‹ Le roi de BéotieChapitre 27 sur 46 · SCÈNE III Labbé, Delestre · texte numérisé non relu

SCÈNE III Labbé, Delestre

« Veuillez m'accorder un moment et je suis à vous, très cher... des affaires sérieuses... tout retombe sur ma tète, je suis littéralement accablé... je continue... continuez, Georges !.., « et que nous aidons lieu d^être surpris^ ces messieurs et moi de nai>oir pas encore reçu. » Hem ! pour la formule finale il s'agit d'être correct sans laisser deviner son jeu. Voyons î si je mets « J'ai V honneur de... » j'ai l'air... non I soyons froids, mais corrects ; mettez « Veuillez agréer nos salutations empressées )). Signature illisible. Ces bougres-là sont d'une habileté merveilleuse, mais ils comprendront à qui ils ont affaire... Je suis imperturbable, moi !... un rocher... Mettez ça au courrier et voyons autre chose... Ah... je suis à vous... Comment ça va-t-il, très cher ? Et... qu'est-ce qui me vaut l'avantage de votre charmante visite ? ce n'est pas tous les jours que nous avons le plaisir de vous recevoir à notre Rayon ?... Quelque drame, quelque mic-mae, je suppose ?... l'arrosage du chien ?... la demoiselle du téléphone ? non ?

— Pour l'instant je me contenterais de vous demander si vous avez une connaissance assez approfondie de l'anglais pour traduire ceci...

— Ah ! l'anglais ! la langue du monde chic.

Beuh ! oui ! quelques mots par ci par là comme tous les jeunes gens qui ont reçu une certaine éducation.

— J'ai en mains une facture anglaise... qu'estce qu'ils veulent que je fiche avec ça ? Je trouve triste et désagréable d'ennuyer ainsi les chefs de Rayons d'une façon aussi... peu intéressante. Sapristi ! il me semble qu'ils pourraient bien s< donner la peine d'écrire les factures d'une façon compréhensible. Est-ce que je comprends l'anglais, moi ? qui a eu la satanée idée de passer une commande à ces Englishs ?

— Quels sales gens que ces Anglais ! le fait est qu'en matière de correction... les Anglais ne sont pas mal réussis. Évidemment il est cerLain que chacun écrit dans sa langue maternelle, mais le français est la langue diplomatique... ah ! ah ! ah ! Etes-vous partisan de l'espéranto... notez bien que bientôt il faudra être licencié ès-langues vivantes pour être chef de Rayon dans une maison un peu importante de la place.

— Est-ce que vous n'êtes pas bachelier ? Ma naturelle discrétion m'interdit de... mais je vous confie que je vous croyais bachelier.

— Bachelier ! Évidemment, mais ça ne prouve rien. Croyez bien que si je savais l'anglais je ne serais pas ici à l'heure qu'il est. D'ailleurs j'n* passé mon baccalauréat avec l'allemand. Enfin... vous... Bon ! en ce qui concerne la facture, ne vous affectez pas plus qu'il n'y a lieu, j'arrangerai ^n : jo vais allor voir ] iiiut aux Jouets d'Enfants...

Il a des notions d'anglais et nous nous entendons très bien.

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