‹ Le roi de BéotieChapitre 6 sur 46 · PETITE CRISE DE DANDYSME ÉTUDIÉE CHEZ UN ADOLESCENT · texte numérisé non relu

PETITE CRISE DE DANDYSME ÉTUDIÉE CHEZ UN ADOLESCENT

« Monsieur Anselme, il est Fheure d'aller au cours ! — C'est Dimanche, Anna ! — Alors il est rheure d'aller à la messe, monsieur le vicomte.

— La messe se passera de moi aussi bien que je me passe d'elle. — Oh ! un vicomte ne pas aller à la messe le Dimanche ! Que diraient les Pères s'ils le savaient ? — Ne m'appelez pas vicomte, Anna, je suis républicain, démocrate, apache et maquereau. Et donnez-moi mon chocolat ! — Si votre grand-père vous entendait ! — Anna ! je voudrais bien savoir pourquoi on me donne mon chocolat avec des petits pains et non pas avec des biscottes, comme cela se fait partout ?

— M. le comte ne veut pas entendre parler des biscottes ! Il ne veut pas qu'il entre une biscotte à la maison. — Eh ! bien ! je veux moi, des biscottes : vous lui direz que c'est moi qui les veux et j'exige des biscottes flamandes de chez Colombin, pas d'ailleuis. Anna ! venez ici, vous avez vraiment un joli cou ! oh ! la jolie nuque que vous avez là, Anna ! où avez-vous été chercher cette nuque ! c'est massif ! c'est gras ! c'est important !

1. Cette nouve'h* a pnrîp dan*? lo jon-nal VElan. Directeur: Ozenfant.

c'est doré ! — Taisez-vous ! Monsieur Anselme, je vais le dire à votre grand-père. — Ajina ! ne vous en allez pas ! dites-moi ! comment se fait-il que je n'ai pas une paire de chaussures à me mettre ? — Bonne Sainte- Vierge ! mais monsieur le vicomte a trente-sept paires de chaussures dans le haut de l'armoire du cabinet de toilette 1 — Quand je dis que je n'ai plus une paire de chaussures à me mettre, je sais pourquoi je le dis. Galloycr n'a pas envoyé celles que je lui ai commandées ? je les lui ai commandées moimême pourtant. — On sonne, Monsieur Anselme l c'est Madame !... — Anna ! vous téléphonerez à mon ami Georges... vous savez... Saxe 48-62... que je le trouverai à trois heures précises chez Fouquet. »

Pour manifester en faveur des biscottes son mépris des petits pains, il exposa au coin de la table de nuit celui qui flanquait la tasse. Puis le pain partageant le mépris avec le chocolat, il passa le temps de le refroidir assez pour s'en débarrasser d'une lampée en lisant le chapitre XV du livre intitulé : Les Blondinettes de BelleMle et leurs joyeux amis, « C'est très bien écrit ! déclara Anselme pour exprimer moins ses opinions d'ancien rhétoricien dogmatique que la satisfaction de ses curiosités de jeune vicomte. Puis, la première toilette de ce corps gras et blanc eut la première heure de son lever, La seconde toute entière régla les ongles des mains. Les ongles des meilleurs dandies étaient cet hiver-

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