‹ Le roi des gabiersChapitre 2 sur 103 · II. — CHARLES · texte numérisé non relu

II. — CHARLES

Celui que Mahurec nommait mon lieutenant, et que la Miigniinne Caraïbe appelait Charles, après avoir un nu)iiKMil exploré l'horizon, se dirigea vers une case dressée sous un arbre séculaire, suivi par le matelot.

Tous d(!iix i)énétrèrenl dans l'intérieur de l'habitalion et se laissèi'ent tomber sur un lit de feuilles sèeJKîs.

— Pas eiieiir(' i\v. nouvelles! i'é|>élail Charles avec un aèrent douloureux, liiiii d'elles! rien de lui! Oli! relie siluatioM me lue! Mahurec! Il l'auten soi'tir îiloul |)rixl Et pourlaul, (pie faire? mon Dieu! «pie faire'/

Mahiiree s'approcha du jc^une lioinnic cl lui Icnilil les mains, puis, d'une voix doucement insinuante et coiiiuu; s'il eût craint de voir accueillir ses paroles par un accès de douleur nouvelle :

— Mon lii'utenant, dit-il en hésitant, si... vous le vonlie/., nous pourrions peul-êire... ipiiiier j'ih; !

(>liailcsscrcculabrusquemeiil et devint horrililcnicnlpâlc.

— Quitter l'île ! répéla-t-il d'une voix brève. Ne. sais-tu pas que cela est imi)0ssible!... et cependant... tu as raison Maliurec, l'honneur le commande!... Oh! mon Dieu! après avoir été déclaré infâme en face des autres hommes faudra-t-il donc que je me déclare lâche en face de uiuimêuie!

Et le jeune homme se laissa retomber avec un geste de désespoir suprême, et pressa entre ses doigts son front pâli.

Un silence qu'aucun bruit du dehors ne venait troubler régna dans la case. Charles, conservant son attitude péniblement méditative, paraissait s'absorber de plus en plus dans les pensées qui assombrissaient son visage, et iMahurec, n'osant troubler cette rêverie douloureuse, ne tentait rien pour provoquer une confidence que sollicitait cependant .Mjn regard ardemment fixé sur son compagnon.

11 y avait évidemment entre ces deux honnies, d'une différence de condition première et d'éducation facile à constater, un lien mystérieux qui les unissait l'un à l'autre et qui avait nivelé cette dilférence sociale. De grau Is événements malheureux avaient dû amener cette égalité de rang.

Cinq ans avant cette époque où nous visitons Saint- Vincent, au commencement de 1788, où les habitants de la Cabesterre étaient en grande hostilité avec les possesseurs de l'autre paitie de l'île, une grande pirogue de guerre armée de soixante uameurs et conduite par lllehùe, emportée par le courant qui entraîne les eaux de l'Océan dans la mer des Antilles, longeait la côte de la' Grenade, tenant le cap sur Saint-Vincen.t. Tout à coup, et au moment où la pirogue débouchait de l'un de ces étroits canaux formés par le groupe des petites îles, une de ces tempêtes violentes, subites, que rien ne peut prévoir dans ces parages de l'équaleur, souleva les flots irrités de la mer des Antilles.

Eu moins d'une heure, la tempête avait atteint son paroxysme et une brunie épaisse enveloppait la pirogue et lui permettait à peine de se diriger. La nuit descendait rapidement et la violence du vent ne diminuait pas : la pirogue, fuyant devant la tempête, avait changé sa route et courait sur la Trinité.

Un moment, les Caraïbes crurent que l>ar//)flroî(,le génie du mal, avait, pour conjurer leur perte, fait surgir, subitement du sein des flots un obstacle contre lequel devait se briser la frêle eaibarcation. ils étaient en pleine mer, loin des écueils, et une masse noire, semblable à un rocher, se dressait devant eux.

La pirogue rangea cette masse à la toucher; mais, emportée par le vent et les vagues, elle en fut éloignée aussi rapidement qu'elle venait d'en être rapprochée.

C'était une sorte d'apparition fantastique; puis, au milieu du bruit de la tempête, les sauvages euteiidircnl une formidable clameur accompagnée d'un craque. nent sinistre, et... plus rien que le niugissciiient du vent, plus rien que le bruissement des flots. Un éclair qui déchira les nuages et illumina l'horizon laissa voir la nier nue et déserte là on tout â l'heure se dressait un écueil. lllehùe ranima ses liomines un nioment frappés d'effroi, et la jurogu} reprit sa marche, lutlant contre la tempête.

Au jour, le vent tomba, le soleil se leva radieux an milieu d'un ciel sans nuages, et la mer se calma. Les Caraïbes apercevaient derrière eux, à une courte distance, les côtes de l'ile de la Trinité : au lieu d'avancer, la pirogue avait rétrogradé durant la lempèle.

Le veut était devenu favoralile; lllehiie fit dresser le mal et hisser une voile, et les Caraïbes allaient i)OUvoir prendre un repos nécessaire, tandis que la brise les poussait vers leur île, lorsque le sauvage qui veillait ;\ l'avant pous a un cri d'appel, lllehiie et les rameurs tournèrent aussii(H leurs regarrts dans la direction (pi'iudiiiuail le bras temlu de la vigie. A dix brasses en avant de la pirogue, sur le dos d'inu^ vague nionsliueuse, ils virent un débris de inàlnre, el sur ce débris deux homines demi-nus, cramponnés avec réiiei';jie. du dési'spoir.

En un clin dreil la pirogue fut à la hauteur des naufragés, cl vingt mains sccourabics les arrachaient A une ukuI certaine.

Ce (pie les Caraïbes avaient pris durant M nuit pour une npparili(m fantastique était la coque d'un navire désemparé,

privé de son grée ni et devenu le jouet de la tempête.

Déchiré par les lames furieuses, il avait sombré quelques instants après avoir failli écraser la barque des sauviiKCs,

et ceux qui venaient d'être recueillis d'une façon si miraculeuse faisaient partie du navire perdu et étaient proliablemcnt les seuls qui eussent échappé au désastre. Affaiblis par la lutte qu'ils a\ aient dû livrer contre la nier, ils s'étaient évanouis en touchant le fond de la pirogue. Ces deux hommes étaient Charles et Mahurec : la pirogye les avait cortduits à Saint-Vincent.

En reconnaissant des Français, c'est-à-dire d'anciens auxiliaires et des amis, dans ceux qu'ils avaient sauvés, les Caraïbes leur témoignèrent la sympathie la plus vive. Les naufragés s'étaient donc établis dans l'île ; mais à peine avaient-ils touché ce sol hospitalier, que celui que Mahurec n'avait jamais désigné que par ces deux appellations: Mon lieutenant, ou monsieur Charles, fut pris d'une fièvre effrayante, de l'un de ces accès si terribles sous ces climats brûlants. Les symptômes les plus funestes se montrèrent tout d'abord; en quelques jours, Charles perdit ses forces et sa raison.

Mahurec était en proie au plus sombre désespoir; il ne quittait pas un seul instant celui Sur lequel il veillait avec une sollicitude toute fraternelle. Dans l'accoraplisscinent de son pieux devoir, le matelot avait trouvé deux aides qui n'abandonnaient pas non plus la couche du mouraut. C'étaient deux charmantes créatures, deux anges que Dieu avait envoyés dans ce moment suprême, les deux tilles d'Illehiie, le grand chef caraïbe.

L'aînée se nommait Heur-des-Bois, la seconde Etoiledu-Matin, et jamais, dans leurs poétiques aspirations, les sauvages n'avaient donné deux dénominations plus justes.

Elevée comme tous les enfants du peuple guerrier dont elle était issue, Fleur-des-Bois avait reçu une éducation virile. Son adresse à manier les armes était extrême, son courage renommé, et sonardeur àla chasse ou dans les combats était admirée de tous les siens, qui avaient en elle une confiance absolue. Quand elle courait à l'ennemi, à travers les âpres sentiers des montagnes couvertes d'une végétation abrupte, son are à la main et son carquois plein de tlèehcs empoisonnées; quand elle s'élançait, légère et infatigable, à la poursuite du gibier dans les forêts inextricables qui séparaient l'île, c'était bien la véritable fleur de ces bois magnifiques, la personnification de la Diane mythologique. i Une circonstance toute particulière avait fait de Fleur-des- ■ Bois une créature bien réellement au-dessus de la condition I ordinaire de ceux qui l'entouraient. Obligé de reconnaître la suprématie des hommes blancs, Illehiie avait voulu que sa fille eût leur esprit, atïn d'en employer les ressources pour le bien de sa race et pour son salut. Ce projet avait complètement réussi. Profitant de l'alliance des Caraïbes avec les Français, il avait conduit Fleur-des-Bois au couvent des Dames, à Saint-Pierre de la Martinique.

L'éducation avait greffé ses avantages puissants sur les qualités fortes et énergiques de la nature sauvage, et les Caraïbes reconnaissaient que la fille aînée du chef avait autant de sagesse dans les conseils du grand Carbet que de bravoure et d'habileté à la guerre. Seulement, au lieu d'attribuer à sa vraie cause l'ascendant de Fleur-des-Bois, ils lui cherchaient une origine surnaturelle et l'expliquaient par des récits fabuleux.

Illehûe avait perdu coup sur coup sa femme et ses deux fils, tués parles Anglais. Les Caraïbes prétendaient que leur chef, accablé par les malheurs de sa famille, avait consulté sur le sort de Fleur-des-Bois la Syrène redoutée de l'île, et c'était cette fée puissante qui avait ordonné de recourir à la lumière des blancs.

Etoile-du-Matin, la seconde fille du chef, n'aVait jamais quitté, elle, son île native, et elle n'avait eu que le reflet de l'éducation de sa sœur aînée : aussi avait-elle conservé toute la virginité de sa nature sauvage; mais ce que cette nature avait d'énergique et de rude était triomphalement combattu par une organisation d'une sensibilité et d'une délicatesse extrêmes.

Une étroite amitié unissait les deux sœurs, et les oppositions qui existaient entre elles semblaient les avoir soudées plus solidement l'une à l'autre. Autant Fleur-des-Bois aipnait à se livrer à ses habitudes guerrières, autant Etoile-du-Matin avait les instincts pacifiques.

Tandis que la fille aînée d'Illehiie courait les forêts et luttait contre les hommes et les animaux ou faisait entendre une parole grave dans le conseil, la plus jeune s'adonnait avec amour à la culture des ileurs admirables que lui prodiguait la terre fertile de Saint- Vinccttt, et elle apprenait des sorciè-

res noires l'art de fermer les plaies et de guérir les maladies.

C'étaient ces deux jeunes filles qui avaient voulu aider Mahurec dans racconiplissement des soins qu'il prodiguait à Charles, et chacune avait témoigné le plus tendre dévouement au moribond.

Cependant l'état du malade empirait avec une effrayante rapidité. Un soir, Mahurec' crut que tout allait finir et que son lieutenant touchait à ses derniers moments. Le matelot, le cœur brisé et le visage pâli par l'émotion et la douleur, avait quitté la case. Étoile-du-Matin veillait près du mourant. Mahurec alla briser deux branches à un tamarin voisin, puis, s'asseyant à terre, il façonna une croix. Son œuvre accomplie, il se dirigea vers le chef caraïbe :

— Demain, lui dit-il, tu creuseras un grand trou sur la plage. Si mon lieutenant meurt cette nuit, je mourrai aussi ! Alors tu nous mettras ensemble dans la même fosse et tu mettras dessus cette petite croix que je te confie. »

Illehûe avança la main pour prendre le signe de la rédemption, mais un bras plus rapide devança le sien et s'empara de la croix. Mahurec étonné se retourna et se trouva vis-à-vis de Fleur-des-Bois. La jeune fille était pâle en dépit de sa teinte cuivrée, et ses yeux noirs brillaient d'un feu sombre.

— Il ne mourra pas! dit-elle d'une voix frémissante . Je viens pour le sauver !

— Comment? reprit le matelot.

— La nuit dernière j'ai été à la Martinique, j'ai consulté un médecin et j'ai rapporté les breuvages ([u'il m'a donnés. M. Charles les a pris ; il dort ! Viens le voir !

Charles était guéri physiquement; mais, soit que la commotion causée par les horribles scènes d'un naufr.ige eût ébranlé son cerveau, soit que son âme souffrît de quelques pénibles atteintesd'événemeiits passés, il fut, à partir du jour où il recouvra la santé, en proie à la mélancolie la plus noire. Une tristesse, que rien ne parvenait à distr'uire, s'était emparée de lui, et souvent il passait des journées entières dans un ' mutisme absolu.

Mahurec, Fleur-des-Bois, Etoile-du-Matin, lui prodiguaient en vain les soins les plus affectueux. Quelques vagues pai'Oles, échappées au matelot, avaient fait comprendre aux deux jeunes filles qu'une terrible douleur étreignait le cœur de Charles, et que le souvenir d'une épouvantable catastrophe, qui avait anéanti à jamais son repos et son bonheur, déchirait son âme.

Avec cet instinct inné chez la femme et qui la porte toujours au secours de ceux qui souffrent, les filles du grand chef avaient senti augmenter leur tendre affection pour le malade, en raison de la violence même du ehdgi'in qui le dévorait. Rien n'était plus touchant que la vue de ces efforts tenti's par ces créatures à demi sauvages pour combattre un mal dont elles ignoraient la source.

Parfois elles semblaient réussir dans leurs généreuses tentatives.

Tantôt Fleur-des-Bois parvenait à entraîner Charles dans ces sublimes forêts qui sillonnaient l'île, pensant que le spectacle de cette nature grandiose amènerait une bem-euse diversion dans l'esprit de celui qu'elle voulait distraire.

Parfois Etoile-du-Matin condiusait Charles à l'habitation des Mornes, et là, au milieu des plus belles fleurs de la création, arrosées par des sources d'eau vive, et ou régnait une douce température entretenue par les vents alizés, la jeune fille s'efforçait d'attirer l'attention du promeneur morose sur les merveilles qu'elle avait cultivées de ses mains, sur les bosquets de jasmins gigantesques et odoriférants, sur ces amaryllis éclatantes qu'elle avait fait naître, sur ces iris dorés dont elle avait peuplé le bassin delà fontaine, sur ces myrtes fleuris, ces lauriers, ces palmes élevés par ses soins vigilants;

Elle lui racontait l'histoire et la valeur d'une foule de plantes médicamenteuses, inconnues en Europe, qu'elle cultivait, en en connaissant les vertus, pour le secours de ses frères.

Durant ces excursions, un éclair brillait parfois dans l'œil éteint du malade, ses joues pâlies reprenaient quelque coloris, les jeunes filles, joyeuses, redoublaient d'attention, puis on revenait au cachet, et Charles retombait dans son état de marasme.

Les Caraïbes eux-mêmes témoignaient aux deux Français ce respect qui, pour le sauvage, est le plus grand signe d'affection.

Enfin, peu à peu les soins produisirent leur effet, la nature encore jeune et énergique du malade triompha de l'accablement moral, et Charles reprit lentement possession de

SCS f:!cultc''S iiitcllectiiellos. Mais si la cure avait clé pcnihlo, la coiivalcscence avait été irès-hniyue.

Plus de dix-huit mois s'élaicnl écoulés depuis le jour de sou anivce à Saint-Vinccnl, lorsqu'au matiu, Ciiarlcs, secouaut l'engourdissement qui l'accablait, appela Mahurci', qui dormait encore, et lui ordonna d'aller prévenir Flcur-des- Bois qu'il désirait visiter avec «elle la partie montagneuse de SniiU-Yinceut, servant de barrière entre les Anglais et les Caraïbes.

G'él;lit le premier acte d'énergie que manifestait Charles. Mahurec bondit en pleurant de joie et courut chercher la fille aînée du chef.

A partir de cet instant, Charles, chez lequel s'était accomplie une révolution subite, ne parut plus le même honiine. Une sorte d'activité fiévreuse, un besoin d'évéuemeots, s'étaient emparés de lui.

Les Caraïbes noirs des frontières guerroyaient sans cesse avec les Anglais. Charles se joignit à eux, et, en différcnies rencontres, il déploya une telle intrépidité, un tel sang-froid au milieu du danger, que les sauvages, qui estiment la bravoure Culiue comme la pi'emière des qualités humaines, so priient pour lui d'une admiration profonde. Mahurec élait toujours au côlé de son lieutenant, et son courage éclatant, sa force herculéenne, lui valurent pronxptemeat le respect et l'estime de tous.

Toujours superstitieux, les Caraïbes, finirent par se persuader que partout où les deux Français seraient avec eire, ils triompliei'aiunt de leurs ennemis, et cette persuasion était si sincère, si profondément enracinée eu eux, que Charles et M ihurec eussent pu les entraîner aveugléaicnt au milieu des dangers les plus terribles.

Durant les dix-huit mois qui avaient vu Charles si tristement éprouvé, le jeune houiine n'avait pas une seule fois prononcé un mot qui eût trait à la catastrophe qui éliit cause de sa venue ''..Saint-Vincent, ni une seule parole relati\e à son pays, jamais le nom de la France ne s'élajt présenté sur ses lèvres.

, A peine eut-il recouvré la plénitude de ses facultés, que les souvenirs du passé parurent revenir en foule assaillir son esprit. A tout moment, il parlait de sa patrie éloignée, dont il ignorait Iss destins, et le nom d'un de ses compagnons de vojage, qu'il appelait Henri, revenait à tout propos dans ses discours. Il semblait possédé d'un impérieux désir de savoir ce (prêtait devenu cet Ilitnri.

Dix fois il avait prié lUchiie de faire armer une pirogue dans laquelle il voulait s'embarquer, pour parcourir les Antilles, à la recherche de son ami. Dix fois il avait émis le désir de se rendre dans les colonies françaises, à la Guadeloupe, à la Jlartinique, pour avoir des nouvelles de la France.

Puis, lorsque le chel caraïbe s'empressait de satisfaire le vrtu exprimé par son bote, lorsque la pirogue était prête, lorsque Fleur des-l>ois venait chercher Charles, qu'elle voulait accompagner, celui-ci, hésitant... revenait sur sa volonté exprimée... Lu Ircnihlement convulsif agitait tout son être, et nri accès de la terrible maladie (jui l'avait fait si longl('m|)s souffrir le reprenait subilenn-nt. Vingt-(|uatre Inuires après, la crise était jiassée, mais Charles ne parlait plus du voyage projeté.

Fleur-des-P.ois et Mtoilc-du-Matin cherchaient en vain, dans leur solliciliidc, à comprendre la cause mystérieuse qui af^issait ainsi sur Charles ; mais cette cause demeurait toujours pour elles un secret profond.

Seul, xMalinrcc paraissait être dans la confidence des élraiigcs motifs uuxiiucls obéissait son compagnon. Dans chacune de ces circonstances, il s'enfermait a\('<' lui dans la case cl ne pcrinellait à prrsonne, pas même à lllchiie ni à SCS deux lillcs, de venir troubler leur longue confi'-rcm'c.

Plus d'uni' année s'était encore écoulée ainsi. Un était alors on l"'Jl,it ilepuis trois ans, depuis leur niuifragc, depuis leur iirrivéc k Saiiil-VinceiU, (.Charles ni Mahurec n'avaient vu d'antres Fnriqiêeiis (jue b.'H soldais anglais, qu'ils apercevaient de l'anln' ciMé des nioiilagm's, nliii'si|u'ils s'avcnliiraient jusqu'à la SnulViêrn, et avec lesquels il leur était iMqiossible de comnnniiqner. Ils n'avaient eu non plus auciitii' nouvelle de France.

' Apri^s ses te.nlalivc.s avortées pour vaincre l'élranf^e cl invincible répugnance qu'il ressentait cIkhiiic fuis qu'il fallait i^orlir de l'ilo, Cliarlus avait rcuoiicé à toute pensée de vnyofjc, mais sua impatience cl 8a sunlirance éluicnt visibles.

Un jour qu'il était allé avec Fleur-de.s-Bois jusque dans la ])arlie de l'île habitée par les Caïaîbes noirs, Mahurec vint trou>er lUehiie :

— Vieux, lui dit-il dans son langage maritime, il faut que tu me rendes un service. Mou lieutenant ne se décidera jamais à se déhiler de Saint-Vincunl. Fais armer une pirogue, et filofis de l'avant, tous les deux, en mettant le cap sur la Martinique.

Le lendemain, la pirogue, montée par le chef sauvage et par le matelot français, revenait à Sainl-Viocent, puursui\ie par un cutter anglais qui n'osa pas cependant affronter les écueils de coraux.

Mahurec élait soucieux : il n'a\'ait pu passer au travers des ci:oiseurs anglais, et il n'avait pas aperçu un seul navire portant le pavillon royal de France. Le matelot ignorait que ce pavillon avait disparu des mers, et qiie c'était à l'abri des couleurs républicaines qu'il fallait aller chercher les Français; mais, depuis trois années, Charles et Mahurec étaient sans nouvelles d'Europe; ils ne savaient rien de la lîévolution, et ils croyaient le fils de saint Louis toujours fermeiuont assis sur le trône de ses pères.

L'expédition avait été vaine et ne présentait aucun résultat. En apprenant ce qu'avait fait Mahurec, Charles fut saisi encore d'un tremble uent nerveux; mais ce fut un soupir de soulagement qui s'échappa même de ses lèvres, lorsque le matelot lui expliqua comme quoi il n'avait rien pil savoir, ni rien pu apprendre.

Il était évident que Charles était dominé par une terreur invincible toutes les fois qu'il s'agissait de la France et des Français, et qu'une mystérieuse appréhension oppressait son cerveau.

Quelques jours après, cependant, et comme Mahurec était deliout sûr un quartier de rocher, explorant la mer de son œil interro,;:aleur, Charles lui posa la main sur l'épiiule.

— Matelot, lui dit-il en contenant l'éniolion qui altérait ses traits et faisait trembler sa voix, matelot, il faut recommencer ce que tu as tenté déjà. Tu le sais, je ne puis me résoudre à quitter celle île, dont Dieu a fait pour moi une patrie nouvelle. Cent fois, par la pensée, j'ai franchi la mer qui nous sépare de la France; mais, je le sens, toute tentative réelle serait au-dessus de mes forces. La vue d'un Français ine Tuerait !.. . Et cependant je veux savoir s'il est mort; je veux savoir ce qu'elles sont devenues! .le veux savoir si je dois continuera défenJre ma, vie nialhe:n"euse cciiilrc les chagrins qui ratleigueul. Je veux cnliii connaître les nouvelles de France et avoir la certitude qu'Henri, lui, n'a pu échapper au naufrage auquel nous avons été si iniraculeusenienl arrachés. Cette nuit j'ai vaincu mes répugnances, j'ai dominé mes angoisses : j'ai éciit une leilrc au comte de Sommes, le seul ami qui, en France, nous soit demeuré tidîde en dépit de nos nUilheurs. J'ai prié llk'hiie de te donner une pirogue de guerre, qui te transpoi-tera dans toutes les îles des Anl'dh'S. Pars, Mahurec, pars, mou vieux matelot, et ne reviens qu'après avoir remis cette lettre à bord de (inehiue navire françai.s, et avoir tout tenté pour connaître le sort d'Henri.

Moins d'une heure après, Mahurec, monté sur une pirogue, franchissait la passe îles brisants, et gagnait la tiàiite mer. Mais celte fois encore, comme la première, son expédition avait été infructueuse. Partout la pirogue trouvait des navires anglais sur sa route, et comme les Anglais faisaient une guerr(! acharnée aux populations caraïbes, ils cliassaient l'embarcalion.

Après avoir épuisé toutes les ruses, Mahurec, voyant ses raniPiirs \i bout de force et les provisions manquer, avait di'i remettre le cap sur Sainl-Vincenl.

Six l'ois il recommença la même entreprise, et si\ fois le résultai l'ut idenli(iue. On ne voyait, dans tout r.irchipel dis Antilles, que le pavillon britannique IlollanI au haut des mais, el on eût dit ipi'uue lloite de croiseurs bloquait Sainl- Vinccnl.

A chaque nouvel insuccès, Charles rcssonlait, non plus un accès de morue aballemonl, mais un accès de rage fréné-

li(pie. Il 11 iiiiprcnait pas eominciit, dans celle iiier dr-i

Antilles, où la France possédait de si billes colonies, tiu ne rencmilrail plus qu'une ligne serrée de navires anglais.

C'est qu'il un poinaii savoir, privé de noavelhs coinnn' il l'était depuis do longues années, que la lUvolulion, en éclatant en Franco, nvait raninn'i la guerre nvcc l'AuglcIerro, que les Anglais, nous allaquaiil sur ions les poinisdes iners, ovuieal mciiaciTà la lois loulcs nos pobsessioasi que Saiiilu-

Lucie veiuiit de ioiiiber en leur pouvoir; qne lii Marlinique ei la Guiiilolouiie lilaieiit bloniiécs LHi'oitcinent ; et qu'outin les croispurs Anglais, inondant l'arcliipcl, reniaient toute coninmniralion inipossibie.

Mais Chai-les ignorait toutns ces choses ; il croyait Sanite- Lurie-, la Guadeloupe et la iMartinlqnc lonjours ririies et lloriïsan'les sons la dominalion inattaquable de la mère patrie, et il ne s'expliquait pas comment le pai illon blane fleurdelisé ne se voyait plus sur la mer des Antilles.

Irrité pai' les obstacles et par la noa-réussite de ses plus cliers désirs, le mallienreux jeune homme sentait renaître en lui tous les germes de la maladie à laquelle il avait jadis failli succomber. Mahnrec, toujours dévoué, avait voulu tenter encore une nouvelle expédition; mais Cbarles, en proie au plus sombre découragement, lui avait ordonné de rester à terre.

Fleur-des-Bois avait assisté à cette scène entre les deux Français, et elle avait quitté la case, le front penché et le regard pensif. Le lcnde;nain, une jeune Caraïbe, attach;'e au service de la fille aîn'e du chef, vint prévenir Charles ([ue sa m;iîtresse élait partie durant la nuit, montant sa meilleure pii'ogue de guerre, et accompagnée de ses plus valeureux soldat^. Fleur-des-Bois voulait aceomplir ce que Mahurec n'avait pu réussir à faire.

La Jeune fille, connaissant admirablement la mer do ces parages, possédant un ascendant énorme sur les siens, dotée de ces instincts de la créature primitive qui sont de si puissants auNiliaires pour la race sauvage, ayant fait cent fois déjà le trajet ([u'elle s'apprêtait à entreprendre, la jeune tilie avait, il faui l'avouer, plus de chance de réussite que le matelot français.

Cependant les jours s'écoulèrent d'aberd, puis les semaines, et la pirogue ne revenait pis àSaiiU-Vincent. Alors une injuiétude mortelle s'empara de tous les esprits; Fleur-des- Bois était-elle devenue la proie des Anglais, on avait-elle péri avec ceux qui raccompagnaient?

La population des Caraïbes l'onges adorait la fille aînée du chef. Chaque jour, inquiète et agitée, elle encombrait la plage, iiTlerrogeant la mer déserte. Puis, au milieu de ces tourments, les Caraïbes noirs appelèrent leurs frères aux armes : les Anglais menaçaient d'attaquer les liasses.

Un mois se passa en combats et eu fatigues. Illebiie, en dépit de son impassibilité sanvaire, ressentait au cœur une horrible douleur causée par l'incertitude où le laissait le soi't de sa fille bi(!n-aimée. Etoile-du-Matin, n'osant laisser éclater sa douleur dans la crainte de raviver celle du chef et d'auguienler le désespoir de Charles , renfermait dans son âme toutes les poignantes angoisses qui la torturaient.

Cbarles, qui avait d'abord semblé prêt à succomber au chagrin et au découragement, retrouva toutes ses forces pour lutter contre les Anglais, et organiser les expéilitions qui devaient aller à la recherche de Fleur-des-Bois, perdue pour lui et par lui. Les froiiliôres redevenues libres, les Caraïbes rouges armèrent leurs pirogues.

Charles, da'ns ce moment d'anxiété, triomphant enfin de l'appréhension qu'il ressentait pour prendre la niei", de son étrange aversion pour essayer de gagner les colonies françaises, voulut se joindre lui-même aux hardis sauvages qui s'en allaient exploi-er' l'archipel ; mais Illebi'ie s'y opposa. Il emmenait avec lui ses meilleurs guerriers, et, eh l'ahsence du chef, il fallait un homme intrépide pouvant le reiuplacer pour prendre le commandement des Caraïbes restant dans l'île, et s'opposer aux aux entreprises des Anglais.

Charles obéit, et laissa partir Mahurec et Illehiie escortés d'une flotille de pirogues, qui devaient s'éparpi'ler sur tous les points de l'archipel. Accompagné d"Étoile-du-Matin, il inonla sur l'un des brisants, et suivit du regard les pirogues qui sillonnaient les Ilots. Chaque matin il revint prendre ce poste, et cha(|ue soir, en s'en retournant au carbet, il paraissait absorbé dans une méditation profonde.

Enfin les pirogues revinrent une à une successivement, et toutes rentraient au port sans avoir pu franchir la route, interceptée de toutes parts par les navires anglais. A eliaque endt.ireation revenant après une course vaine, Etoile-du- Matin courbait ,sa jolie tèle, tandis que des pleurs baignaient ses paupières-, et Charles paraissait méditer plus encore une résolution récennnent prise, et dont l'énergique expression se lisait sur ses traits.

La pirogue, montée par incbiie et Mahurec, était rentrée la dernière au port, et le chef caraïbe et le matelot n'avaient

pas été plus heureux ûnm cette expédiiion que dans les prt5'

cédentes. La pirogue devait explorer les îles espagnoles; mais la crainte du terrible vent du sud, dont Illehiie, avec sa sagacité de sauvage, avait cru reconnaître les pronostics, a\ait forcé les navigateurs à faire relâche à Saint-Vincent.

I'er>onne ne sa\ait donc encore ce qu'était de\enue Fleur-des-Bois.

— Je suis donc lâche! s'écria brusfpiement Charles en redressant la tète. Oh! non, non! dussé-je endurer tous les supplices, je ne me flétrirai pas moi-uu"me. Tua\ais raison, Mahurec, il faut partir dans quelques heures, partir cette nuit même!

En entendant celui qu'il nommait son lieutenant manifester l'intention de quitter Saint-Vincent, Mahurec ressentit un étonnement profoiul.

Il ne croyait pas voir sa proi)osition si favorableiuent accui'illie. Tant de fois déjà Cliarles avait émis la volonté de partir, et tant de fois, à l'instant décisif, il n'avait pu se résoudre à s'embarquer. Mahurec pensait qu'il en serait encore de cette démonsti^iiion comme des précédentes; mais il n'osa formuler sa pensée.

Un rapide regard, lancé sur le matelot, permit à Charles de deviner ce qui se passait dans l'esprit de son interlocuteur.

— Il faut partir! reprit-il avec une énergie extrême. Oui, dussé-je me trouver face à face des Français, dussé-je voir les regards de mépris de mes compatriotes se détourner de moi, dussé-je entendre des paroles flétrissantes murmurer à mon oreille, il faut partir, Maburee, il tant quitter cette île! Y séjourner plus lougtenqis serait une infiinie et une lâcheté! D'ailleurs, songe donc, les années ne se sui céderont pas ainsi sans qu'un navire passe en vue de l'île, sans que des Français débarquent ici. En nous vovant, ils voudront savoir qui nous sommes, et mon noai prononcé leur dira l'horrible vérité! Alors tous ces sauvages, qui me respectent et qui m'aiment, ne verrou*, plus en moi qu'un être dégradé, banni de sa patrie, un odieux criminel auquel son roi à fait grâce de la vie dans un moment de clémence. Comprends-tu qu'à chacune de vos expéditions j'étais en proie à la douleur la plus anxieuse, partagé entre le désir de vous voir revenir avec des nouvelles de ceux que j'aime et la crainte horrible d'apercevoir un Français parmi vous que les pirogues eussent ramené à Saint-Vincenf? Ce que j'ai souffert. Dieu seul le sait! mais je suis à bout de souffrances. Mahurec, il faut partir! Je le répète, il y aurait infamie et lâcheté à rester ici plus lon.i,'temps !

Et Charles, qui s'était levé pour débiter d'une voix brève ces phrases empreintes d'une signification terrible, tordit ses mains crispées avec une expression de désespoir impossible à rendre. Mahurec s'élança vers lui.

— Mon lieutenant!... balbutia-t-il.

— Tais-toi! interrompit Charles. Que pourrais-tu dire, d'ailleurs, pour combattre la diudeur ([ui m'accable? Que je suis innocent du crime pmir lequel j'ai été coiiilamné? Dieu le sait bien, et cependant Dieu ne m'a pas secouru ! Aliandonné par lui, déclaré coupable par la justice des liommes, je ne suis plus, pour tous, qu'un être abject, traînant sur la terre son existence misérable! Qu'importe que je sois innocent, puisque tous m'ont cru coupable!

Cbarles leva vers le ciel ses bras, qu'il laissa ensuite retomber avec un geste empreint d'une énergie fiévreuse. Mahurec courbait la tête, sans oser prononcer une parole ;, le pauvre matelot souffrait cruellement de l'état d'exaltation dans lequel il voyait le jeune homme.

— Il faut partir! il faut partir! répétait celui-ci d'une voix saccadée.

Puis, après un nouveau silence :

■ — Oli! reprit-il avec une violence extrême, il y aurait infamie et lâcheté à demeurer ici! Infamie, car je rendrais, en y restant^ le mal pour le bien! Lâcheté, car ce mal que je commettrais, je le ferais avec connaissance de cause... Tu me regardes, Mahurec? Tu me crois fou?... Eh bien! écoute : Illehiie m'a sauvé la vie eu m'arrachant à la fureur des flpts, alors que nous n'avions aucun espoir de salut; Illehiie m'a donné son carbet et m'a nommé son fils ; ses filles m'ont prodigué les soins lefe plus touchants; l'une d'elles est peut-être en ce moment victime de son dévouement pour moi... Et veux-tu connaître la vérité, Mahurec? Etoile-dn-Matin m'aime! Oui, elle m'aime, j'en suis sûr, quoiqu'elle ne se soit pas encore peut-être avoué son amour à elle-même!... Elle m'aime, moi dont le cœur pétrifié ne peut vendre amour pour amour! Elle m'aime, moi que la

première rencontre avec nos compatriotes peut déclarer méprisable et déyradé! Elle m'aime, elle, la lille de celui qui m'a sauvé, la sœur de celle qui s'est peut-être perdue jiournioi! Et lorsque je serais Iil)re encore, lorsque l'anatlième de la justice ne s'appesantirait pas sur ma tête, il me faudrait choisir entre cet amour que je trouve ici et celui que j'ai laissé là-bas! Ainsi, en échange de la vie qu'il m'a sauvée, de ralfectiou qu'il m'a prodiguée, je rendrais, au Aieillard le mullieur de sa fille! En échange des soins, de lu tendresse, du dévouement dont Fleur-des-Bois et Étoil'edu-Matin m'ont donné tant de preuves, je rendrais souffrances et désespoir! Tu vois bien, Mahurcc, qu'il faut partir et que ma vie est à jamais maudite! Oh! pourquoi Illehiie 'm'a-t-il sauvé ? Henri, plus heureux, a trouvé le repos dans la mort!

Le matelot avait les yeux attachés sur le jeune homme, et ses regards consternés décelaient ce qui se passait dans son âme.

— Partir! dit-il enfin; je le veux bien, mon lieutenant, je suis paré; mais où diable irons-nous?

— A la recherche de Fleur-des-Bois d'abord ! répondit Charles.

— Mais les croiseurs anglais nous barreront la route!...

— Nous passerons sous le feu des croiseurs!... Fleurdes-Bois retrouvée, nous la ramènerons à son père, et ensuite...

— Ensuite? reprit Mahurec, eu voyant que son lieutenant s'arrêtait.

— Ensuite? reprit Charles, nous fouillerons les Antilles pour retrouver Henri, et s'il est mort, comme je le crois... eh bien! Mahurec, nous nous dirons adieu. Tu retourneras en France... et tu me laisseras seul mourir sur la terre américaine !

Le matelot s'était levé lentement, ses mains frémissantes ^ s'étaient jointes, et une expression amèrement douloureuse ' avait envahi son visage.

' — Alors... comme ça... dit-il d'une voix émue, et qu'il s'efforçait de rendre ferme, vous ne voulez plus de moi, mon lieutenant?... C'est pas bien, ça!... Si le pauvre Mahurec vous gêne... faut le dire franchement... Il ne pèse pas lourd sur la terre, lui, allez! Lu morceau do roc aux pieds et dix brasses d'eau... c'est pas malin à trouver. Charles saisit les mains du matelot.

— Tu ne m'as pas comjjris, dit il avec une extrême émotion.

— Dame! j'ai compris qu'il viendrait un jour où vous voudriez nous séparer.

— 11 viendra un jour où je voudrai mourir!

— Eii liicn! dit JMaliurec avec une simplicité sublime, ce jour-là nous mourrons!

Charles s'a|)procha encore et pressa contre sa poitrine h; torse hcrcuircn du matelot.

— Tu es le seul chaînon qui me rattache encore à l'existence, murniura-t-il.

Puis, élevant la voix :

— C'est décidé, dit-il, celte nuit nous partirons!

En ce moment, un mugissement foi'midai)le éclata au dehors, des cris d'effroi retentirent, la terre trembla et vacilla...

Un serpent monstrueux s'élança, comme chassé par l'effroi, sur le lit de feuilles sèches près duquel Charles et Mahurec se tenaient immobiles...

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