‹ Le roi de la BazocheChapitre 17 sur 20 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

sourire, et passait sans trop crenivrement au milieu de ces démonstrations enthousiastes, on eût pu croire qu'il était habitué à ces témoignages de Paffection populaire.

Or, pendant que le cortège du roi de la Bazoche défilait ainsi près du Grand- Chàtelet, deux hommes, placés au dernier rang de la foule, regardaient passer Mardoche avec des sentiments bien opposés.

L'un, le plus âgé, souriait avec une ironie sanglante a cette ridicule parade, à laquelle il déclarait qu'un homme de coeur ne devait point se mêler.

Uautre, tout jeune encore, demeurait

silencieux et Inste, et paraissait douloureusement impressionne par le spectacle qu'il avait sous les yeux.

— Vous le voyez, Gaston, dit le premier, voilh cependant les graves occupations qui retiennent Mardoche ; — ne vous Tavais-je pas dit, et ne faut-il pas qu^rn homme soit bien insensé pour consentir a prendre part à de pareilles folies ?

— Vous avez peut-être raison, Guillaume , répondit le jeune comte de Brionne, ces jeux ne me semblent pas dignes de Mardoche de Vandriile.

— Vous aviez pourtant Pinlenlion de vous adresser 'a lui?

— C'est vrai.

— Si Gabrielle n''avait pas d'autre défenseur, j'espérerais peu pour elle.

— Je commence à le craindre.

— Renoncez donc à lui.

— Mardoche est un ami cependant, et s'il savait...

Guillaume haussa les épaules.

— Et que pourrait faire un pareil fou dans une si grave affaire, interrompit-il

avec amertume... Non non Gaston,

croyez-moi, abandonnez-vous entièrement à mon amitié, et a\ant qu'il soit longtemps, nous réussirons dans notre entreprise.

— Voilà déjà près d'un mois, repartit Gaston, que nous attendons vainement.

— La duchesse de Frileuse est de retour, dit Guillaume.

— En êtes-vous certain?

— Je Pai vue.

— Et vous lui avez parlé ?

— Oui, Gaston, oui, je lui ai parlé ; car c"'est maintenant ma seule pensée, et je ne serai heureux que lorsque Gabrielle aura recouvré sa liberté.

— Elle est innocente...

— Je le sais, mon ami ; la duchesse de Frileuse s^esl intéressée k Gabrielle dès les premiers mots que je lui ai dits

de cette affaire... elle verra Diane, et si elle est satisfaite de vous, soyez convaincu que Gabrielle sera sauvée...

— Mais la duchesse consent-elle à me voir P demanda Gaston avec inquiétude.

— ALUJoard''bui même.

— Dites-vous vrai ?

— Ce soir, elle vous attendra.

— Kn quel endroit?

— Chez elle...

— \h! Guillaume, je vous devrai plus que la vie, et ma reconnaissance....

Guillaume sourit et jeta à Gaston un regard singulier...

— Ce soir, vous verrez la duchesse, dit-il d'un accent ironique ; demain, vous saurez si vous devez me remercier.

Et comme il faisait quelques pas pour s'éloigner :

— Vous parlez? dit Gaston en cherchant à le retenir.

— 11 le faut.... répondit Guillaume.

— Mais je vous reverrai aujourd'hui ?

— Peut-être...

— Ne serez-vous point chez la duchesse ?

— C'est impossible.

— A demain donc, mon ami, dit Gas-

ton, et quoi qu'il arrive, croyez bien que je n*'oublierai jamais le dévoùment que vous avez témoigné à Gabrielle....

Et pendant que le jeune comte de Brionne s*'éloignait sur ces mots, Guillaume se dirigeait vers cet endroit du pont où nous avons vu, il n'y a qu'Hun instant, un honnête tireur cfor exercer de son mieux sa périlleuse industrie.

Guillaume alla droit à cet homme et lui frappa sur Tépaule ;

— Goelle i dit-il à voix basse et impérieuse.

Le tireur cfor se retourna avec vivacité et presque effrayé.

LE ROI DE LA BAZOCllE. 249

— Est-ce vous, ^>lonseigneur ? dil-il, dès qu'il eut aperçu Guillaume.

— Et qui donc? repondit ce dernier.

— Vous m'avez fait peur....

— C'est toujours ton premier mouvement!... Ecoute-moi.

— Parlez, Monseigneur.

— J'ai besoin de toi.

— Je suis 'a vos ordres, et mon arquebuse aussi.

— Il ne s'agit pas de ton arquebuse.

— INous sommes à Paris, la police est active ; un coup d'arquebuse, cela fait du bruit et peut compromettre, tandis qu'un coup de poignard...

— \ votre choix...

— Â.lors, c'est convenu ?

— Sans he'sitation.

— Je puis compter sur loi?

— Comme sur vous-même.

— C'est bien.... Goelle... à ce soir.

— En quel endroit?

— A l'hôtel de la duchesse de Frileuse....

Goelle cligna de Poeil, pour témoigner qu''il avait compris, et Guillaume se hâta de s''esquiver, après lui avoir glissé dans la main une bourse pleine d'or.

lie Paradi».

C'était le soir dans un charmant

hôtel situé rue Saint-Antoine, une jeune femme d^unc beauté exquise était assise auprès d'une haute cheminée, dans laf|uelle pétillait un feu de bois de chénc.

Il pouvait être huit heures....

La salle n''ëtait éclairée que par une lampe d'or, au globe d''opaIe, dont les faibles rayons glissaient doucement sur les tentures appendues aux murs.

Cette salle avait un aspect particulier.

Elle avait élë pratiquée dans une tourelle qui donnait d'un côté sur un vaste parc, et de Pautre sur une cour intérieure ; sur la porte d'entrée était écrit ce mot :

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