton éloquenice.

Il retombe àplat, contre la table, râlant et bavant d’épuisement.

ALKAMAUH, frappé en pleine bouche par le coutelas d'Estomacreux, jette un cri déchirant et s’affaisse.

Malédiction !..

ANGUILLE, se penchant sur la table et appelant Bedaine assoupi.

Bedaine, regarde-donc ! Estomacreux a tué le pèlerin | ALKAMAH, d’un bond se relève, et dressant sur la table sa taille devenue démesurée et son capuchon biscornu, il se

tamponne le visage sanguinolent et la bouche délabrée, en hurlant d’une voix rauque, étcuffée par les flots de sang.

O toi, grand avaleur de Rois pourris, toi Île plus puissant des Bourdes... je roule dans ma 4 gorge et je mâche entre mes dents un grand bloc rouge de vengeance et de douleur... qui peut bien 4 d’un seul coup.. broyer ton cœur !... Tu le vois. je le mâche entre les dents, ce bloc de vérité!. Ecoute bien !... Ouvre immensément tes oreilles [M

nd

Débrouille ta cervelle et... tâche de comprendre!. (Alkamah crache son sang au visage d'Estomacreux vautré sur la table.) Sache donc que, dans le pays des Crotules, la peste a tué ta femme et ton à fils adoré !... Sache encore qu'ils ont agonisé longtemps en maudissant ton nom exécré, syllabe par | syllabe !.., et tous les cheveux de ta tignasse pouil- | leuse !... et tous les membres de ton corps !. toi... tes Ancêtres… et tous tes descendants ! | |

Estomacreux baisse la têtecomme sous un coup de massue et demeure figé, contre l’arête de la table.

| ANGUILLE, s'adressant à Alkamah qui s'éloigne,en s’appuyant

| lourdement sur son bourdon et va s'asseoir sur un esca-

! beau près du brasier.

| Tu las tué! Faut lui faire une oraison funè-

bre!.. (A Bedaine.) Bedaine, Je vois feu Bombance

qui me fait des pieds de nez, entre les dents d’Estomacreux !... Ce maudit brasier me tire sa langue

| d’or. Dis donc, Butor et Gueuleton, nous regardent fixement. Ont-ils bien mangé ?

LE PÈRE BEDAINE

Ils ont repoussé les conserves de viandes royales !... Ciel ! Ils font clapper leur langue en nous regardant... Je faiblis... Quel sommeil !.…

ANGUILLE Ne t’endors pas !

Il pique Bedaine avec sa fourchette,

Se

LE PÈRE BEDAINE, sursautant de frayeur dans son sommeil, le torse incliné vers le haut bout de la table pour s’éloigner autant que possible de Butor.

Aïe! Aïe! Tu as raison... Anguille. Ils vont nous dévorer. Que veux-tu? Je leur ai bien poussé sous le nez la baignoire d’or de Poulemouillet ! 4 Mais ils n’en ont pas voulu. (Frissonnant.) Cette flamme qui gesticule derrière moi comme un dé-J mon !.….

ALKAMAH, avec une voix sombrée et monotone qui semble arracher des sanglots à sa cithare.

Réjouis-toi, réjouis-toi Car ton cœur migrateur ct sauvé !.…

Il est des nuits géantes qui nous guettent . au tournant de la vieillesse; et nous arrêtent surplombant tout à coup nos détresses en un déchirement de brumes, ainsi que des falaises lavées d’éclairs, dans la tourmente !..

Il est des Nuits fougueuses, etsursautantes toujoursenselle, l'épée au poing, poignard aux dents qui galopent au travers de nos couches livides, en défonçant nos corps malades !..

Des Nuits qui nous enlacent

ténébreusement, vrillant nos os

de leurs deux seins pointus de glace !.…

Des Nuits qui font reluire

et sonner leur grand rire

tel un cimeterre pointé

sur les vantaux des vieux manoirs abandonnés".

Réjouis-toi!... Désormais.

tu auras des nuits plus tranquilles !

LE PÈRE BEDAINE, s'adressant à Anguille.

Je n’y vois plus! Aïe! Mes paupières brâlent !

Dieu ! Quelles mâchoires ! Ah ! si je pouvais me lever. Regarde, Butor et Gueuleton s’approchent de nous!

Il fait de vains efforts pour se lever.

ALKAMAH, dont la voix s’enfièvre et s’assombrit de plus en

nb drhEt

plus.

Dans l’amertume des soirs d'Automne

jaunes rances et grelottants,

tu ne guetteras plus le sourire

vénéneux des Etoiles.

Et ton âme gloutonne

devançant au galop ton corps infatigable, lande après lande, vers l’au-delà des horizons, ne voudra plus mordre rageusement

le cœur tourbillonnant et rose

de l’Infini !

Car tu as dans ton cœur

un remords monotone aux mâchoires symétriques, une souffrance méthodique, avec, d’heure en heure, des coups de dents... des tours de vrille

isocrones comme un balancier d'horloge !.

Le cœur de l’homme est puéril, Il adore sa douleur... comme une fillette adore sa poupée... au point de partager avec elle ses fleurs et ses jouets...

Cela t'empêchera de pleurer sans raison... comme un enfant dans les ténèbres !

ANGUILLE

Les lueurs du brasier projettent leurs ombres c@ lossales...là-bas, regarde donc, Bedaine!...Brr!. (Ramant dans les ténèbres pour attirer à soi ll brocs de vin.)J’aipeur!. il faut boire pour retrouvé sa force! Cet élixir necontient pas l’audace roug et la folie dont j'ai besoin!. C’est étrange !. P4 moyen de me griser! (7{ boit à longstraits.)Mar son surnage toujours comme un malheureux pe bouchon sur des océans d’alcool!.(77 vide coup st coup trois grands brocs de vin.) Je me sens bea coup mieux! Ah!... J’y vois plus clair... Dieu qu fait noir! Où est Butor? le voilà! Je te défi Butor... (Æelroussant ses manches,comme un li teur.) Vois-tu, mon cher Bedaine, l’homme est u tragédie hilare qui... ne sera jamais représent et que l’on répète incessamment (avec un gra hoquet)dans la pénombre d’un théâtre fermé sur clarté du jour. |

Il se lève, chancelle en tournant aut@ d'Estomacreux, et s’avance vers le bi sier en portant un grand broc pl d’élixir dont il répand la moitié terre.

Nos désirs passionnés sont les acteurs présom tueux et véhéments de cette répétition fantômale Inexplicablement, dans la salle crépusculaire, tal

es artistes gesticulant tombent l’un après l’autre, uis deux à deux, puis quatre à quatre, mourant le ras levé, au beau milieu d’une tirade.… bien avant tue la toile ne se lève!... La Nuit des Nuits tombe eu à peu au dehors : ce qui rend l'obscurité à intérieur du théâtre de plus en plus logique! Voilà L'un acteur enragé d’éloquence brise une vitre n tombant... Le souffle de la nuit définitive glace à sueur des survivants, qui s'efforcent toujours lêtre plus tragiques où plus divertissants, sans érrifier ou égayer — en fait de spectateurs — que és vieilles Etoiles morfondues de sommeil et d’enlui! Bedaine, Bedaine, tu ne m'écoutes pas ?

histoire, vois-tu? autant de répétiions générales le cettetragédie saugrenue.….(// boitun grand coup le vin.) Un jour viendra où les murailles s’écroufront tout autour des acteurs qui répéteront en ein ciel, jouant leur agonie dans le grand amphihéâtre du firmament, couronné, à tous ses étages, le jeunes Etoiles aux nudités resplendissantes et leuries.

L Alors, vois-tu, sur les cadavres convulsés des lerniers acteurs, le ver, seul triomphateur et seul pectateur, rira bien, parce qu'il sera le dernier à re !

} L’humanité? c’est un petit enfant mal né, susndu à la mamelle de la terre, et l’écorchant de s petits doigts griffeurs déjà crispés par l’agonie…

LE PÈRE BEDAINE, en proie au cauchemar.

Suis-je vivant, Anguille? Attrape ma tête qui file... J'entends les trompettes du Jugement der+4 nier! Oh! qu'il fait noir, quelle heure est-il ? |

ANGUILLE, tour à tour écrasé de fatigue et frénétique, les prunelles exorbitées par le délire.

Il n’y a pas d'heure dans le royaume des Bour des. Le Temps n’est qu’une façon de couper pail tranches illusoires cette interminable andouillé qu’on appelle Eternité! Moi je ne puis cesser et m'appelle Toujours! Tu es trop borné pour m@& comprendre, mais, en revanche, ton ventre est 1lli | mité.Les dimensions infinies de ton ventre excluen donc l’existence de cette salle...Et tu t’appelles Par tout! Quant à moi, je suis l'esprit inassouvi de 14 Faim, et je flambe dans ton ventre aux rondeurs transparentes comme au beau milieu d’une lantern& magique..

Regarde, là-bas, sur l’écran noir de l’impossiblef Cette ripaille de rois et de vassaux, ces sanglantes émeutes. et ces indigestions vomissantes ne son que des projections lumineuses de mon esprit flam bant droit derrière les vitraux convexes de toi ventre. (£n lui donnant une formidable tape pou le réveiller.) Debout, mon cher Partout! Moi, jt m'appelle Toujours. (£n délirant avec des geste: frénétiques.) Je suis donc Dieu! (Soucteux.) Non! car les nausées me font souffrir... comme le Christ

RAP Ge CCE

2 Je suis le fils de Dieu et je porte ma croix dans

> mon ventre!

Sa main droite brandit une fourchette avec au bout de la viande etsa main gauche tient un broc plein de vin. Tout en dansant devant le brasier, il tend tour à tour la fourchette et le broc, de façon que l'ombre agrandie de appât danse devant les ombres de Gueuleton et de Butor, projetées sur les volets fermés.

| Mangez! (il tend la fourchette) ceci... est mon corps! Buvez!.… (/! tend le broc de vin.) Buvez. ceci est mon sang!

GUEULETON, d’une voix caverneuse.

J’ai faim !.… BUTOR

Je meurs de faim!

Il se jette sur Bedaine et le terrasse.

Gueuleton terrasse Anguille. Fracas de lutte dans les ténèbres. Jurons et râles agonisants. Le brasier s'éteint. Aussitôt le corps de Canard se décroche et tombe sous la poussée des volets qui s’ouvrent.

| SAINTE POURRITURE, apparaît dans le cadre des vitrages. Ë Cest un long fantôme de brume qui ouvre mollement ses | bras fumeux, en balançant une tête de lune verte exténuée. | Sa voix rauque, sifflante et douce, roucoule par instants | comme celle des ramiers.

Je viens à toi, Bombance... Je distingue entre | toutes lodeur chaude et musquée de ta chair...

qui lentement se décompose sous mon haleine.

ALKAMAH, rampant sous le brasier éteint.

Odeur de suie… et d'algues mortes. C’est elle! La voilàl... (77 entend craquer des os.) L'on dévore toujours ici... Nid de vampires !.…

SAINTE POURRITURE, s’avance en glissant silencieusement dans le réfectoire ténébreux. Ses vastes prunelles d’émeraude brûlante et liquéfiée versent un poudroiment verdâtre de grotte enchantée. Elle passe le long de la table, laissant flotter derrière elle ses bras fameux, comme de molles écharpes qui caressent les convives vautrés. Leurs fronts restent {ous marqués d’une petite croix blanche. Sainte Pourriture s'arrête devant Estomacreux devenu monumental, monstrueusement accoudé, la bouche grande ouverte dans l'impossible effort de vomir, puis elle se penche pour jeter un coup d'œ:l au Roi Bombance coffré.….

Console-toi, Bombance,Intestinillustre longtemps vénéré par les Bourdes, Boyau sacré, Estomac royal etdélicat, console-toi, car mon haleine suffocanteet torr.de fera bientôt éclore toute une couvée de rois aussi paillards et carnassiers que toil... C’est la loi souveraine! Se défaire dans la mort illusoire, pour se refondre et renaître identique! Cest la loi décomposante qui gouverne les mondes !

AUKAMAÏL, rampant devant la porte de la cuisine. Elle numérote les cadavres, avec ses longs doigts de craie... comme des ballots sur l’embarcadère, avant de les entasser dans la cale de sa galiote puante qui appareille vers le néant!

Page 1