‹ Le roi des gabiersChapitre 51 sur 103 · LA MAISON DE LA RUE BEAUJOLAIS · texte numérisé non relu

LA MAISON DE LA RUE BEAUJOLAIS

Dans celte maison de la rue de Beaujolais portant le numéro 10, il y avait au rez-de-chaussée une boutique bizarre dans ses ventes, car il y avait là tout ce qu'un homme et une femme pouvaient acheter pour s'habiller et s'orner de bijoux.

Dans rarrière-boulique, trois hommes assis autour du poêle qui leur servait de table (car sur ce poêle on voyait des veri'es et des carafons à demi remplis de liqueurs), trois hommes causaient avec une animation extrême, en ayant soin cependant de ne pas élever la voix de façon à être entendus du dehors. Il était impossible dans l'ombre qui régnait de distinguer les traits des trois interlocuteurs, mais au son de la voix on pouvait facilement reconnaître des hommes dont l'âge approcbail des limites de la maturité.

— Tu les as vus? disait l'un d'eux qui semblait parler avec un ton de commandeiuent.

— Oui, répondit une vuix rude.

— Et ils sont tous trois?...

— Dans la maison du Fidèle Ber(jer.

— Bien ! nous nous occuperons d'eux plus tai'd.

— Oui, ajouta une troisième voix, il s'agil moins des dangers venant de ce côté que de ceux provenant de l'autre.

— Pick a raison, reprit la seconde voix, il est temps d'agir. Bamboula !

— Croyez-vous que Camparini ne soit pas sur ses gardes?

— Tu l'as vu, loi. Roquefort?

— Oui, répondit la seconde voix.

— Eh bien?

— Il m'a reçu à merveille.

— H ne se doute de rien alors?

— De rien !

— D'ailleurs, reprit Pick, quand il se douterait de quelque cliose, que nous importe?

— Picaïuoup ! dit Bainboulà.

— Comment?

— Camparini n'est pas homme à 'manquer de précautions, et avec lui umt liitle ouverte serait Iroii dangereuse.

— Tu as peur ?

— Non, mais je veux prévoir toutes les mauvaises chances, afin de ne cmiscrvcr (juc les bonnes.

— Cependant la posilimi est simple et lucide. Camparini jouit de loule la fortune de sa femme, l'cx-marquise d'IIorliigny; or, cctlc fortune appartenait à l'enfant de la inar- (|nise, l'enfant est mort. La substitution qui a eu lieu est facile à prouver, maintenant que l'autre petite est à Paris (c'est même un fier service que les marins nous ont rendu en la ramenant). La snbstilulion prouvée, Camparini est l'uiiié, et cette substitution, nous la prouxerons. Dès lors Pilanibe rcntri' en possession de la forluiic de la folle. Tu as toujours l'acte de donaticm?

— Il ne me (|uille jamais.

— Eli bien, af;rtss<)us, il est lem|)S. Jus(i^irici nous ne pouvions rien l'aire, jiarce (pic nous ne sa\i(iiisc)ù était Rose, mais pnis(]u'elle est revenue, ne perdons plus de temps!

— il faut attendre eepcndant, dit Bamboula.

— Attendre encore?

— Il h' l'aiil!

- Mais ponniuoi?

— D'aliiu'd pari-eqne,pouragic contre Camparini, il faut que Hlamhe devienne ma leiniiic, sans (inm ([iiels sont mes droits?

— Eh bien ' force-la à l'épouser?

— Eh! le moyen avrc l'ctte loi sliipide ipic lou ne sait cunnnenl violer I

— Le iiioven est facile, cependant, dit Piclv. Bamboulàse leva vivement. — Tu as le moyen de contraindre Blanche à in'épouser? dit-il.

— Oui, répondit nettement l'ex-agent de M. Lenoir.

— Alors, ce moyen, donne-le promptement, car si tu as trouvé un expédient pour forcer Blanche à devenir ma femme, j'en ai trouvé un, moi, pour, nous débarrasser à jamais du Roi du bagne!

Roquefort et Pick se levèrent à leur tour.

— Nous débarrasser à jamais de Camparini! dirent-ils ensemble avec une intonation dénotant toute l'importance qu'ils attachaient à la crainte que leur inspirait le hideux monarque.

— Oui: dit Bamboula.

— Comment? fil Pick.

Bamboula prit un objet placé sur le poêle au milieu des verres et de flacons, et le fit sauter dans sa main ouverte. Pick et Roquefort se penchèrent pour regarder.

— Voilà le moyen! continua Bamboula.

— Un œuf rouge! dit Roquefort avec étonnement.

— Quoi! fit Pick, il en est?

— Oui !

— Comment l'as-tu su ?

— J'ai ma police.

Pick s'inclina comme s'il reconnaissait son infériorité. en présence de l'ex-comte de Sommes.

— Nous t'écoutons, dit-il.

— Parle d'abord, répondit Bamboula. Le moyen de contraindre Blanche à me donner sa main et à nous faire nager dans un flot de richesses?

— C'est simple comme deux et deux font quatre, répondit Pick en reprenant son siège. Seulement il y aura peut-être du sang à verser.

Bamboula haussa dédaigneusement les épaules.

Page 1