‹ Le roi de la BazocheChapitre 13 sur 20 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

1 94 LE ROI Dr, LA BAZOCHE.

Goelle se redressa de loute sa hauleur, son visage avait pris une expression féroce, ses sourcils s''ëtaient rapproches ; il croisa ses deux bras sur sa poitrine et mesura Guillaume d'un regard chargé de mépris et de colère»

— Monseigneur, dit-il d'une voix vibrante, ce que vous venez de dire est-il bien vrai?

— Tu en doutes?

— Et vous l'avouez !

— Pourquoi non...

— A moi ?

— Es-tu fou?

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— Et VOUS n'avez pas craint, en agissant ainsi, d'éveiller ma colère el mon indignation ?

— Et que me font ta colère et ton indignation ?

— .Monseigneur...

— Maître Goelle...

— Vous ne savez donc pas que nous sommes seuls ici, tous les deux, loin de toute hahitatio» humaine ; que je puis vous tuer, si je veux, avant qu'aucun secours vienne vous sauver ; que vous êtes en mon pouvoir, que je puis faire

de vous ce fju'il me plaira Vous ne

savez donc pas cela, Monseigneur P

— Si bien...! fit Guillaume avec impassibilité.

— Et vous êtes venu?

— Tu le vois.

— Cela est bien imprudent.

— Bah! maître Goelle, je savais bien que tu ne ferais rien.

— Pourquoi cela ?

— Parce que ma mort ne te sauverait pas...

— QuVn savez-vous ?

— Tu es dénoncé... on est sur tes traces ; avant deux heures peut-être on

sera ici. Tu vois bien que le mieux est encore de vider les lieux.

Goelle e'tait atléré. Le raisonnement de Guillaume lui paraissait sans réplique ; le plus sage était donc de suivre son conseil. Cependant, il hésitait encore.

— Mais où aller, dit-il avec anxiété, dans quelle contrée me réfugier?

— Loin de Rouen, surtout, répondit Guillaume, dans une ville oii nulle recherche ne puisse t''altelndre. — Où ma présence même pourrait au besoin te protéger.

— Mais encore...

— \ Paris.

— Y songez-vous ?

— N*'oublie pas, maître Goelle, que lu n''as pas un instant à perdre, et que le moindre retard peut te coûter la vie.

— Hélas!

— Hàte-toi...

— Mais je vous reverrai ?

— Bientôt.

— Ah! Monseigneur...

— Adieu, Goelle.

— \dieu, adieu!

Goelle alla prendre son arquebuse, remplit une sorte de bissac qu''il tira

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de son armoire, et ayant reçu de Guillaume une bourse pleine d''or, il se dirigea vers la porte que ce dernier venait d''ouvrir.

Toutefois, au moment de partir, et comme il s''aperçut que la pluie tombait avec violence, il revint sur ses pas pour prendre un immense drap, dont il enveloppa son arquebuse.

Ce dernier trait fit sourire Guillaume.

— Tu prends plus de soin de ton arquebuse que de toi-même, lui dit-il d''un ton ironique.

Pour la première fois de sa vie. Goclle était ému ; bien qu''il n'en fit rien paraître, il y avait au fond de son cœur une

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profonde irritation contre Guillaume ; le trouble elait dans son esprit, ses oreilles bourdonnaient, il avait du sang dans les yeux au lieu de larmes.

11 s''arréta sur le seuil de la porte, et se retourna en jetant un regard singulier à ^Guillaume.

— Que voulez-''Ous, dit-il à son interlocuteur d^me voix contenue, et en frappant amicalement sur son arme, mon arquebuse... c^'est toute ma vie, à moi...

c'est elle qui me donne du pain qui

me distrait et qui me venge... Vous voyez bien que j'ai raison de l''aimer,cài** cellelà ne m''a jamais trahi...

— Tu comptes donc t'en servir en route ,...

— Peut-être...

— Diable!... tes ennemis n'ont qu'à bien se tenir, alors...

— ()h ! fit Goelle en jetant son arquebuse sur son épaule et en saluant Guillaume, on ne tue pas seulement ses ennemis !

Kt sans attendre de réponse, il franchit le seuil de la porte, laissant son interlocuteur interdit et se demandant si ces dernières paroles étaient une menace ou une plaisanterie.

La pluie continuait de tomber, le vent sifflait avec une violence âpre cl désordonnée. Guillaume renwl son manteau sur

SCS épaules, replaça son chapeau sur ses yeux, el, malgré la tempête, il s''ëlança dehors.

Quelques heures après, il rentrait dans la ville de Rouen.

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