‹ Le roi Cophétua; drameChapitre 20 sur 30 · LE ROI DE TIIURINGE · texte numérisé non relu

LE ROI DE TIIURINGE

Ne pleurez pas ! Madame rirait de vos larmes.

LE ROI DE TONGRIE

Pouah ! une vagabonde !

GOLDIVIAR

Une vraie va-nu-pieds, ramassée sur la route I

DOLCIANE

Mon père !

gold:\iar

Un gibier pour les valets de ferme!

COPUÉTUA

Sont-ce des rois qui parlent? N'avez-vous point de honte ! Si l'hospitalité ne retenait mon bras, vos têtes me paieraient vos ignobles injures. — Ne les écoute pas, ma douce Rosamie ! Ils ont perdu le sens.

le ROI DE TIIURINGE

La menace et l'insulte I

GOLDMAR

Un félon! Un bâtard, sûrement I Car jamais un vrai fils de roi n'aurait commis une telle bassesse.

COPIIÉTUA

Lâches I

EHMENGARDE (l'arreiant)

N'oubliez pas, mon fils, qu'ils sont vos hôtes.

GOLDIMAU

Vos hôtes? Jour de Dieu ! Elle est vraiment royale, votre hospitalité! Elle est faite d'offense, d'outrage et d'infamie. Rien ne vous fut sacré, ni ces jeunes princesses, nos filles bien aimées, nobles et tendres fleurs de notre sang royal, ni nos cheveux blanchis sous les saintes couronnes, ni notre antique honneur, respecté de tout l'univers! Maudit! Trois fois maudit soit ce hideux palais, habité par l'insulte! Que le malheur y entre comme nous en sortons ! Qu'il croule sur vos têtes! Qu'il soit votre tombeau ! Et que puissent bientôt y pourrir vos charognes! A moi, mes chevaliers I mes pages ! mes soldats ! Autour de votre roi serrez vos rangs fidèles !

LE KOI DE TIIUIUNGE

A moi, Thuringel

LE ROI DE TONGRIE

A moi, Tongrie!

(iOLDMAR

Allons! Partons! Nous reviendrons avec de puissantes armées, et le fer et le feu feront de ce royaume un monceau de ruines sanglantes et fumantes, — monument de l'offense et de son châtiment.

LE ROI DE TnURINGE

C'est la guerre!

LE ROI DE TONGRIE

La guerre !

GOLDIMAR

Pour une mendiante assise sur le trône d'un misérable roi imbécile ou dément ! Ton peuple la bénisse, 0 roi Cophétua, car il devra verser pour elle tout son sang! Allons! sortons d'ici-

LE ROI DE TOURINGE

Sortons! Sortons!

LE ROI DE TONGRIE

Sortons !

(Les groupes commencent à sortir avec agitation,)

COPUÉTUA

Que les trompettes sonnent! Qu'on rende les honneurs à nos hôtes royaux avec tout le respect qu'on doit à leurs couronnas! (Les trompettes sonnent. Les soldais présentent les armes et inclinent les étendards.) Adieu, nobles princesses! Je demande pardon avec humilité à vos cœurs virginaux que mon amour offense. Vous me pardonnerez lorsque vous aimerez.

DOLCIANE

J'ai déjà pardonné. Adieu! Soyez heureux! (Tous les étrangers sont sortis.)

COPUÉTUA

Quoi! l'amour le plus pur peut-il troubler le monde, provoquer le courroux redoutable des rois et livrer un royaume aux horreurs de la guerre? Vous avez vu leurs yeux éclater de fureur. Vous avez entendu leurs bouches solennelles vomir des mots grossiers et des serments hideux. La colère remue la vas2 au fond des âmes. Gardons les nôtres claires comme le pur cristal qu "habite la lumière, et, détournant nos cœurs des querelles honteuses, ouvrons-les tout entiers aux anges rayonnants qui portent dans les plis de leurs robes fleuries ces trois joyaux: l'amour, la joie et le bonheur.

ROSAMIE

Ah ! laissez-moi partir si vous ne voulez pas que je meure de honte. Laissez-moi déposer à vos pieds ma couronne en bénissant la main qui la mit sur mon front, dans une heure céleste! Seigneur, notre union appelle le malheur. Tout, hélas! nous l'annonce. Le Ciel ne permet pas que les princes épousent des femmes de ma sorte. Déjà de toute part les menaces se lèvent, s'assemblent et tournoient sur votre front royal comme un vol de corbeaux. l'eutêtre mon départ peut vous sauver encore. Je dois partir. Adieu! Mon cœur se brise. Adieu!

COPHÉTUA

Eh quoi! j'ai tout bravé pour t'asseoir sur mon trôn-, ma Rosamie, et toi, tu vas m'abandonner!

(// se détourne en pleurant).

ROSAiMIE

Ah! vous aviez raison, madame, ce matin! Vous connaissez la vie. Pardonnez-moi: j'aurais dû fuir. Ah! dites-lui qu'il faut bien que je parte! Vous essuierez ses larmes. Adieu, Madame! Adieu.

ERMENfiARDE

C'est ce matin, ma fille, qu'il fallait songer à ces choses. A présent vous êtes la reine. Allons ! Il faut

penser, il faut agir en reine. Restez! Votre devoir vous retient aux côtés du roi. Soyez digne de lui et de votre couronne. Et soyez tous les deux dignes de vatre amour. Donnez-lui le bonheur et Dieu fera le reste. (Elle pousse doucement Rosamie dans les bras du roi.) Eh bien, qu'attendez-vous, mon fils, pour ordonner les fêtes nuptiales. Un orage se lève. Il y faudra demain faire face, peut-être, d'un cœur bardé de fer. De ce jour qui vous reste pour l'amour et la joie, ne perdez pas une heure ; que chacune de ses précieuses minutes, enfants, vous soit sacrée comme un trésor divin. Allons, mariez-vous — avant qu'il soit trop tard.

COPHÉTUA

Mario, prends mes ordres. Qu'on ouvre la chapelle! Que de nobles musiques y fassent retentir des marches éclatantes! Que dans des flots d'encens mes prêtres, revêtus de leurs robes de fête, s'assemblent dans le chœur afîn de recevoir notre double serment! Et vous, puissants seigneurs, fidèle et magnifique noblesse du royaume, venez devant l'autel saluer votre reine. (Fanfares, musique, les groupes se forment pour une marche.)

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