L. — LE DEPART
Le soir de ce jour, Charles et Victor Hnges étaient seuls tous deux dans la salle où avaient eu lieu le matin, les scènes que nous venons de rapporter. Charles était debout ; Victor Hugues, assis devant une table, écrivait rapidement. Quant le proconsul eut achevé son travail, il ferma ses dépêches, et, se tournant vers Charles :
— Ecoute, dit-il, je renvoie en France la frégate l'Andromaque, celle qui contient tous mes prisonniers. Je te charge de conduire ces prisonniers et de les offrir à la Convention. Voici un passage pour la citoyenne, un autre pour l'enfant et un permis d'embarquement pour le matelot. Est-ce bien tout ce que tu désires?
Charles était trôs-ému. l\ prit l'une des mains du proconsul et la serra vivement.
— Léonore m'a dit ce que tu avais été pour elle, durant la traversée... répondit-il. Léonore, c'est ma sœur, et ce que tu as fait engage à jamais ma reconnaissance.
Victor Hugues secoua la tête.
— Ce matin, dit-il, tu as largement payé ta dette; ne me remercie pas. J'aurais préféré te gardci', car, en présence des événements, un homme comme toi m'eiit été précieux ici. Je veux réorganiser les corsaires ; mais puisque tu veux retourner en France I... pars !... Seulement, rappelletoi ta promesse ! Avant un an, sois de retour ici, et je t'aurai conservé mon meilleur navire pour le remettre sous ton commandement.
Charles voulut parler, mais le proconsul l'inlerronipit encore :
— Tu m'as dit que tu t'appelais Charles, poursuivit- il, mais il doit y avoir le nom d'un ci-devant caché sous celui de le Bienvenu que je t'ai donné. Ne cherche pas à mentir ! D'ailleurs, que m'importe ? Tu es brave, tu sers dignement ta patrie, que puis-je te demander de plus? Je te parle ainsi pour te prévenir. Il y a de longues années que tu as quitté la France; tu vas retrouver tout bien changé. La nation, d'avilie qu'elle était, s'est faite libre et puissante. Ce nom que tu caches, continue à le cacher. Illustre celui que je t'ai donné, dans un an, sois ici. Il faut que, dans un an, nous attaquions la Martini(|ue, et que nous chassions, à notre tour, les Anglais des Antilles.
— Dans un an, jour pour jour, dit Charles, je serai près de toi !