‹ Le roi Cophétua; drameChapitre 3 sur 30 · LA DAME · texte numérisé non relu

LA DAME

Bien, madame.

(Elle sort.)

ERMENGARDE

L'Astremonde et la Nordlande seront en fête, ce soir, et les autres royaumes trembleront. Il y aura,

tout à l'heure, d'âpres dépits et d'orageuses colères: vaine et fugace écume au pied du solide rocher que formeront nos deux royaumes inébranlablement unis.

(Entre Goldmar, roi de Nordlande.)

GOLDMAR

Dieu vous accorde, Madame, la joie et le bonheur dans cette brillante journée, qui donnera une jeune reine au noble royaume d'Astremonde.

ERMENGARDE

Sire, votre bonheur sera, sans doute, égal au mien. Je voudrais confier tout bas, à votre oreille, le mystère caché dans le cœur de mon fils. Pour moi, déjà, ce n'est plus un mystère et le choix qu'il fera, tantôt, aux yeux de tous, il me l'a confessé en m'embrassant, ce matin. Tout à l'heure, au milieu de la cour assemblée, il offrira son cœur et la couronne d'Astremonde à votre aimable Dolciane.

GOLDMAR

Dieu soit loué! C'est mon souhait le plus ardent et de père et de prince. Car Dolciane l'aime et leur sainte union, joignant nos deux empires et fermant à jamais leurs querelles sanglantes, fera naître, plus tard, quand je ne serai plus, un Etat sans égal, pour l'éternel bonheur de nos peuples pacifiés, pour leur grandeur commune et leur invincible puissance.

ERMEM.ARDE

Gardez bien le secret jusqu'à l'heure fixée pour le choix solennel, car il importe que la fête, Monseigneur, ne soit point troublée par la colère ou le départ tumultueux des autres princes, nos nobles hôtes !

GOLDMAR

Bien ! Je serai muet ! Je vais les rejoindre au jardin, où nous faisons, tous les matins, nos promenades fraternelles. Je ne leur parlerai que des nouvelles politiques, et de la chasse, et des chevaux, et des meilleurs faucons de nos fauconneries. Dieu vous garde! Madame, je vous baise les mains.

(// sort.)

ERMENGARDE

Adieu, Sire ! — A présent, il sait ce qu'il doit faire.

Page 1