I.E llol DEri ÉTLDrANTS
tant sans doute sur une récompense, ce qui s'est passé cette nuit ?
— Cela est vrai, monsieur, répondit Edith.
— Ne vous ai-je pas dit qu'il était à craindre que cet homme, que j'ai chassé dans un premier moment de colère, ne tentât de se venger en taisant tout savoir à M. de Billy?.., Ne vous ai-je pas dit qu'une semblal)le confidence à M. de Billy, dans son état de souffrance, pouvait lui être fatale, et qu'il fallait éviter ce malhem' ou du moins en atténuer les suites ?
— Gela est vTai, répéta Edith,
— Eh bien ! maintenant, poursuivit M. de Lano, le regard attaché sur Laurence, j'ai dit également à mademoiselle, que pour obvier aux inconvénients du bavardage de ce valet, nous devions prendre un parti sans hésiter. Oui, Edith a commis une faute en se rendant au bal de l'Opéra... Je ne sais ce qu'a pu vous débiter cette Honorine dont vous me parliez tout à l'heure, je suis au-dessus de ces commérages et de ces mensonges d'antichambre... ce que je sais... c'est qu'il n'y a qu'un moyen de réparer mie imprudence qui, aux yeux du monde, si le monde vient à la connaître, passera pour un crime... Je suis ici pour votre bien à tous deux. Vous, Laurence, cjpii me traitez si mal... qui voyez dans mes moindres paroles des forfaits en expectative, je veux assurer votre bonheur en vousmiissant à une jeune fille que vous adorez, vous ne le nierez pas; et vous, Edith, si je vous ai, bien malgré moi, douloureusement froissée en vous confiant un secret que tôt ou tard, d'ailleurs, je le répète, il y aurait toujours eu nécessité devons dévoiler, ça été pour mieux vous faire apprécier l'amitié que je vous porte. JNL de Billy entend que celle qui passe pour sa fille soit riche et heureuse... il vous dotera généreuse-
l.'5-i l.i: ROI DES ÉTl"riIAM>.
ment... Qu'il meui'e deinaiii , au contraire, avant d'avoir pris ses dispositions, et vous serez repoussée de cet hôtel comme une étrangère...
Et maintenant, Lam'ence, Edith, parlez? Qu'avezvous à me reprocher ?
Laurence se tut. Il soupçonnait bien encore quelque trahison sou? l'apparente bonhomie de M. de Lano, mais lidée de devenir l'époiLV d'Edith afïaihlissait singulièrement sa défiance naturellt' à l'égard de •'On protecteur. Il leva les yeux sur Edith pom" voir ce qu'elle allait répondre.
Edith essuyait ses larmes et tendait la main à M. de Lano. L'orpheline avait peine à croire au mal, et ell»^ se sentait heureuse des explications qui lui semblaient si noblement otTertespar M. de Lano.
— Monsieur, lui dit-elle, je vous remercie de votre amitié et de vos conseils. Je me fie à vous du soin de ma vie... Je serai la femme de Laurence, si, toutefois, ajouta-t-elle, rougissante, il m'aime assez pour vouloir d'une pauvre iille sans nom.
- — Edith! Edith! s'écria Laurence en pressant sur ses lèvres la main de la jeune fille, c'est à genoux que je dois ^ ous rendre grâces !
Puis un éclair de doute, une inspiration généreuse, surgissant encore dans son esprit :
— Mais ce mariage, reprit-il en interrogeant du regard M. de Lano, ne peut cependant avoh lieu tout de suite. Il faut laisser à mademoiselle le temps de me connaitre un peu... le temps de réfléchir sérieusement... Cela n'est-il pas conAenable, monsiem"?
M. de Lano fronça légèrement le sourcil.
— Dans un mois, dit-il, je me charge de demander poui- vous la main d'Edith à mon cousin, l'entend* z- Nous ainsi ?
— Oui, dans un mois... Le voulez-vous, Edith?
— Dans un mois, répondit-elle, sans songer à ce qu'elle disait. Car, en ce moment, elle ne pensait qu'à celui qu'elle craignait de ne plus oser appeler son père.
— A la bonne heure, se dit Laurence, d'ici là je verrai bien s'il n'\ apas quelque embûche cachée sous cette bonté extraordinaire.
Et il reprit tout haut :
— Dans un mois, donc, c'est convenu. Pardonnezmoi, monsieur, d'avoir douté de ^ous.
Le ^Malade.
Lorsque Laurence et .M. de Lain) se lurent éloignés, Kditli demeura quelques instants innnobile à la place où elle avait reçu leurs adieux et leurs promesses; et les yeux secs , mais le teint animé, le cœur gros, eUe répéta à plusieurs reprises ces mots : Je ne suis pas sa fille.
Puis, tout d'un coup, elle s'élança hors de sa cliambi'B et courut à l'appartement de M. de Billy.
Il y a^ait une fpiinzaine de jours que le pauvre malade ne quittait pas le coin du l'eu. Ses souffrances et sa tristesse s'accroissaient de plus en plus. Sans cesse assis dans un fauteuil, les pieds posés sur un tabouret, tenant sur ses genoux un livre que le plus souvent il oubliait d'ouvrir, il semblait ne plus vivre que pour attendre le moment de mourir. 11 aimait à rester seul, défendait aux domestiques de venir près de lui, à moins qu'il ne les sonnât, et répondait à peine à M. de Lano quand celui-ci lui demandait des nou\ elles d<> sa santé. Seule, Edith avait encore le pou- \oir de l'arra'dier à cet assoupissement dans lequel il
paraissait se complaire, et le sourire ne brillait plus guère sur ses lèvres que lors(|u'il aperce\ait la jeune fille s'avancer vers lui en lui présentant le Iront.
Cette fois , comme toujours, quand Edith parut sur le seuil de la chambre du malade, celui-ci l'accueillit d'un regard de bonté et lui fit signe d'approcher. Elle s'a^ança lentement, et tout en marchant, elle considérait avec une pitié cpi'elle n'avait jamais juscpi'alors ressentie aussi vive, ces traits chéris ravagés par l'insomnie, elle voyait en frémissant ces rides profondes, cet air abattu, ces cheveux blancs, ces mains amaigries.
— Eh bien! mon enfant, lui iht-ilen souriant, qu'astu donc à me regarder ainsi? Pourquoi restes-tu loin de moi et ne viens-tu pas m'embrasser?
— Oh ! mon père, mon père ! s'écria-t-elle en fondant en larmes.
— Qu'as-tu donc, mon Edith, répéta M. de Billy qui serrait dans ses bras la jeune fille agenouillée devant lui; que signifient ces larmes? d'où te vient ce chagrin? Parle... as-tu à te plaindre de quelqu'im , ou bien, conthiua-t-il mélancolirpiement, suis-je donc si mal qu'il n'y ait plus qu'à pleurer sur moi ?
— Non! oh! non, mon père, ce n'est pas cela, répondit Edith en essuyant vivement ses yeux, je suis folle, pardonnez-moi, je ne sais quel ennui s'est emparé de moi depuis... depuis une heure... mais je me mourais, seule chez moi . . . j 'a^ ais besoin de pleurer, j'avais besoin de consolations et je suis venue pleurer ici... et je suis accourue vous demander des caresses et des consolations. Oh! je veux rester toute la journée auprès de vous... puis demain encore et toujours... si cela ne vous déplaît pas! nous causerons... Je aous laisse trop souvent seul , c'est mal . . . Vous devez vous ennuyer... je ne vous quitterai plus; je tâcherai de