I.K nul DES ÉTUDIANT
— L'hospitalité chez vous! fit la jeune lille a\o(' une intonation plutôt de surprise que de crainte.
— Oui... chez moi !... reprit gravement Lam-ence. J'allumerai du feu dans ma chambre, puis... je m'éloigneï'ai... et demain matin vous reviendrez ici.
— J'accepte puisrpi'il le faut, monsiem' Lam'ence, mais je ne veux pas (p.ie vous vous priviez de repos à cause de moi, entendez-vous? dit Edith en essuyant ses larmes de vierge ; que feriez-vous dehors par ce temps affreux? Non, non, vous resterez avec moi... nous causerons... vous paraissez connaître les motifs de la conduite d'Honorine, vous me les exprimerez, car moi, je vous l'avoue, je ne sais ce cjue cela signifie ; allons, venez! Mon pauvre père... s'il me savait dans les rues à cette heure! mais, venez donc...
Laurence hésita encore un instant... enfin il remonta de nouveau dans le fiacre en criant au cocher :
— Rue Saint-Thomas-du-Louvre, hôtel de Paris.
Deux Uéiiions aux prises.
Dix heures venaient de sonner. Edith était dans sa chambre à coucher. Assise sur une causeuse, le corps recouvert d'un élégant peignoir, la tête légèrement inclinée en arrière, la jeune fille, dont les traits semlilaient un peu fatigués, dont la physionomie respirait une préoccupation inaccoutumée, écoutait attentivement mademoiselle Honorine qui , debout de^ ant sa maîtresse, les mains jointes, l'air contrit, s'exprimait de la sorte :
— Oh! non, mademoiselle, il ne faut pas m'en aouloir! Si vous saviez comme je aous ai cherchée dans ce maudit bai ! si "vous saviez combien j'étais malheureuse de ne pas vous retrouver et comme j'ai pleuré, lorsque, après vous avoir attendue àla porte pendant au moins une heure, je me suis vue forcée de rentrer seule à l'hijtel! et il me fallait pourtant bien rentrer! ce vilain Joseph, le cocher, ne cessait de me répéter : — Eh bien! mam'zelle Honorine, est-ce que nous allons passer la nuit à la belle étoile? par le froid qu'il fait, ra sera peu divertissant! Yotie amie est restée à
120 I.E r.dl KE.s KTiniAMS.
l'Opéra^ c'est ?ùrî elle ne reviendra pas. Si ra lui a\aif ^on^enu de s'en aller avec vou?, elle ne vous aurait pas quittée; rentrons nous coucher, croyez-nmi. Je ne pouvais, sans éveiller les soupçons de cet homme, ni'obstiner plus longtemps à vous attendre.
— Mais nous sonnnes venus avec M. Laurence jusqu'ici, et nous n'avons rien vu; l'hôtel était fermé, les fenêtres...
— Oh! c'est que vous serez arri%és avant moi, Itien certainement; et puis, nous nous serons croisées... ou les voitures auront pris des chemins différents.
— C'est égal, mademoiselle, c'est mal, entendezvous, c'est très -mal de m'avoir abandonnée ainsi! Voyez, m'exposer à coucher dehors. Ah ! si M. Laurence n'avait pas été si bun! le pauvre jeune homme! il n'a pas ^oulu que je partageasse son logement, il me l'a laissé tout entier... il est allé passer la nuit chez une de ses connaissances, m'a-t-il dit...
Un somire moquem', que la naïve Edith ne remarqua pas, plissa les lèvres de mademoiselle Honorine tandis qu'elle répondait :
— Il est certain que la conduite de M. Lam'ence est superbe... et, grâce à son idée de me faire demander à l'hôtel à sept heures, cpiand tout le monde dormait encore, de m'emmener en me priant de prendre des vêtements à vous pour remplacer votre domino, tout s'est arrangé à merveille. Vous êtes rentrée il y a une heure, les domestiques ont cra, en vous voyant passer en peignoir^ que ^ uns reveniez du bain.
— Es-tu sûre que personne n'a eu de soupçons ?
— Oh! je vous le jure, mademoiselle, nous n'avons lieu à craindre; et maintenant, me pardonnerez -vous d'avoir été la cause involontaire de vos ennuis ! me pardonnerez-vous, à moi qui vous aime tant, d'avoir
lE lidl li£S ÉTLIUA.MS. 121
»'ii. la première, la pensée d'une pai'tie de plaisir qui s'est si mal terminée? Oh! j'ai assez souilert, allez, mademoiselle; j'ai été assez imjuiète ; j'ai assez plem'é (;ette nuit pour que vous ne fassiez pas encore retomber sur moi les suites d'une fatalité. Vous m'avez grondée. ne me grondez plus... oubliez-le ^ous-même. je aous en supplie !
Ce disant, la camériste jouait de petites mines affligées et s'elïbrçait de répandre quelques larmes en s'agenouillant aux pieds de sa maîtresse. La bonne Edith fut dupe de cette comédie, elle releva Honorine, et lui cht d'mie voix affectueuse :
— Je ne t'en veux plus... ou plutôt je' ne t'en ai jamais voulu. Je savais bien, moi, rpie tu ne pouvais m'avoir quittée à dessein !
— Oh! par exemple... (pielle horrem*... Est-ce (pie vous avez eu un instant cette pensée-là, mademoiselle?
— Non, pas moi... mais... M. Lam-ence me laissait à entendre...
— C'est singulier, pensa Honorine... lui aurait-il appris en effet ! Pourtant, ce matin, t[uand il est ^ enu me trouver, j'ai été surprise de la manière aimable et enjouée dont il me parlait...
Et elle reprit tout haut :
— Je ne conçois pas qu'on puisse accuser une pau- \ve fille d'une action qui n'aurait, en tout cas, aucun but! J'ai dit la vérité à mademoiselle... je me suis égai'ée en la cherchant, le malheur a voulu que nous courussions l'une après l'autre sans nous rejoindre, voilà tout ; et...
— Et tout est oublié, interrompit ÉiUth; ne pleure pas!... je suis en sûreté maintenant, va à tes occupations, ma chère Honorine, ^a, et sois tranquille... nous ne retournerons jamais au bal de l'Opéra !
\^2'2 I.K uni lit;? ÉTUDIANTS.
— Uh! 11(111, madt'iiioL^elle. repartit la iemmo île chambre avec un gros soupii-.
Et elle s'éloigna.
Edith, restée seule, se pencha \ers la cheminée et parut réfléchir pendant quelques minutes, puis elle se leva, et, s'approchant d'une fenêtre dont elle tira le rideau de mousseline, se prit à regarder dans la rue en murmurant :
— Non, non, ce que m'a dit M. Laurence n'est pas possible! il s'abuse... et Honorine a raison... Dans (|uel but m'am'ait-on entraînée dans un piège... Hier, lorsque j'ai voulu le forcer à s'expliquer davantage, il s'est troublé... il a refusé de me répondre... que voulait-il dire par là... et cependant?
Lectem" ou lectrice, — accordez -moi la digression, — qui n'avez pas le désagrément de demeurer au cinquième ou au sixième, ce qui est certainement trèssain sous le rapport de l'air, mais ce qui est bien fatigant pour ses amis en général et soi-même en particulier, vous n'êtes pas, je le présume, sans avoir parfois usé de la distraction des plus innocentes de regarder les passants de derrière les vitres de votre croisée. Il y a dans ces panoramas au petit pied qui se déroulent alors à vos regards, que vous habitiez un boulevard élégant ou une rue populeuse, quelque chose d'original pour ^obser^ateur, un passe-temps toujours piquant pour le llAneur. Tous ces gens qui marchent, qui courent, qui fument, qui se promènent, qui bâillent, qui causent, qui rient, ffui s'arrêtent à l'étalage d'un bijoutier, aux caricatures, devant des comestibles, tous ces gens-là passent et disparaissent comme les ombres chinoises, et servent, sans s'en douter, à votre propre jubilation. Vous en voyez de beaux et de laids, de parés et de déguenillés ; vous bâtissez à Inisir,
lE ROi DES ÉTLIUA.XTS. 123
poui- peu que \ otre imagination se plaise à se lancer. une foule de suppositions, qui sont le plus souvent justes, sur les personnages Je cette pantomime sans fin. Cette jeune lille qui court si vite, un pacpiet à la main, est une grisette qui porte de l'ouvrage en retard, retard dont la cause est peut-être quelque amom'euse aventure ; ce lion qui choisit ses pavés et relève sa moustache, se dirige vers un concert où il espère être fort admiré ; voici deux miUtaires qui s'abordent et s'embrassent sans façons coram populo ; ce sont deux amis qui ne se sont pas ntis depuis longtemps. . . Ils entrent chez le marchand de a in se conter leurs aventures et leurs prouesses, le verre à la main. Cette petite dame qui lile le long des maisons, le visage enfermé dans une capote que recouvre un long voile, la taille enveloppée d'un chàle de couleur sombre, va à un rendezvous clandestin, soyez-en assuré... Voici un chiffonnier qui arpente insolemment le trottoir, sans se soucier, ou plutôt en se souciant méchamment de se déteindre sur les yjaletots blancs, les frais crispins qu'il rencontrera sm' son passage. Ce grand jeune honnne qui regarde les femmes sous le nez, m'a toute la tom-nure d'un fat de mauvais ton... il fait exprès, quand il en voit une jolie, de s'arrêter... puis il se frappe le fi-ont, il feintde courir après elle, vous croyez fju'il a recr)nnu une ancienne maîtresse ou tout au moins une connaissance? détrompez-A ous ! cette dame lui est totalement étrangère. Ce monsiem* joue continuellement le roué, pour sa satisfaction personnelle et le rare ébahissement des. béotiens.
Ce serait à n'en pas finir si l'un voulait détailler les nombreuses silhouettes qiie l'on peut admirer du haut de sa croisée. Au siu-plus, un écri\ain (pie j'aime, parce (ju'il est mon ])ère... ce qui est bien une raison... et
|-2i I.i; nul HES ÉTI DIANTS.
iju'il a un \iai mérite... ce qui est encore une raison, — ceci soit dit franchement par moi, au risque de taire se pâmer les critiques blonds et autres (|ui s'entre-baisent les mains et les lèvent menaçantes sur le reste des littérateurs, — F'aid de Kock, entin, a lait une esquisse charmante intitulée : Paris vu de ma, fenêtre, qui résume tous ces petits tableaux dont je vous parlais à l'instant. Je vous renvoie donc à Paris vu de ma fenêtre, si vous ne l'avez pas lu.
Je ne sais si Edith s'était mise à la croisée dans l'intention d'étudier les mœurs parisiemies, je ne le crois poui'tant pas, attendu qu'elle paraissait prenrh'e assezpeu d'intérêt à ce qui se passait dans la rue de Seine ; mais ce qu'il y a de certain, c'est que, tout à coup, elle poussa une exclamation et se retira vivement d'auprès de la fenêtre en laissant retomber le rideau qu'elle tenait à la main.
Au même instant, la jjorte de sa chamlire à coucher s'ouvrit, la jeune hlle se retom'napour voir quel était celui qui entrait ainsi sans se faire annoncer.
C'était M. de Lano.
M. de Lano salua Edith d'un petit signe de tête amical, et s'apercevant qu'elle le regardait avec surprise, car il lui arrivait, en etlet, assez rarement de venir trouver la jeune fille à son appartement :
— Ma chère enfant, lui dit-il. ne vous étonnez pas de ma ^isite. J'ai à \ous entretenir de choses sérieuses... vous n'étiez pas très-occupée à ce qu'il paraît, car vous vous amusiez, je crois, à regarder à la fenêtre?... je ne vous dérange donc pas, et ce que j'ai à vous dh-e ne veut pas de retard.
Étlith pâlit, car malgré le ton de bonté alTectueuse de M. de Lano et sa nan e candeur de jeune fille, elle crut deviner dans les paroles de ce dernier, elle crut
LE KUI D£» ÉÏLDIA.NTS. 125
\ oir dans l'expression de son regard quelque chose de faux, d'apprêté qui lui lit battre le cœur.
— Asseyous-nous, Edith, continua M. de Lano en lui prenant la main, et écoutez-moi.
Vous sa\ez que je vous aime, presque autant que vous aime votre père? L'intérêt que je vous porte a même cette nuance particulière, en ce qu'étant celui de l'amitié seulement, il me permet de me montrer moins faible ou moins emporté à votre égard que ne pourrait le faire M. de Billy dans une occasion semblable à celle où nous nous trouvons en ce moment, et de vous parler sérieusement et plus dans votre bien. Vous n'êtes plus une enfant ; vous avez dix-sept ans accomplis^ il est temps que vous soyez mise au coiu'ant des circonstances qu'on a évité de vous faire connaître jusqu'à présent, dans la crainte de vous affliger, mais que tôt ou tard il faudrait toujours vous expliquer.
Edith ouvrit de grand yeux et M. de Lano reprit avec un sourire perfide :
— Ces préliminaires bien posés, j'irai franchement mun chemin; n'est-il pas M'ai? Et pour commencer, ma chère Edith, je vous dirai que je sais où ^ous avez passé la nuit dernière.
Edith devint plus pâle qu'elle n'était auparavant, des larmes brillèrent dans ses yeux et elle balbutia :
— Quoi ! monsieur, ^ ous savez ! on % ous a appris?. . .
— Oh ! ne tremblez pas ! ma bonne amie, répondit :M. de Lano en avançant les lèvres d'un air patelin, ce n'est point un reproche cpie je vous adresse à cette heure, quoiipie, vous l'avouerez, il y ait bien lieu de A ous gronder... et surtout, point de vaines suppositions, sur la manière dont j'ai été instruit de cette aventure... je ne voudrais pas que vos soupçons tom-
Hiassent à faux... Honorine, je vous le jure, vous a
126 LE ftOI !)£<■ ÉTUmAiSTï^.
bien gardé le secret... et d'ailleurs ?a discrétion doit vous être garantie, puisque c'est elle, — je le sais aussi, — qui vous a conseillé d'aller au bal de l'Opéra, et vous a engagé à en parler à M. Laurence, et que, par conséquent, c'est elle, de vous deux, qui est la plus coupable.
— Eh bien! monsieui", fit Edith avec une sorte d'emportement, (pie me Aoulez-vous donc? vous avez le droit de m'acruser, je ne l'ignore pas... et aous n'êtes pas disposé, dites-vous, à user de ce droit? Cependant, il faut que vous ayez eja besoin de savoir ce qui s'est passé, puisque vous semblez appréhender tellement do m'apprendre le nom de ceux qui m'ont espionnée et tndiie !... que venez -vous me dire, enfin... si ce n'est madresser des reproches?
M. de Lano regarda Edith en silence ; il ne s'attendait pas à une pareille apostrophe ; il avait compté sur des pleurs, des prières, il trouvait une colère dont la cause, chez cette enfant, l'intriguait... le gênait, il résolut de se tenir sur ces gardes.
— Mademoiselle, reprit-il avec force, je \ iens à vous en ami, entendez-^ous? je viens à vous, parce que, moi, t;pii vous ai vu grandir. . . qui ai veillé à l'égal de M. de Billy sur vous, jusqu'à ce jour, je me crois le droit de vous aimer et de vous être utile.
— Parlez! parlez! murmura Edith toute émue, je ^ous écoute. ^
— Edith, continua lentement M. de Lano, cela chagrinerait beaucoup votre père s'il savait ce fpie vous avez fait... le pensez-vous ?
Edith ne répondit pas, elle inclina la tête et ses larmes roulèrent sur son visage.
— Eh bien ! dit M. de Lano, afin qu'il ne sache pas re qui s'est passé. — far je le mnnais... nno toile con-*
LE ROI DES ÉTCDIA.NTS. 127
iidence lui serait extrêmement funeste ! il l'aut inipper un grand coup; j'ai chassé celui qui m'a conté tout à moi, je l'ai chassé... mais il peut vouloir se venger... il peut chercher à rencontrer 31. de Billy... il est donc urgent, je le répète, de prendre une prompte détermination... oui. . . cela est nécessahe... indispensahle... et je vais vous dire pourquoi :
Mais d'abord, mon entant. armez-A ous de courage, car ma tâche devient pénible. Ce que j 'ai à vous apprendre A a vous briser le cœur, sans doute... et pom*tant, tôt ou tard, je vous l'ai déjà dit, ce secret que je me vois forcé de vous faire connaître, on eût été obhgé, aussi, de ^ous le dévoiler.
La jeime tille serra couMilsivement le bras de JM. de Lano comme pour l'engager à parler.
— Edith, continua celui-ci d'une ^ oix grave, et après une mmute d'hésitation, sachez donc... que vous n'êtes pas... la fille de M. de Billy.
Edith se leva et retomba aussitôt sur son siège, immobile et blanche comme une statue d'albâtre.
— Dois-je poursuivre? fit M. de Lano, qui ne put s'empêcher de tressaillir à l'aspect de la douleur empreinte sur les traits de la pauvre enfant.
— Poursuivez, murmura-t-elle, ne faut-il pas que je sache tout!... maintenant?
— 11 me reste peu de chose à vous apprendre. Éle- * vée par les soins de M. de Billy, (pi vous recueillit
orpheline dans un misérable village de Normandie, \ous avez vécu juscju'à présent, vous croyant la tille de \ otre protecteur et passant pour telle aux yeux du peu de personnes qui fréquentent l'hôtel. jMais M. de Billy est marié... Quoique séparé de sa femme qu'il n'a pas revue depuis seize ans, ainsi que les enfants (pi'il en a^ait eus et qui ont disparu avec elle, sa fortime
n'en revient pas moins à ses héritiers directs... M. de Billy, enfin, est attaqué d'une maladie mortelle, une secousse violente pourrait nous le ravir tout d'un coup... c'est ce que j'ai voulu éviter, et, pour ce faire, je suis venu à vous, Edith... j<^ vous ai dit ce qui vous menaçait, c'est-à-dire la délation du misérable que j'ai chassé... votre position à vous-même... Et, à présent, répondez-moi sans crainte : Aimez-vous Laurence?
— Pourquoi cette question? monsieur.
— Parce que si vous a^ ez pour lui quelque attachement, demain il sera votre époux... demain, vous n'aurez plus à craindre que votre père... que M. de Billy ne découvre une chose qui peut le tuer, puisque la réparation aura suivi le mal.
— Mais je n'ai point de mal à me reprocher, (ht Ivlithen pleurant toujours.
— Je vous crois... je vous crois, lit M. de Lano en clignant les yeux; mais enfin les apparences sont contre vous ! Songez-y, vous pouvez jouer, par une heure de retard dans ^otre résolution, votre avenir tout entier! Vous n'aurez de fortune que ce que vous donnera M. de Billy, et il ne peut vous avantager que de son vivant... à votre mariage, par exemple...
— Ah ! monsieur, qu'il vive ! qu'il vive ! je ne demande rien, moi, je n'ai rien à demander !
— Ce désintéressement vous honore!... Toutefois, si vous aimez M. Laurence, vous devez songer à son bien-être en même temps qu'au vôtre... Je le sais, Laurence ne possède rien...
— Ah ! je suis bien malheureuse ! s'écria Edith sans entendre les dernières paroles de M. de Lano, et je suis bien pmiied'un instant de folie... je n'ai plus de hère !...
LE HOl lii:s ET ITI AN !•.•?. 1 "2^
Et ftlJe se mit à sangloter, la tê^te cachée dans ses mains.
M. de Lano la regardait en souriant, quand il sentit mie main se poser sm* son épaule. Il tourna la tète...
C'était Laurence qui venait d'entrer en silence et qui lui montrait, du regard, la jeune fille éplorée. •
En dépit de sa présence d'esprit habituelle, M. de Lano ne put retenir un mouvement de frayeur à l'aspect du roi des Étudiants. Il voulut parler... Laurence l'en empêcha d'un geste, et s'adressant d'une \o\x attristée à Edith, qui tout entière à sa douleur était restée étrangère à cette apparition :
— Mademoiselle, lui dit -il, pourcpioi pleurez-vous? La jeune fille releva lentement la tête, vit Laurence,
et, étendant les mains vers lui, elle s'écria :
— Ah ! c'est vous monsieur, c'est vous ! Vous me demandez pourquoi je pleure... interrogez plutôt M. de Lano... qu'il vous dise ce que je lui ai fait pour qu'il soit ^enu brusquement m'apprendra que je ne suis qu'une orpheline , élevée par pitié et qu'on menace , à cause d'une faute imprudemment commise, de la colère de celui tfue jusqu'ici elle avait cru son père I
— On vous menace, s'écria Laurence, les mains crispées. . . on vous menace ! Oh ! je le prévoyais bien ! . . . on a voulu vous entraîner dans un piège pour vous perdi'e!... N'est-ce pas, monsieur? continua-t-il en regardant M. de Lano, n'est-ce pas, que vous vous êtes arrangé de façon à pouvoir accuser cette enfant pour la perdre aux yeux de son père? Vous avez compté suimoi pour l'avUir ! Détrompez-vous, monsieur, Edith est pure aujourd'hui comme elle l'était hier, et si vous avez eu la lâcheté de lui apprendre f|u'elle ne possède pas de nom... que toute la honte retombe sur \ous..