‹ Le roi de la BazocheChapitre 7 sur 20 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

Mais déjà quelques domestiques armés «""étaient élancés dans la direction d'où le coup de feu était parti.

Quelques paysans des environs s''étaient également portés de ce côté.

Gabrielie entendait un murmure confus de voix dans lequel il était bien difficile de démêler quelque chose. Enfin, tout se calma peu à peu, le silence se fit de tous côtés, et Pon n''entendit plus bi&ntôt que le pas régulier de deux chevaux qui marchaient vers le manoir.

Quelques minutes après, Blanche et Gaston arrivaient au manoir, entourés des hommes qui les avaient secourus, et Ga-

brielie recevait Pexplication de ce qui venait de se passer.

Elle ne s''ëtait pas trompée.

A. quelque distance du manoir de Longueville, un coup de feu, parti d''une sorte de grotte située à deux pas de la route, avait blessé Blanche, qui marchait à droite de Gaston. Ce dernier s'^était précipité vers la jeune fille, et avait d'abord tenté de la venger ; mais la grotte était déserte quand il y avait pénétré, et comme il craignait d'^ailleurs que cette attaque inattendue n''eùt pour but Penlèvement de Blanche, il s'hélait hâté de revenir vers elle.

Blanche s'était évanouie la blessure

qu'elle avait reçue n''ëlait pas grave, mais elle perdait du sang en abondance ; il ne pouvait songer à la ramener à Vernon dans cet étal. Il valait mieux retourner au manoir de Longueville, où elle trouverait tous les soins que réclamait son état.

Ce projet une rois tormé, Gaston le mit à exécution. Déjà, d''ailleurs, quelques valets du manoir étaient accourus : on plaça Blanche sur sa haquenée, le plus commodément possible, et, ainsi entourée, on la conduisit vers le manoir, où l'attendait Gabrielle inquiète et tremblante.

Le sire de Longueville avait donné des ordres à la hâte, et quand Blanche arriva

on la déposa dans une salle basse, sur un fauteuil à haut dossier, que Ton roula près de la cheminée.

Blanche était pâle; elle paraissait morte. Gabrielle s''était afjenouilléc près d''elle et elle tenait une de ses mains dans les siennes.

A côté, Gaston tenait son autre main, et, les yeux fixés sur le visage de sa fiancée, il attendait avec une poignante anxiété qu"'elle rouvrit les yeux et revint à la vie.

Un homme de Part était debout, devant ce groupe charmant ^ et semblait étudier avec \me profonde attention Pélat de ia jeune fille.

Un grand coucours de monde s'était précipité dans la salle, les uns par curiosité, les autres par sympathie. Tous étaient silencieux et attendaient.

L'un d''eux surtout paraissait prendre un vif intérêt a Pévanouissement de Blanche.

Appuyé contre une des cloisons de la salle, les épaules enveloppées d''un long manteau, le front caché d'un large chapeau, il avait fixé son regard ardent sur le front de Blanche et restait imperturbablement étranger à tout ce qui se passait a ses côtés. Du reste, nul n'avait pris garde à lui ; il était entré avec les autres paysans, et dans ce moment l'intérêt qu'il

portait à Blanche n^aurait étonné personne.

— Blanche! Blanche! murmurait de temps a autre Gaston en pressant doucement la main de la jeune fille.

— Blanche! Blanche! répétait Gabrielie à voix basse.

— Rassurez-vous, dit enfin le médecin, cet évanouissement n''offre aucun symptôme alarmant. Il touche d*'ailleurs à sa fin, et il suffira maintenant d''un verre d''eau.

— Un verre d''eau! dit vivement GabriclU en se levant.

lEt elle fendit aussitôt la foule qui en-

tourail le fauteuil de Blanche et courut elle même vers l'office.

Chose singulière !

Elle avait à peine quitté la fiancée de Gaston, que Phomme au large chapeau, qui paraissait prendre un si vif intérêt à sa situation, quitta la place qu'ail occupait, fendit également la foule avec rapidité, et sortit de l'office au moment oii Gabrielle allait y entrer.

Il portait a la main un verre d'eau, que Gabrielle prit sans faire attention a qui le lui ofiFrait.

Puis il disparut aussitôt de la salle, pendant que Gabrielle revenait en toute hâte vers Blanche,

Blanche venait de faire un mouvement ; elle ouvrit les yeux, appela Gaston, et, promenant son regard étonne sur toute celle foule qui l'entourait, elle parut sortir d''un rcve pénible et ne plus se rappeler ce qui s'hélait passé.

— Où suis-je? dit-elle d'une voix faible. Gabrielle; que s''est-il donc passé ?

— Tenez, répondit Gabrielle en lui présentant le verre qu''clle apj)ortait.

Blanche prit le verre, but ce qu'il contenait, et le rendit en souriant à Gaston.

— Merci, Gabrielle, dit-elle, merci, mes amis... IMais pourcpioi tout ce monde P

J'ai comme un vague souvenir. Ah! je

me rappelle.... oui.... sur la route un

coup de feu... Vous n''êtes pas blessé, au moins, Gaston ?

— Les mise'rables ! murmura ce dernier.

— Mais que se passe -t-il donc en moi? poursuivit Blanche, dont le regard se mit à parcourir la salle avec un certain égarement ; j'étais mieux tout à Pheure, maintenant il me semble que ma vue se trouble, que mes veines se glacent, que

le froid s'empare de mes membres

Gaston !

— Blanche! fit ce dernier, qui se sen-

lait envahir malgré lui par une mystérieuse épouvante.

— ISe me quittez pas, mon ami, car il me semble que je vais mourir.

— Mourir!

— Mourir! murmurèrent les paysans, pressés autour de son fauteuil.

Blanche était devenue encore plus pâle; elle tourna ses regards vers Gabrielle, et cette dernière se redressa tout à coup, commq épouvantée de Pexpression qu''elle venait d'y lire.

— Cette eau que vous m'*avez donnée, poursuivit Blanche, elle me brûle la poitrine... j''étoufFe.. . Oh! mon Dieu... je ne

souffrirais pas davantage si j'étais empoisonnée.

— Empoisonnée! dirent plusieurs voix.

— Empoisonnée! répéta Gabrielle en se . laissant tomber à genoux.

Cependant Pélat de Bianche devenait d''inslant en instant plus alarmant : elle raidissait ses bras avec effort, joignait ses mains avec prière et suppliait tous ceux qui Pentouraient, et qu''clle glaçait d'épouvante, de ne pas la laisser mourir ainsi.

Le pinceau seul pourrait rendre une telle scène.

Gaston était Ta. haletant, éperdu, sans

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voix et sans geste, allant de Pun a Pau- Ire, pleurant et criant, et demandant a chacun de sauver Blanche.

Gabrielle était altérée : ce mot de poison Pavait brisée ; elle n''osait ni faire un pas ni prononcer une parole. Agenouillée sur la daile, elle ne pouvait que pleurer et prier.

Quant aux assistants, ils paraissaient terrifiés ; ils ne savaient encore ce qu'il y avait de fondé dans leurs craintes, mais ils sentaient vaguement qu^in grand drame allait s''accomplir sous leurs yeux, et ils s''étaicnt découverts et agenouillés.

ils priaient!

Enfin Blanche s''affaissa sur elle-même,

elle serra douloureusement les mains de Gaston, jeta un regard de mépris à Gabrielle et retomba inanime'c sur le Fauteuil.

— Evanouie! s''écria Gaston.

— iyjorte!.... répondit le médecin.

Puis, comme chacun courbait la léle sous celte parole grave et terrible :

— Mon oflSce finit ici, ajouta-t-il d''une voix solennelle; mais demain ce sera le tour de la justice; car Blanche de Haricourt est morte empoisonnée!

Quinze jours s''ëtaient passés depuis les événements que nous avons racontés dans les chapitres précédents, quinze jours pendant lesquels de graves changements s'étaient opérés dans la position de la plupart de nos personnages.

Si ie lecteur veut bien nous suivre, nous le transporterons pour quelques instants au sein même de la capitale de la Normandie, dans le retrait où M. le premier président du Parlement élabore la plupart des affaires soumises à son examen.

Il est cinq heures du matin. Le jour n''est pas encore venu. Une lampe brûle sur une sorte de bureau auquel est attablé M. de Haricourt, austère vieillard qui a blanchi dans Texercice de ses irhpbttantes fonctions.

Monseigneur de Haricourt a soixante ans environ ; il est grand, sec, ;naigre, et Ton devine, sur son visage sillonné de

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rides profondes, les soucis du magistrat et les chagrins du père.

11 Y a déjà huit heures qu'il s'^est enfermé dans son retrait; il ne s''aperçoit pas (jue Phuile s''use dans la lampe et que les premières lueurs du jour commencent à blanchir les vitraux des fenêtres.

Cette ."^alle, bien que de petite proportion, a cependant un certain cachet sévère qui mspire le respect. Tout autour règne une boiserie, de laquelle Phabile ciseau des artistes de la Uenaissance a fait jaillir mille fantaisies merveilleuses, (j est un fouillis singulier, où Part nouveau a cherché sa forme sans la trouver en-

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