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LE nOl DES GABIERS

après?

— Après?.

« — Le Cniiiiti' iii'u laissé la libre disposition de cette

foiirniliiro, coiitiiiiia GiM-vais en reprenant sa lecture, et, en apprciiiint ton retour à Paris, j'ai pensé aussitôt à toi; et pipiir t'as'^nrcr anlaiil que l'aire se peut cette occasion unique de l'.iire ta fortune, je l'envoie, avec cet avis, la corbeille coMt.nant six n uls ini-rou^as, nii-bhincs, qui est, comme lu dciis le savi.ir, la manière symbolique employée par le connié de l;i j^ucrre pour accréditer près de lui ses fournisseurs principaux... i>

— Par exemple, je ne savais^pas cela 1 dit encore Gervais en s'iiitcrroiiipant.

— Ni moi! lit Gorain.

— C'est incroyable comme on apprend des choses nouvelles en avançant dans la vie !

— Oui! qui aurait jamais pu croire que des œufs rouges, comme on en vend cliez les Iruilières, servaient au gouvernement pour correspondre avec ses agents!

— Oh! je trouve cela très-beau, moi!

— Moi aussi, Gervais!

— Seulement, je voudrais qu'il lût défendu d'en vendre.

— IMais que dit encore la lettre ?

— Je reprends :

« J'espère, citoyen Gervais, qu'a'.irès ce léger service, que je suis heureux de te rendre, tu ne conserveras plus de l'aucune contre moi à propos du mal involontaire que je t'ai causé... »

— Je le crois bien, excellent ami !

« Et comme tu ne peux être seul pour faire celte aff.iire importante, je le prie de prendre pour associé, de préférence à tout autre, ton digne ami Gorain... »

— Mou nom y est ? interrompit le propridtairc.

— En toutes lettres !

Gervais montra lu papier à. Gorain.

— C'est vi'ai ! dit celui-ci. Ensuite.

— Ensuite, iv|irit Gervais, il y a des compliments affectienx, et puis la recommandation de nous trouver ce soir, ;' sept heures, dans les galeries du Piilais-É;:alité... Eh Lien! (Joiain, as-tu encore quelque objection à faire?

— 'lu es bien sur i|ue celte écriture est celle du citoyen Sommes ? demanda Gorain.

— Je t'en réponds ! je te l'affirme!

— Alors, c'est bien beau!

, — C'est superbe !

— Je ne l'avais pas bien comprise, ccUe icttrc, en la lisant chez loi. Dans le premier moment', j'étais tout ébaubi... mais maintenaut...

— Tu es convaincu ?

— (A'rtainemenl. D'ailleurs, qu'est-ce qu'on pourrait nous l'aire ? Seulement...

— Uuoi?

— Puisque le rendez-vous est pour sept heures, nous eussions pu attendre chez loi...

— J'avais besoin de prendre l'air, inteiroiiipit Gervais. Une pareille nouvelle, surlout (|nand on arrive, comiiie moi, du bout du monde, est faites jiour vous agiter! Munilionnaire!... comprends-iu, G<irain?La fortune et les honneurs!

— Chut! il ne faut rien dire!

iiirqudi cela ;

— Si ou nous entendait !

— Eh bien ! ne sommes-nous pas les agents du gouverncmeiil, les protégés du comité de la guerre?

. — Oui, mais il l'aiit cire prudent!

— Et dire, ajoula Gervais, que tous les munitionnaircs ont d(!s œufs rouges comme ceux que j'ai reçus!

— C'est sans doute pour que cela leur serve à se reconnaître entre eux.

— Probablement.

— C'est superbe !

— C'est magnifique !

Et les deux amis, dans renthoiisin.smc que leur causait leur nouvelle posiiinn sociale, doublèrent le pas en rcuionlaiit la rue Saini-IIounré.

— Mais, (il (disr'iver Gervais, avec tout cela, il ne nous dit pas quelle espèce de fnurniturc nous allons avoir à faire.

— Il niiiis le dira ce son'.

— Abl nous le trouverons .au Palais-F";galilé ?

— Oui, puiscpi'il nous dit d(' l'j attendie.

— C'est encore vrai ! En vérité, ji; ne sais pins où j'ai la t£lel

— Le Palais-Egalité, répéta Gerrais; je ne suis pas fâché de le revoir, moi qui l'ai quitté au Palais-Royal...

— Ci-devant ;o\al ! se hâta d'inlerrohipre Gorain.

— Paris n'est pas changé, apivs toul, continua l'cx-vovagcur en regardant les maisons autourdc lui ; mai-i c'est hum agréable de s'y retrouver après en être parti depuis si longtemps 1 Ah ! lit-il en s'arrètaiit, je m'y reconnais : voici la rue^de l'Arbre-Sec et la rue des Vieillcs-Éluves; là-bas est riiôlel d'Aligre...

— Ci-devant d'Aligre ! dit encore Gorain en secouant fortement le bras de son ami.

— Et voilà bientôt le Palais-Egalité ! Ouf! il me semble que je n'ai pas respiré, depuis deux ans, comme je res|>ii'c aujourd'hui ! L'air de Paris ne se retrouve nulle part ! Entrons au Palais-Egalité, Gorain ! J'ai liâte de revoir ses galeries, son jardin, ses bassins, ses arbres; et le C./i; mécanique, y c-t-il toujours?

— Il a fait lianqucroute, répondit Gorain.

Les deux amis travei-saient alors la place du Palais-Égalité, petite, difforme, comme elle était encore quelques années après la révolnlion de juillet 1830.

C'était l'heure de la promenade, et une foule bigarrée, composée de tous les éléments de la société, depuis les plus élevés jusqu'aux plus bas, envahissait les abords du palais, ses galeries et son jardin. Gervais ouvrait des yeux énormes ; il regai'dait et adiniiait, il s'ébahissait en honnue n'ayant pas contemplé depuis de longues années les sple:ideuis et les merveilles de la capitale. En effet, Gervais pouvait cire, à bon droit, étonné de tout ce qu'il voyait, de tout ce qu'il entendait. Le Paris de 1702 lessemblait bien peu au Par'is de ITOo. Entre les deux, il y avait eu la Terreur et tout rétablissement des instilulions républicaines. Mo'urs, coutumes, costumes, usages, langage mèuie, toul était changé. Gervais avait hâte, en viai Parisien qu'il était, de se ratrcmpcr dans celle almosplière qu'on ne res'iiro que dans le centre de la cjipitale, ce ceuti'c formant un Parisdans Paris, et ce Paris-»là étant le seul et nuii|ne méritant la renoinuéc de son nom prestiiiieux. Entraînant Gorain, qui se laiss lit j conduire, il luaichait en vérilahle badaud, ouvrant des veux en innés, se licnrlant aux passjmts, s'arrètant devant eliai|ue boutique, stationnant devant cha(]ue affiche cl poussant des exclamations de surprise et de joie à chaque pas, à chaque temps d'arrêt.

— Tiens ! fit-il en reconnaissint la rue qu'il traversait, la rue de Richelieu n'a pas elian:;!''. ■ ,

Gorain serra «^nergiquemenl le bras de son compagnon.

— Cliul! lit-il.

— Quoi '.' demanda Gervais avec élonnement.

— C'est la rue de la Loi (pi'il faut (Rre.

— Ah ! on l'a débaptisée aussi, elle?

^ Chut ! fit encore G(n'ain.

— Quoi ? ré|)i''la Gervais.

— Il n'v a plus de baptême.

— Bah !

Les deux amis cnti'aient sons les galeries du Palais-Égalité.

— Voyons! lit Gervais en s'ai'rètant, que je me smivicnne un peu depuis combien de temps je n'ai vu le Palais-Uoy... Egalité !

Un nouveau coup de coude de Garain avait arrêté l'épithèlc, dangereuse à prononcer, sur les lèvres de Gervais.

— Voyons ! reprit celui-ci en faisant inenlaleiuent ses calculs, nous sommes aiij(mrd'hui... mercredi...

— Chut ! dit Gorain.

— Quoi?

— Il n'y a plus de mercredi...

— ('(unuienl, pins de mercirdi ?

— Eh non ! pas plus que de jeudi, dc vendredi, de s.amedi, di; dimanche ni de liimli...

— Qu'est-ce ((u'il y a donc alors dans la semaine?

— Cliul!

— Mais saperlotle I...

— Il n'y a plus de semaines !

— Pins de semaines!

- Non ! il y u des ilé -ides. Le calendrier d'autrefois était ,0 isloerale. les bims pali'ioli's l'inil chiingé!

— Ah bah! lit Gervais.

Le niallieiireiix vnjageur cnmmençail à tomber de surpri-e en surprise. Ileveuu en Kraiii;e depnisqneli|nesjouis à peine, ainsi (|ne nous li- verrons bienti'il icar Gervais n'était pas nrriNé en même temps que Cdiarles cl <|Ue I,éonore\ l'ami du citoyen Gurain u'élail au courant d'aucun dus nouveaux

usages. Il croyait retrouver la France et son Paris tels qu'il les avait laisst^s, et il s'apercevait, à chaque pas nouveau qu'il faisait sur le sol natal, du cliangcment radical qui s'y élait opéré. GoJ-ain surtout, dans sa terreur incessante d'être couipromis et de devenir suspect, ne passait rien à son compa^'uùu.

— Des décades; répéta Gervais, mais comment se nomme alors le jour où nous sommes?

— 11 s'apelle septidi, répondit Goraiti.

— Bon ! septidi. Que' saiut est-ce cela?

— Chut !

— Comment?

— Il n'y a plus de saints!

— llcin?

Tous des aristocrates !

— 3lais mon patron...

— Silence, doue ! Veux-tu nous faire arrêter?

— Sapristi 1 je ne sais plus où j'en suis, moi I

— Septidi est consacré au bouleau.

— Au bouleau ?

— Oui !

Gervais tombait de son haut.

— Eulln, reprit-il, nous sommes en mars !...

— Veux-tu te taire!

— Quoi encore !

— Nous sommes en (jenninal !

Gervais leva les bras au ciel.

— Mars était donc aussi un aristocrate comme ce pauvre mercredi? dit-il.

— Il paraîtrait, répondit Gorain.

— Voilà qui est bien étonnant. Dire qu'en l'année 179u...

— Chut donc ! fit Gorain avec colère ; nous sommes en

r? 'II !

— L'an m?

— Oui.

Gervais crut qu'il rêvait ou' que Gorain était devenu fou.

— Voyons ! reprit-il, quel jour sommes-nous, décidément?

— Septidi de frerminal an III de la République une et indivisible ! répondit Goi-ain.

— C'est vrai, ce que vous...?

— Tutoie! tutoie, malheureux!

— C'est vrai, ce que tu dis là ?

— Vrai comme il n'y a qu'un Etre suprême!

— Un Élre suprême ? répéta Gervais en baissant la voix, car il craignait de dire une nouvelle sottise. Autrefois on disait : Vrai connue il n'y a qu'un Dieu !

— Il n'y a plus de Dieu ! dit vivement Gorain.

— Pas possible !

— C'a été décrété !

— Èb bien! mais la messe?...

— 11 n'y a plus de messe !

— Alors les églises...

— Il n'y a plus d'églises !

— Ab! s'écria Gervais poussé à bout; mais il n'y a donc plus rien du tout! ...

— Il y a encore la guillotine! murmura Gorain.

Le pauvre Gervais était abasourdi ; il n'osait plus parler.

— Voyons ! dit-il timidement, rcpèle-moi encore quel jour nous sommes?

— Septidi de germinal an III ! répondit Gorain.

— Et quand mon épouse fait une facture, elle est obligée de la dater ainsi?

— Oui.

— Et elle a pu s'y habituer?

— Il le fallait bien !

— Moi, je ne pourrai jamais !

— Alors, tu te feras guillotiner !

— Bigre ! fit Gervais, si j'avais su, je serais resté chez les sauvages !

— Chez les sauvages, on ne devient pas niunitionnaire ! dit une voix dont le souffle glissa à l'oreille des deux bourgeois.

Gervais et Gorain s'arrêtèrent subitement ; ils se retournèrent d'un même mouvement. Ils étaient alors sur le seuil de l'une des arcades donnant sur le jardin : la foule se pressait derrière eux et devant eux. Il virent la masse des promeneurs et des curieux examinant les boutiques, mais rien ne leur décela le personnage dont la voix était venue s'iumiiscer d'une façon si mystérieuse à leur entretien. Gervais éiait stupéfait, Gorain tremblait de toils ses membres.

— Tu... tu... tu... es perdu ! balbutia Gorain.

— Cominent, perdu ? dit Gervais en devenant très-pâle.

— Ou a euteuiiu ce que tu as dit... Tupasses pour un euneiiii de la République...

— Moi!...

— Sauvons-nouJdans le jardin !...

Et Gorain entraîna Gervais au milieu de la foule des prouieneurs. ,

— Mais... mais, dit tout à coup Gorain, je suis compromis aussi, moi !

— Conmient? balbutia Gervais.

— Ou va peut-être nous arrêter...

— Nous arr. ..

Gervais vacillavsur ses jambes; il voyait déjà la guillotine en perspective.

— Aussi, s'écria Gorain, uoquel la peur redonnait de l'énergie, tu vas parler d'un tas de choses...

— Dame ! je ne savais pas, moi!

— Si nous allions nous cacher?

— Allons !

Les deux braves anus voulurent bâter leur marche, mais les jambes tremblaient et refusaient le service.

— Heureusement, reprit Gervais en se ravisant, que le citoyen Sounnes nous protège et que nous sommes munitionuaires ! Que diable ! des munilionnaircs ne se traitent pas comme les premiers venus !

— C'est vi-ai, dit Gorain eu se rassurant un peu. Nous sommes munitionniiires ! Je n'y pensais plus, moi !

— Et nous avons même les signes dans...

— Les œufs ! interrompit Gorain. Est-ce que tu en as pris?

— J'en ai deux dans ma poche 1

— Vile ! vite ! donne m'en un et prends l'autre. En nous les voyant à la main, ou nous reconnaîtra pour des fourni.sseurs de la lîépublique, puisqu'il paraît que c'est à cela qu'on les distingue, et dès lors on n'osera plus nous arrêter si on en a envié !

— Bonne idée ! dit Gervais en fouillant dans sa poche.

Il en tira deux œufs rouges de la corbeille, en garda un et donna l'autre à Gorain.

Puis*tous deux reprirent leur promenade, la main ouverte et chaque œuf rouge bien placé en évidence.

A deuii rassurés par la superbe position sociale qu'ils croyaient occuper tous deux, et dont ils pensaient tenir à la main les glorieux insignes, Gorain et Gervais se nnMèrent aux beaux muscadins et aux jolies citoyennes qui envahissaient les allées du jardin.

Tout d'abord personne ne sembla attacher la moindre importance aux deux promeneurs; mais bientôt quelques regards s'arrêtèrent sur les œufs pour se reporter ensuite sur les visages de ceux qui les portaient.

— Vois-tu ! vois-tu ! dit Gervais en se redressant, on nous remarque !

— Oui, dit Gorain, nos œufs font leur effet.

— Et on se dit en nous voyant : Voila deux munitionnaires !

— Deux gros fournisseurs de l'Etat"!

— Des gaillards qui doivent avoir du foin dans leurs bottes! Décidément la République a du bon !

— C'est aussi mon avis '

— Ah! voilà une bonne citoyenne qui nous sourit 1

— Et un muscadin qui cligne de l'œil en nous regardant.

— C'est agréable, tout de même, d'inspirer l'envie I

— C'est l'avantage d'une telle position !

Et Gorain et Gervais, jouant tout en causant avec leurs œufs rouges, qu'ils considéraient comme -un talisman infaillible, les faisant sauter doucement dans le creux de leur main, se plaisaient à les faire admirer aux regards curieux. En pensant qu'on s'occupait d'eux, les bous amis ne se trompaient pas. Plusieurs promeneurs, en passant, leur avaient adressé quelques signes d'intelligence auxquels ils n'avaient naturellement rien compris. D'autres leur avaient souri ; d'autres encore leur avaient lancé des resards étincelants. Gorain et Gervais ne se sentaient pas d'aise. Comme ils atteignaient l'entrée des galeries de bois, un groupe de causeurs se trouva en face d'eux. L'un des causeurs les laissa arrivera sa hauteur, puis, seloiri'nant brusquement :

— Ce soir, à huit heures ! dit-il à voix basse.

— Hein ! tit Gorain avec étonnement.

— Au lieu convenu!

— Plaît-il '' ajouta Gervais.

L'inconnu sourit, et, ouvrant sa main fermée, il lit voir aux deux bourgeois un œuf tout pareil à ceux qu'ils avaient eux-mêmes.

— Ce soir ! répéta-t-il en reprenant sa place dans le groupe.

— C'est aussi un muiiitionnaire ' dit Gjervais à i'orcille de Gorain.

— Sans doute ! répondit celui-ci : il a l'œuf.

— Il a dit ce soir...

— A huit heures...

— Au lieu convenu I

— Pourquoi ?

— Il y a peut-être une réunion de munitionnaires.

— C'est probable.

— Nous devons y aller.

■ — Mais nous ne savons pas où?

— Il faut le demander.

Et Gervais, entraînant son compagnon, retournait avec lui sur ses pas pour revenir près de l'inconnu dont ils s'étaient éloignés en courant, loi-sque des doigts secs, touchant légèrement l'épaule du premier des deux bourgeois, le firent arrêter sur place. En dépit de l'assurance qu'il avait reconquise, Gervais frissonna et se retourna vivement en faisant faire une pirouette à Gorain. Un homme vêtu en muscadin, c'est-à-dire ayant la figure à demi cachée par sa cravate, ses cheveux et son chapeau, S(; tenait devant les deux bourc;'eois. Cet lioiiime portait à la main droite une canne énorme qui avait l'aspect d'une véritable massue, et sa maingauelie était enfonci- s la poche de sou habit. Relirant vivement cette

main, il l'.t \ \ deux amis l'extrémité d'un œuf rouge.

— Vous cou. " .''t-il.

Les deux bouigeuis, i.c comprenant pas du tout, ne répondirent pas.

— Imprudents ! lit le muscadin en désignant du geste les œufs que tenaient les deu,x hommes.

— Quoi ! fit Gervi;, • ""' faut pas montrer...

— Cachez ces œuia; iiïiiVi'ompit le muscadin. Gorain et Gervais obéirent

— C'est toujours pour ce soir? dit Gorain d'un air enliidu.

— Oui, répondit l'homme. .

— A neuf heures ?

— A neuf heures.

— Oii cela ?

— Au lieu convenu.

— Ali ! voilà le hic! fil Gervais. Où prenez- vous le lieu convenu?

Le muscadin toisa les deux amis d'un air inquiet.

— Vous ne savez? demamla-t-il.

Gorain et Gervais firent un signe négatif.

— Depuis quand avez-vous donc ces œufs? demanda encore l'iiomnie à voix basse.

— I)e[)uis tantôt... dit G(nMin.

— Aujourd'hui seulement, ajouta Gei'vais

— Ail ! vous êtes nouvellement inscrits?

— Oui.

— Et on ne vous a pas donné d'instructions?

— Aucune.

— On a eu tort.

— C'('st mou avis, dit Gorain.

— Alors, rcfirit Gervais, le lieu convenu c'est?... Le muscadin le regarda sans répondre.

— .So\ez ici, à celte place, ce soir à huit heures et demie ! dil-il : je vous conduirai moi-même.

— Déeidéinent, il y a réuni(m? drmaiida florain.

— Oui.

— Pour la grande affaire?... fil (jer\»is d'un air malin.

— Vous le saurez.

— Très-bien, citoyen, tu es hou !

— !<e citoyen est pcul-être pour la fournilure des armes? 'ajouta (Jervais.

— ("est possible, dit l'autie, mais ce n'est pas le lieu de jiarlcr fl'affaires.

— C'est juste.

— Ce soir, ici, à huit heures cl demie.

— Kl ne moiitr('z jilns ces omiIs, sinon... Le muscadin fil un geste de menace.

— .Mais... commenta Gervais.

I/c miiscidiii tourna sur ses talons cl quitta brusquement Jes fleux amis.

Encore un munilionnaire ! dit Gervais.

— Un collègug ! ajouta Gorain. ,

— Mais il y en a beaucoup, savez-vous I

— C'est même inquiétant.

— Je suis siir que j'ai deviné juste, et que celui-là fournit les armes.

— Je ne dis pas le contraire. Il paraît qu'il y a grande réunion ce soir ; c'est sans doute pour discuter un marché.

— Ah çà 1 mais avant de nous lancer là-dedans, il faut que nous fassions ensemble nos petites conditions particulières...

— Faisons-les, mon compère !

— Chut ! Dis donc : citoven !

LVM.

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