‹ Le roi de la BazocheChapitre 8 sur 20 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

core, mais qui resplendit df'jà des promesses du génie. Cela annonce le tombeau du cardinal dWmboise et le château dWnet!

Monseigneur de Haricourt feuilletait d^ni doigt inquiet les nombreux parchemins placés^sous ses yeux, et, à chaque feuille qu''il tournait, Pexpression de son visage s'assombrissait davantage. On eût dit cependant f[u^il avait peine à accepter celle certitude qu''ii recueillait de ses documents, et vingt fois il revenait avec opiniâtreté sur le mêuje parchemin.

Enfin il se leva et se mit à parcourir la chambre à pas presses et rapides.

Il paraissait vivement agité, et laissait

de temps à autre échapper quelques exclamations de surprise et d'impatience.

Un moment même il se rapprocha du bureau et frappa plusieurs coups sur^un timbre de métal qui rendit un son clair et vibrant.

La porte s'ouvrit presque aussitôt à cet appel et un homme entra.

— Personne n''est venu me demander cette nuit ? demanda le premier président.

— Personne, répondit Phorame.

— On n''a point eu de nouvelles de Gaston ?

— Aucune.

— C'est singulier! huit jours entiers sans, donner signe de vie. Quel est ce nouveau mvstèreP... Craindrail-i! ?.... c'est impossible.

Pendant que monseigneur de Haricourt se parlait ainsi à lui-même, l'homme, qui paraissait être un agent subalterne du parlement, s'était rapproché de lui.

— Monseigneur a-t-il encore besoin de mes services? dit-il .s voix basse.

— Non, vous pouvez vous* retirer, répondit le premier président ; mais ne vous éloignez pas, je vous ferai peut-être appeler.

Et comme celui à qui s'adressaient ces

paroles se retirait lentement, Guillaume de Haricourt parut sur le seuil de la porte.

— Guillaume! dit le père avec ëtonnement.

Guillaume était pâle; il portail un costume de voyage et paraissait profondément inquiet. Il s\TpprocIîa de son père et lui baisa la main.

— Serais-je importun, mon père? ditil d'une voix émue.

— Non, mon fils, non, répondit le premier président ; je suis même heureux de vous voir, car je désirais vous parler.

LE ROt DE LA liAZOCHE.

L''homme était sorti : le père et le fils restèrent seuls.

Il y eut alors un moment de silence solennel, pendant lequel monseigneur de Haricourt marcha vers le bureau, près duquel il s''assit, tandis que Guillaume se tenait debout à quelques pas de lui.

— Je ne m''attendais pas à vous revoir si tôt, dit le premier président. Je vois que vous avez fait diligence.

— Vous me Paviez ordonné, répondit Guillaume.

— Je vous en remercie, poursuivit le père. J'*espère que vous êtes remis de votre voyage ?

— Ohl toul-à-fait.

— Vous êtes pâle, cependant.

— Un reste de fatigue.

— Vous ne souffrez pas, au moins?

— Nullement, mon père.

— ,\insi, vous ayez appris les événements qui se sont accomplis depuis votre départ?

— Oui, mon père.

— La mort terrible de Blanche!

— On me Ta racontée.

— Cet événement m''a cruellement frappé.

— Cela devait être.

— \h! c"'est que moi, Guillaume, je

n\'ii point oublié le passé, et je me rappelle encore qu""!! y a cinq ans environ, c''est vous qui deviez être Tépoux de Blanche.

— Cesl vrai!

— C'était le dernier rêve de ma vieillesse. Blanche était riche nous Pétions

encore Un beau rêve, Guillaume!

Depuis, vous avez creusé entre elle et vous un abime inFranchissable ; vous avez perdu follement dans vos dissipations votre jeunesse et votre fortune, et cinq années vous ont suffi pour ruiner à tout jamais cet édifice de richesse, de probité et de vertu, que j''avais mis, moi, toute ma vie à édifier...

— Mon père!...

— Oh! j'ai tout appris, Guillaume, tout... depuis le moment où vous avez quitté ce pays jusqu"'à celui oîi vous y

êtes revenu! Vous étiez parti de bien

haut, vous aviez un rang élevé, un nom pur.... vous pouviez prétendre a un avenir splendide vous avez mieux aimé briser tout cela... vous vous êtes plongé jusc{u''au cœur dans une vie de désordres... la débauche et le jeu sont devenus vos plus chères distractions, et aujourd'hui (je n'y puis songer sans amertume), si je venais à quitter ce monde, je laisserais mon nom à un homme qui ne comprendrait plus peut-être Phonncur d'un tel héritage.

— ;\h! VOUS êtes sévère, Monseigneur, inlerrompit Guillaume, qui redressa un moment le front sous les paroles de son père.

— Comment! fit ce dernier.

— Qu'il me soit permis, ajouta-t-il, de faire une observation.

— Voudriez-vous vous justifier?

— Expliquer ma conduite, tout au plus...

Monseigneur de Haricourt s''était levé ; il sourit en haussant les épaules et se rapprocha de son fils.

— Soit, lui dit-il, soit... mais je doute

que vous trouviez des explications suffisantes.

— J''essaierai, du moins, dit Guillaume.

— Parlez donc.

— Il y a cinq ans, dit alors Guillaume

d'une voix ferme il y a cinq ans, je

pouvais être heureux J''aimais Blanche

d"'un amour sincère; j''avais fait de cet amour le but sérieux de ma vie; j"'avais placé sur cette union toutes les ambitions de ma jeunesse... Blanche a trompé cet espoir, et, en me repoussant, elle m'a fatalement rejeté dans ce courant (jui m'emporte... Vh ! je ne cherche point h m'excuser, Aionseigncur ; mais vous qui

avez passé calme et froid à travers les redoutables épreuves de la jeunesse, vous ne pouvez comprendre avec quelle autorité les passions mauvaises parlent au cœur, ce qu''il faut de courage pour les combattre et de vertu pour les vaincre.

— Vous avez donc combattu?.... fit le président avec incrédulité.

— Aihl je ne sais mon père, poursuivit Guillaume, je fermais les yeux et j'allais devant moi ; j'^avais le cœur brisé, l'esprit abattu, j'étais désespéré, la vie me faisait peur et je songeais à la mort...

Alors, une femme vint à moi Cette

femme, je ne lui demandai pas même son nom, ni d oîi elle venait, ni où elle al-

lait.... Sa voix avait une harmonie triste et douce qui toucha mon cœur, et moi, qui parlais déjà de mourir, j"'oubliai en l'e'coutant ce que j'avais souffert, que j'avais lutté, et je me repris à la vie avec une fièvre nouvelle...

Le père de Guillaume sourit encore une fois du même sourire triste et incrédule, puis son visage reprit aussitôt après son calme et son austérité habituels.

— Toute fièvre a ses intermittences, répondit-ii en remuant doucement la tête, et quand venait l'heure où votre pouls ne battait plus aussi fort, oii le sang se calmait dans vos veines, la conscience de votre position aurait dû vous rappeler au

respect de vous-même Mais tenez, ne

parlons plus de ce passe, vers lequel je n''aime pas a reporter mes regards. Vous voici de retour dans Rouen, et vous savez les grands événements qui s'*y sont accomplis... Blanche empoisonnée, nous sommes devenus ses héritiers, et, je vous le dirai, Guillaume, bien vous a pris de quitter Vernon la nuit même de la catastrophe, car les soupçons auraient pu vous atteindre aussi.

Guillaume avait frissonné à ces dernières paroles; mais ce ne fut qu''un éclair, et la rougeur qui avait un instant coloré ses joues disparut presque aussitôt.

— Moi, mon père! s'écria-t-il, et que pouvais-je craindre?

— Trois personnes devaient être plus ou moins soupçonnées : Gabriel le, Gaston et vous... Gabrielle et Gaston parce cju"'ils sVtaient aimés ; vous, parce que vous héritiez de Blanche ; le moindre indice, Guillaume, et c'^est vous qui remplaciez Gabrielle dans sa prison.

Malgré Passurance qu'affectait Guillaume, celte affirmation de son père parut Vémouvoir.

— Cette jeune fille est-elle donc coupable ? dit-il d'aune voix qu'il essayait en >aiii de rendre ferme.

— Je ne sais, répondit son père.

— Elle n'a fait , du moins, aucun aveu?

— Aucun.

— Et pensez- vous qu''on la condamne ?

— Peut-être.

— Ah ! ce serait horrible !

— Et pourquoi donc? si elle est

coupable.

— Mais elle ne Pest pas, mon père.... elle ne peut Pêtre.

— Qu''en savez-vousP

— Le passé...

Le premier président prit la main de

son fils avec tendresse et la serra dans les siennes.

— Guillaume, lui dit-il, quand vous serez revenu à une vie plus régulière, que prouvera le passé contre vous P

— Rien, sans doute.

— Vous voyez, bien...

— Ah! n''importe, poursuivit Guillaume avec une vivacité singulière, n"'imporle..., malgré moi, Monseigneur, cette situation m''épouvante et me glace... et je frémis en songeant parfois que votre justice pourrait frapper un innocent.

— Bien, Guillaume, bien, mon fils

interrompit le président du parlement ;

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